Table des matières

Des Lois

par

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Cicéron

Origines,
formation

 

Marcus Tullius Cicero, dit Cicéron,
naît à Arpinum, dans le Latium, à une centaine de kilomètres à l’est de Rome,
en 106 av. J.-C., dans une famille
de l’ordre équestre. Son père, un
chevalier romain proche des grands orateurs et juristes du temps, lui transmet
le goût des lettres. Il montre très
jeune un esprit brillant, étudie la rhétorique, le droit, la poésie, et,
formation moins commune en ce temps à Rome, la philosophie. Il part un temps étudier auprès de grands maîtres en Grèce et à Rhodes.

 

Dates
importantes

 

-81 : Cicéron débute sa carrière au barreau
à 25 ans.

76 :
Première étape du cursus honorum (carrière des honneurs), Cicéron, homo novus (homme nouveau), est élu questeur à 30 ans et part exercer cette
magistrature en Sicile. La réussite
de Cicéron sera due à son mérite et
non au jeu des clientèles.

66 :
Il devient préteur urbain.

63 :
Cicéron est triomphalement élu consul
face au démagogue Catilina. Il doit alors combattre sur plusieurs fronts :
face à Catalina, à la noblesse et à César. Il a pour soutiens une partie du
sénat, l’ordre équestre et l’opinion publique. Parvenant à préserver la concorde civile, il apparaît comme le sauveur de Rome.

-57 : Il fait un retour triomphal à Rome,
rappelé par une loi votée par le Sénat après avoir subi les manigances du
tribun de la plèbe Clodius l’année précédente et dû partir en exil. Il se rapproche de César.

51 :
Cicéron devient proconsul en Cilicie ;
il y mène une campagne victorieuse contre les Parthes.

-45 : La mort de sa fille Tullia le pousse
à s’attacher davantage à la sagesse et à la réflexion philosophique.

43 :
Cicéron meurt assassiné à Gaète,
ville côtière du Latium, après la formation d’un triumvirat constituant réunissant
Antoine, Octave et Lépide, lors de la purge de leurs ennemis. Antoine fera
exposer ses mains et sa tête sur les Rostres, ce qui choquera l’opinion.

 

 

Coups d’œil sur les œuvres principales

 

 

         a) L’orateur (plaidoiries et
discours)

 

70 :
In
Verrem
(Contre Verrès) :
Cicéron prend la défense des Siciliens contre leur propréteur Verrès, objet
d’un procès en concussion. C’est une occasion de discréditer la justice
sénatoriale et de favoriser le retour au pouvoir du parti démocratique, ainsi
que Crassus et Pompée. Cette œuvre lui vaut la reconnaissance du parti
populaire.

-66 : Pro
lege Manilia 
: Premier grand discours politique, Cicéron soutient la
loi Manilia et l’octroi à Pompée du commandement suprême en Orient contre
Mithridate.

63 :
Catilinaires
(In
Catilinam
I-IV) : Écrits
pour contrer Catilina, un aristocrate décavé devenu démagogue qui avait pour
dessein de réunir tous les mécontents en une conjuration et de s’emparer du pouvoir par la force, ces discours
deviendront des modèles d’éloquence et
de rhétorique
.

-52 : Pro
Milone
 : Défense de Milon, qui briguait alors le consulat, accusé du
meurtre de Clodius, lequel briguait la préture. Le texte est un modèle d’équilibre déjà étudié dans les
écoles du vivant de Cicéron.

44-43 :
Philippiques
(Antonianae) : Série de quatorze
discours dirigés contre Marc Antoine visant à favoriser la restauration du
régime sénatorial.

 

         b) Le théoricien de l’éloquence (traités
de rhétorique)

 

Cicéron avait une vision complète de l’homme d’État, qui devait être selon lui
un éducateur, et donc avoir
bénéficié lui-même d’une formation
universelle
. La culture oratoire dépasse pour lui l’éloquence car elle repose
sur plusieurs savoirs et la philosophie. Cette conception est à l’origine de la
notion moderne d’humanisme, qui plus
qu’à un amour de l’humain renvoie à une culture.

