Coup-de-Fouet

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Bernard du Boucheron

Bernard du
Boucheron est un écrivain français né en 1928, tard venu à la littérature.
C’est seulement en 2004 qu’il se fait connaître comme homme de lettres à
l’occasion de la publication de Court
Serpent
qui remporte le Grand Prix du roman de l’Académie française.

Il fait
ses études à l’Institut d’études politiques de Paris puis à l’ENA ;
cependant, le fonctionnariat ne l’attire pas et il choisit tout de suite de
faire carrière dans l’industrie, notamment dans l’aérospatiale tout d’abord,
puis à la Compagnie générale d’électricité, devenue Alcatel.

Sans lien
avec le milieu éditorial, Bernard du Boucheron fait parvenir à Gallimard son
premier roman par la poste, et son coup d’essai est un succès, à soixante-seize
ans. Le sujet du roman est pour le moins original ; l’histoire a lieu au
XIVème siècle : l’abbé Montagnus a été missionné par un
cardinal-archevêque pour visiter le peuple de Thulé, colonie viking du
Groenland tombée dans le paganisme pour avoir été un temps isolée. Le titre du
roman fait référence au nom du navire dont la souplesse doit lui permettre
d’affronter les froids polaires. Ce roman historique, noir, est le récit d’un
échec annoncé, au fil de description crues soutenues par un style froid et
nerveux.

Désormais,
Bernard du Boucheron publiera quasiment une œuvre chaque année, toujours aux
éditions Gallimard. En 2005, Boucheron collabore ainsi avec l’illustratrice
Nicole Claveloux pour Un Roi, une
Princesse et une Pieuvre
, un livre pour la jeunesse mettant en scène le roi
Urdurdur, qui veut marier contre son gré sa fille, la Princesse Marie-Aimée, au
Seigneur des Pieuvres, un monstre aux huit cents bras, bien que le cœur de la
jeune fille batte pour un génie ailé. Alors que le Seigneur a vaincu tous les
obstacles qui lui sont opposés pour obtenir définitivement la main de Marie-Aimée,
l’intervention du génie, le jour du mariage, vient contrecarrer ses plans. Le
conte, reposant sur une trame pourtant maintes fois éprouvée, se distingue
cependant à plusieurs égards : le vocabulaire y est d’une richesse
inhabituelle parmi les livres destinés à la jeunesse ; l’auteur ne craint
pas non plus l’usage de néologismes, de jeux de mots ; sont également
notables la causticité de l’humour, les références à l’histoire, qui peuvent
aussi attirer un public adulte.

Boucheron
revient au roman dès 2006 avec Coup-de-fouet,
centré sur une rivalité amoureuse autour de la jeune Aella entre le personnage
éponyme, piqueux dont le véritable nom est Jérôme Hardouin, et Hugo de Waligny,
jeune lieutenant de cavalerie. À nouveau, la précision, le mordant du style de
Boucheron est loué par certains critiques. L’auteur fait renaître une société
du début du XXème siècle, à l’orée de la Première Guerre mondiale, adepte de la
chasse à courre, passion qui devient le prétexte à dresser des parallèles avec
les vies des personnages en alternant des moments de brutalité et de noblesse.

Chien des os en 2007,
sur fond de la conquête par l’Espagne des îles de l’Atlantique jusque-là
portugaises, évoque les dissensions, sur la plus grande de ces îles, entre les
bergers des pâturages d’un haut plateau volcanique, le Paúl, et « ceux
d’En-Bas », qualifiés de « Chiens des os », moulés à l’occupant
espagnol, corrompus par les trafics. Les Anglais lorgnant sur la colonie, les
complots et les attentats font rage. À nouveau donc, Boucheron élabore une
fiction sur fond d’une histoire précisément connue – une fiction lugubre où
jaillissent régulièrement les manifestations d’une violence extrême. L’auteur,
comme à son habitude, sollicite un vocabulaire très recherché.

L’atmosphère
est à nouveau étouffante dans Vue mer,
roman publié deux ans plus tard. Le cadre est cette fois celui d’une bourgade, Cala
Porcx, et d’une communauté de pêcheurs misérable et archaïque. La jeune Almira
semble la seule beauté dans ce monde, auquel elle sera enlevée par des pirates,
après avoir eu le temps de dédaigner, en faveur d’un pauvre homme crasseux dit
le Crieur, le notable Onofrio, fou amoureux d’elle, qui va pourtant tout faire
pour la récupérer. Le récit se distingue par un bond dans le temps : dans
la deuxième partie Cala Porcx est devenue une station balnéaire touristique minée
par les trafics de tous genres, cauchemar des vacanciers, où vit une nouvelle
Almira, cette fois mariée à un homme nommé Onofrio. Les deux mondes, bien que
très différents, semblent de la même façon sans issue, et l’atmosphère au fil
du récit acquiert quelque chose d’apocalyptique.

Salaam la France en 2010 a
cette fois pour cadre l’Algérie et pour protagoniste Frédéric, un jeune médecin
de bled, un Francaoui – c’est-à-dire un Français de la métropole – débarqué
début 1954 à Alger, qui perçoit mieux que les colons installés de longue date
les haines qui tenaillent la société algérienne, et qui va gagner en sagesse
aux côtés de trois femmes très différentes alors que l’insurrection se prépare.
Toujours féroce, l’auteur poursuit sa peinture noire de la nature humaine en
évoquant les travers des colons comme des colonisés.

C’est un
moment de paroxysme d’un autre genre qui est au centre de Mauvais signe, roman publié deux ans plus tard. Une tempête, à
l’occasion d’une croisière, change le regard d’un trio digne d’un
marivaudage : deux hommes qui se disputent une coquette manipulatrice sont
obligés de pactiser face à la fureur des éléments. Le vocabulaire n’épargne
rien du glossaire nautique, la mer y est une figure puissamment féminine et
érotique ; elle fait écho aux allers-retours sexuels de la femme, d’un
homme à l’autre, auxquels on assiste à bord du yacht.

Dans Long-courrier, en 2013, le yacht se transforme
en avion long-courrier et le trio – à nouveau deux hommes et une femme, tous en
colère – semble mettre en scène l’auteur lui-même, puisqu’aux côtés du jeune Français
d’origine arabe et de l’hôtesse de l’air figure un ingénieur aéronautique. L’auteur
parvient à se glisser dans la peau de chaque individu, à restituer le langage
de chacun, tour à tour agressif et désespéré, parfois à l’occasion de flux de
conscience.

La
critique Marine Landrot évoque en ces termes l’écrivain : « La
finesse et la crudité du style de Bernard du Boucheron, l’originalité de ses
thèmes, ancrés dans une histoire ancienne sur laquelle il porte un regard
d’ethnologue shakespearien, ont fait de lui un auteur à part, qui a
régulièrement pris la parole dans la collection Blanche, avec un esprit aussi
archaïque que synthétique. Un sage malicieux, sec et noueux. »

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Bernard du Boucheron >