De la recherche de la vérité

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Nicolas Malebranche

Nicolas
Malebranche est un philosophe et théologien français né à Paris en 1638 et mort
dans la même ville en 1715. Sa pensée, fortement imprégnée de cartésianisme et
d’augustinisme, recèle cependant une profonde originalité, souvent dissimulée derrière
ses postures théologiques.

Nicolas
Malebranche est issu d’une famille aisée de parlementaires et de magistrats –
son père est conseiller du roi et trésorier de Richelieu. Enfant malformé et
maladif, il ne quitte pas la demeure familiale pour accomplir ses humanités, où
il est aidé et influencé par sa mère, femme d’esprit. À partir de 1654 il
étudie au collège de la Marche où il découvre Aristote. Trois ans plus tard il
est maître ès arts et passe trois autres années à étudier la théologie à la
Sorbonne, souhaitant rentrer dans les ordres. Il ne prend toujours pas goût à
la philosophie face à une université tout entière soumise à l’aristotélisme. En
1659 il rejoint la congrégation de l’Oratoire et il est ordonné prêtre cinq ans
plus tard.

C’est
cette année de 1664, à l’âge de vingt-six ans, que lui est révélée sa vocation
de philosophe, à travers sa lecture du Traité
de l’homme
de Descartes, paru après la mort du philosophe survenue en 1650.
C’est pour le jeune homme une telle illumination que durant sa lecture il est
près de défaillir. Une parole de Descartes marquera particulièrement la
philosophie à venir de Malebranche : « La Nature agit toujours par
les moyens qui sont les plus faciles de tous et les plus simples ». Il
complètera ainsi la pensée de saint Augustin – philosophe de l’âme – de celle de
Descartes – plus pertinent pour le corps –, qui devient son maître et dont il
apprend les ouvrages. Il reprend de lui l’idée que les qualités sensibles ne
siègent pas dans les choses mais dans l’âme. L’homme juge donc des choses par
« les idées claires et distinctes », non par les sentiments qu’il en
a.

Comme
Descartes, Malebranche s’intéresse aux sciences, particulièrement à la
géométrie, à la physique et à la mécanique. Il étudie aussi l’histoire
naturelle et l’astronomie. Il va désormais s’appliquer à développer une
philosophie qui puisse être chrétienne, c’est-à-dire reposant à la foi sur
l’intelligence humaine et sur la foi, fondée sur une métaphysique qui
coïnciderait avec l’apologétique de l’Église.

En 1674
Malebranche publie son traité De la
recherche de la vérité
. Le philosophe y reprend l’occasionnalisme de
Geulinex, selon lequel l’homme n’est que la cause
occasionnelle
des idées dont Dieu est la cause véritable. Dans le système
cartésien, les chemins entrepris par l’homme pour atteindre la connaissance du
réel demeurent obscurs. Chez Malebranche, la raison humaine voit en Dieu, et par là atteint la
vérité. C’est la fameuse vision en Dieu de
Malebranche. La vérité philosophique et la vérité théologique se recoupent, car
elles relèvent toutes deux de la nature et de l’essence de Dieu. Quand il
affirme que la raison humaine est la sagesse et le verbe de Dieu, qu’elle a
plus de valeur que la foi, puisqu’elle peut atteindre la réalité, Malebranche
va à l’encontre de la tradition théologique. L’ouvrage connaît néanmoins le succès
et vaut à Malebranche de hautes amitiés, entre autres celle du prince de Condé
et de la princesse Élisabeth de Bohême, correspondante et disciple de
Descartes.