 

-84 : De
inventione 
: Traité en deux livres, un des premiers écrits latins à
être consacré à la rhétorique, il s’agit d’une synthèse des méthodes grecques
touchant à l’« invention », première étape de la rédaction d’un
discours. Cicéron en condamnera plus tard la forme scolaire.

55 :
De
oratore
(De l’orateur) :
Cicéron y réfléchit aux lieux communs de l’argumentation dialectique. Il appuie
l’importance de la philosophie et expose l’influence qu’ont eue sur lui
l’Académie, à travers Charmadas, élève de Carnéade ; les grands orateurs
Antoine et Crassus ; et Philon de Larissa, scholarque de la Nouvelle
Académie qui mêlait des cours de rhétorique à ses leçons de philosophie. Ces
trois livres de dialogues à la manière d’Aristote peuvent être assimilés à un traité politique, puisque Cicéron,
haïssant la violence, avait pour seul moyen d’action son éloquence.

 

         c) Le philosophe

 

Cicéron est le premier
homme d’État à viser un accord entre les exigences de la pratique politique et
le produit de la réflexion philosophique. Sa réflexion philosophie et sa
doctrine politique ne peuvent donc être dissociées. Sa pensée est héritière du scepticisme, du stoïcisme et du platonisme ;
il est un médiateur en philosophie
et a cherché à distinguer parmi les doctrines existantes celles qui
s’accordaient le mieux avec son humanisme
exigeant
. Si son œuvre philosophique est orientée vers des applications
pratiques, elle implique aussi une recherche du fondamental, dont les problèmes
relatifs à la vérité, la certitude et l’opinion sont exposés dans les Académiques
(Academica ; -45).

Son entreprise politique,
qui n’a pu se reposer que sur la force de son esprit, et non des moyens
financiers et une clientèle, fut tout entière orientée vers l’établissement
d’une concorde civile, d’une concordia
ordinum
, situation d’équilibre entre
la magistrature, le Sénat et le peuple, dans un contexte de crise de la Constitution romaine.

 

         – Philosophie politique

 

54 : De Republica (De la République) : Cette
méditation en six livres sur la meilleure constitution et le meilleur homme
d’État a été écrite au moment où une guerre civile s’annonce à Rome, que la
dictature de Pompée devient probable et que l’on craint les armées de César.
Cicéron s’y penche sur les origines des sociétés humaines, les lois d’expansion
des cités, les rapports entre nature et loi, droit et raison. Le « Songe
de Scipion » qui clôt l’œuvre présente l’action politique et le dévouement
à la patrie comme un gage d’immortalité pour l’homme d’élite. Cicéron rêve
d’une république aristocratique, gouvernée
par des philosophes éloquents, libérale, fondée sur le respect du droit, de la justice et de la raison.

-55 : De
oratore
(De l’orateur) : cf.
ci-dessus.

52 : De legibus (Des lois) : Il
s’agit d’une réflexion sur la philosophie du droit religieux et du droit
« civil ». Combinant les traditions platonicienne, stoïcienne et
péripatéticienne, Cicéron y défend une approche
naturaliste de la loi
, et fonde les doctrines
du droit naturel
. Pour lui, la loi suprême est l’amour universel du genre humain et l’esprit des lois est la raison divine.

 

         – Philosophie morale

 

45 : De finibus bonorum et malorum (Sur
la fin des bonnes et mauvaises choses
) : Cicéron, posant le
problème du souverain bien, expose
les thèses des principales écoles.

45 : Tusculanes (Tusculnanæ Disputationes) :
Dans cette œuvre en cinq livres, Cicéron présente, au gré de conversations, une
théorie des passions et du bonheur.
Il y affirme que seule la vertu peut
fonder la bonheur et soutient l’immortalité de l’âme.

44 : De officiis (Des devoirs) : Dans cette œuvre en trois livres Cicéron
adresse dans une longue lettre divers préceptes
à son fils Marcus. La morale pratique
qu’y expose l’auteur résout le conflit
entre l’honnête et l’utile
en affirmant qu’il n’y a d’honnête que l’utile.

