Comment peut-on être français?

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Chahdortt Djavann

Chahdortt
Djavann est une romancière et essayiste française d’origine iranienne née en
1967. Son statut est singulier dans le sens où elle écrit dans une langue
d’adoption, le français, qu’elle n’a appris que tard, à partir de vingt-six
ans. Son expérience d’Iranienne émigrée imprègne ses œuvres, toutes engagées,
qu’il s’agisse de romans ou d’essais, principalement en faveur des droits des
femmes. L’auteure s’emploie également à souligner les dangers de l’islamisme et
le totalitarisme du régime iranien.

Alors
qu’elle est très jeune, le Shah d’Iran emprisonne son père, un seigneur
d’Azerbaïdjan, maintenu en prison par les mollahs qui en 1979 accèdent au
pouvoir à l’occasion de la Révolution iranienne, d’où naît la république
islamique d’Iran. Elle étudie d’abord dans son pays la médecine avant de
s’exiler en 1991 en Turquie, puis à Paris en 1993. Sa vie en France est
difficile, mais elle finit par suivre un cursus d’anthropologie à l’École des
hautes études en sciences sociales. Son mémoire, soutenu en 1998, analyse
l’endoctrinement religieux inhérent aux manuels scolaires de son pays
d’origine.

Sa
carrière de romancière débute en 2002 à l’occasion de la publication de Je viens d’ailleurs. Il s’agit d’une
œuvre en partie autobiographique qui retranscrit le quotidien d’une jeune femme
iranienne en butte aux violences du régime islamique qu’a installé le
dignitaire religieux chiite Khomeini, et qu’il dirige en tant que Guide de la révolution
de 1979 à 1989. L’écrivaine avoue qu’il y a toujours « du persan dans
[s]on français », et le lyrisme de l’œuvre, aussi teinté de ses origines,
permet d’alléger tout en transmettant le poids des faits insoutenables
rapportés, alors que les rêves de l’adolescente se voient brisés par les
changements à la tête du pays. Le récit est principalement centré sur la
tragédie vécue par les femmes.

L’année
suivante, l’auteure s’essaie au pamphlet dans Bas les voiles !, édité chez Gallimard, qui la fait accéder à
la célébrité. Comme le titre l’indique, le thème de ce court essai d’une
cinquantaine de pages est le port du voile. Djavann en parle comme d’un enfermement
qu’elle a supporté dix années durant, contrainte et forcée, en Iran. L’auteure
n’en reste pas à son expérience personnelle, ses études d’anthropologie lui
permettent d’analyser l’inconscient collectif qui imprègne les sociétés
islamiques traditionnelles, la symbolique qu’y revêt le voile, et la place
qu’on y réserve aux femmes. Au-delà des questions relatives à la laïcité,
l’auteure invoque les Droits de l’Homme, la nécessaire protection des mineures,
chez lesquelles, plus particulièrement, le port du voile est qualifié d’« acte
de maltraitance physique, psychique, sociale et sexuelle ». Auditionnée par la
Commission Stasi à propos de l’application du principe de laïcité, la voix de Chahdortt
Djavann bénéficie alors largement de l’attention des médias.

La jeune
auteure, qui avait entamé une thèse de doctorat centrée sur un sujet qui la
concernait particulièrement : la création littéraire dans la langue de
l’autre – en invoquant les écrivains d’origine roumaine Cioran et Ionesco et Samuel
Beckett, d’origine irlandaise, qui ont tous écrit en français –, finit par
abandonner sa carrière universitaire pour s’adonner totalement à l’écriture,
dans des romans, des essais, mais aussi en collaborant avec la presse française,
qui publie ses tribunes dans les colonnes de Libération, du Monde ou
du Figaro, où elle se fait le
porte-voix des femmes musulmanes et de leurs droits, ainsi que des
laissés-pour-compte du régime iranien, en pointant du doigt l’inaction des
démocraties occidentales. Son engagement la mène à donner des conférences non
seulement en France, mais aussi dans toute l’Europe et aux États-Unis. Elle
fustige le fascisme religieux, qu’elle juge le plus dangereux des fascismes,
car il se réclame de droit divin – toute opposition relève donc du blasphème –,
et qui vise à régenter la vie des individus dans ses détails les plus intimes.

En 2004,
dans un nouveau court essai, Que pense
Allah de l’Europe ?
, Djavann analyse la stratégie et les discours des
islamistes dont le but est selon elle de se faire une place dans la politique
européenne. Ce sont les dangers de la religion, dès qu’elle regarde au-delà de
la sphère privée, qui sont ici pointés. La même année, dans Autoportrait de l’autre, Chahdortt
Djavann se met à la place d’un grand photographe de guerre, un reporter à
l’agonie dont elle retranscrit le monologue fait des réminiscences de sa vie
passée, des contrastes entre sa célébrité, ce qu’il est devenu, et les
souffrances sur lesquelles elle et lui se sont bâtis.

Son roman
Comment peut-on être français ?,
publié en 2006, connaît un certain succès. L’auteure y apparaît sous les traits
de Roxane, jeune Iranienne arrivée à Paris, tentant d’apprivoiser la langue difficile,
qui semble indomptable, de son nouveau pays. La forme est originale dans le
sens où l’écrivaine retranscrit, dans la deuxième partie de l’ouvrage, son
combat à travers un dialogue avec Montesquieu, l’auteur des Lettres persanes. Le genre oscille entre
le roman de formation et le conte ; l’humour, malgré les difficultés
retranscrites, n’y est pas absent. C’est aussi l’occasion pour l’auteure de
mettre en regard les sociétés iranienne et française.

Dans
l’essai très documenté À mon corps
défendant, l’Occident
, l’année suivante, l’auteure réfléchit sur des
questions d’actualité relatives à l’islamisme, la politique en Iran et celle de
l’Occident au Moyen-Orient, ou encore le statut de la Turquie en Europe. Le
danger que représentent les desseins des mollahs iraniens sont à nouveau pointés
du doigt.

Le roman La Muette en 2008 met en scène Fatemeh,
une adolescente de quinze ans qui raconte l’histoire de sa tante dans un cahier,
alors qu’elle-même est condamnée à être pendue. Cette tante est devenue muette
par choix après avoir subi jeune un traumatisme – le meurtre de sa mère par son
père. À l’âge adulte, bien que demeurant muette, elle se transforme, au contact
d’un homme, en une jeune femme libre, ne portant pas le voile, insensible aux
interdits des mollahs, qui fascine sa nièce, et devient un modèle pour elle dans
un pays où l’amour libre est condamné au même titre qu’un crime.

En 2011
l’auteure connaît le succès avec Je ne
suis pas celle que je suis
, roman évoquant la condition de la femme en Iran
à travers deux histoires qui finalement se rejoignent. D’une part le lecteur
prend place dans le cabinet d’un psychanalyste parisien où une jeune femme
iranienne analyse sa vie passée ; d’autre part lui est racontée la vie de
Donya, une étudiante de Bandar Abbas, port d’Iran, confrontée au viol et à la
prostitution, sur fond du totalitarisme du régime iranien. À nouveau, une
réflexion sur la langue est menée, car le français, qui lui est d’abord
étranger, permet à la jeune femme psychanalysée de mieux sortir d’elle-même.

Que ce
soit à travers ses romans ou ses essais, Chahdortt Djavann apparaît donc comme
une écrivaine engagée dont le combat est toujours le même ; il s’agit pour
elle d’illustrer les injustices, dont elle a parfois une connaissance
personnelle, de dénoncer le totalitarisme, le fanatisme religieux, et de lutter
en faveur de droits égaux pour tous, sans considération du sexe.

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