Son Traité de la nature et de la grâce paraît
en 1680 et lui vaut les attaques d’Arnauld, de Bossuet, de Fénelon et une mise
à l’Index. Le philosophe ne croit pas comme les jansénistes que seuls les
prédestinés soient sauvés par Dieu. Il s’agit pour lui d’accorder dans un
système les concepts d’incarnation et de création, ceux de grâce divine et de
liberté humaine. Les décrets divins gouvernent tout et accordent les âmes et
les corps ; la sagesse de Dieu, immuable, règle les règnes de la nature et
de la grâce par des voies identiques : simples et générales. C’est donc
tous les hommes que Dieu veut sauver selon lui, et en tant que Père et en tant
que Fils, ou Sauveur. Cependant, celui-ci n’est plus qu’une cause
occasionnelle, et non efficiente, et fait donc office de médiateur entre son
Père et l’homme. En effet chez l’homme, déchu par le péché, l’union entre le
corps et l’âme a été rompu, et c’est le Christ qui par son union avec l’Église
la rétablit. Si la loi divine est immuable, le Christ agit en revanche via des
actes particuliers de sa volonté, qui peuvent épouser les cas particuliers.
Grâce et liberté humaine seraient ainsi accordées dans la pensée de Malebranche.
Les actes de grâce de Jésus opèrent des changements qui ne s’opposent pas à
l’harmonie du plan plus général de la Providence.

Quatre
ans plus tard paraît le Traité de morale
que la princesse Élisabeth a poussé Malebranche à rédiger. La première partie,
qui concerne la vertu, répète à loisir la formule suivante, censée définir la
vertu essentielle sur laquelle repose la morale : « l’amour habituel
et dominant de l’ordre immuable ». Cet ordre dont Malebranche parle est
bien sûr l’ordre divin suivi par Dieu lui-même. Malebranche présente la force
et la liberté comme des qualités essentielles de l’esprit, puis analyse les
causes occasionnelles des sentiments qui s’accordent ou non à l’ordre immuable
et à la grâce. La seconde partie concerne les devoirs, vis-à-vis des attributs
de Dieu, de la société humaine ou de soi-même. La vie actuelle et ses intérêts
sont toujours subordonnés à ceux de la vie future.

À
l’occasion de la querelle du quiétisme, Malebranche publie en 1697 son Traité de l’amour de Dieu, où il tente
de concilier les tenants du « pur amour » pour Dieu – censé primer
sur l’ambition humaine d’être heureux et l’aspiration chrétienne au salut – avec
la nécessité physique d’un bonheur en laquelle il croit, et la préoccupation
par l’homme de son salut, le maintien de sa morale et de sa liberté. Selon
Malebranche, il n’est pas possible d’aimer Dieu sans que cela fasse du bien à
l’homme ; le plaisir et l’amour, comme le bien et le bon, se recoupent
donc. On aime donc Dieu, fatalement, avec intérêt, tente-t-il de faire
comprendre aux quiétistes et à Mme Guyon. Évoquant un appétit du bonheur et une
grâce conciliables, invoquant la « sainte concupiscence » dont parle
saint Augustin, dont la pensée imprègne tout le traité, Malebranche se
réconcilie avec Bossuet.

L’éclosion
du cartésianisme de Malebranche n’est possible que dans le contexte de
l’enseignement moderne dispensé par l’Oratoire. Dès 1655, des oratoriens comme
P. Fournesse et P. Martin invoquaient la pensée de Descartes et
souhaitaient concilier sa physique à la métaphysique de saint Augustin. Contrairement
à son maître, Malebranche réconcilie philosophie et théologie. Descartes
invoque Dieu pour rendre possible une connaissance du monde, tandis que
Malebranche transpose la réalité du monde en Dieu. Les idées de Descartes,
encloses dans l’âme humaine, Malebranche les propulse, revenant plus
directement à Platon et suivant saint Augustin, dans un ciel accessible à la
raison, et en Dieu, grâce auquel nous connaissons le monde par la vision en Dieu. Par ailleurs, Dieu
intervient en tout – suivant la théorie des causes occasionnelles –, il est la
cause de tout, n’ayant pas communiqué sa puissance aux créatures. C’est lui qui
agit sur le corps de l’homme, et non l’âme de celui-ci, et même entre les corps
entre eux. Cette conception négative de la causalité sera reprise par Hume.
Plusieurs des intuitions de Malebranche peuvent aussi être retrouvées chez Kant
(la distinction entre volonté subjective et volonté objective ; libre arbitre
et autonomie) ou Schelling (la liberté comme prérequis d’une lumière qui autorise
l’acte moral). Malebranche se sera ainsi particulièrement distingué par la fécondité
de ses développements métaphysiques et l’acuité de son sens psychologique.

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