 

         – Métaphysique, religion

 

45 : De natura deorum : Dans ces
trois livres, Cicéron, sceptique, défend l’idée d’une « religion dans les limites de la simple
raison 
» et dénonce les dérives superstitieuses, la divination et donc
la croyance en un destin prévisible. Il y affirme qu’il n’y a aucune certitude
sur l’existence du divin, mais qu’il est de l’ordre du vraisemblable ou de la
probabilité.

-44 : De
divinatione
(De la divination) :
Les deux livres constituant cette œuvre sont parmi les rares traitant du sujet
de la divination à nous être parvenus. Toujours sceptique, Cicéron y étudie les
diverses formes qu’elle prend et s’oppose
aux stoïciens
qui y accordent du crédit.

-44 : De
fato
(Du destin) :
S’opposant toujours aux stoïciens, Cicéron dans ce dialogue en un livre traite
du problème du couple antithétique que forment le libre arbitre et la
prédestination.

 

 

Postérité

 

Médiateur de la philosophie
grecque, Cicéron, dans un souci de partage d’un savoir voulu universel, a dû
traduire nombre de concepts et de réflexions dans une langue latine souvent louée pour sa pureté, sa beauté et son
équilibre, qui inspirera de nombreux
écrivains latins.

Si l’héritage de sa pensée
est immense, si bien qu’une partie de l’humanisme
repose sur son œuvre, et que nombre d’auteurs se réfèrent à lui, on peut
distinguer plus particulièrement parmi ceux qu’il a influencés le plus saint Augustin,
Érasme, Voltaire et Jean-Jacques Rousseau.

 

 

Ce qu’il a écrit

 

« Quelle époque (vivons-nous) ! Quelles mœurs
! »

« O tempora, o mores ! »

 

« Jusqu’à quand donc, Catilina, abuseras-tu de
notre patience ? »

« Quousque tandem abutere, Catilina, patientia
nostra ? »

 

Cicéron, Catilinaires, -63

 

« Ces magistrats, qui ne veillent que pour une partie des
citoyens, introduisent dans l’État un dangereux fléau, la sédition et la
discorde ; les uns passent alors pour amis du peuple, les autres pour défenseurs
de l’aristocratie ; la patrie n’a presque plus de citoyens. »

 

Cicéron, De
officiis
, -44

 

« Le pouvoir est dans le peuple, l’autorité dans
le Sénat »

« Potestas in populo, auctoritas in Senatu »

 

Cicéron, De
legibus
, -52

 

« Que les armes s’effacent devant la
toge » ; « 
L’épée le cède à la
toge. »

« Cedant arma togae »

 

Cicéron, vers écrit en hommage à son consulat qu’on
retrouve dans De officiis, -44

 

 

Ce qu’on a écrit sur lui

 

« Aussi peut-on
remarquer, en lisant Cicéron, que ni la géométrie, ni la musique, ni la
littérature, ni aucune des sciences libérales, ne lui fut étrangère. Il connut
les subtilités de la dialectique, les utiles préceptes de la morale, la marche
et les causes des phénomènes naturels. Oui, estimables amis, oui, c’est de
cette vaste érudition, de cette variété d’études, de ce savoir universel, que s’élance et
coule, ainsi qu’un fleuve débordé, cette admirable éloquence. […] [Ses
contemporains] admiraient les anciens, et Cicéron préférait l’éloquence de son
siècle. Je le dirai même : s’il devança de si loin les orateurs de cette
époque, ce fut principalement par le goût. Le premier il polit le langage inculte ; le premier il sut choisir les mots
et les disposer avec art ; il hasarda même des morceaux brillants et
trouva quelques pensées neuves, surtout dans les discours qu’il composa étant
déjà vieux et vers la fin de sa vie, c’est-à-dire après qu’il eut fait des
progrès, et que l’usage et l’expérience lui eurent appris quel genre méritait
la préférence. »

 

Tacite, Dialogue
sur les orateurs
, 80-81 ap. J.-C.

 

« Il savait parler au peuple et s’en faire
écouter. Il l’a quelquefois dominé dans ses emportements les plus furieux. Il
lui a fait accepter ou même applaudir des opinions contraires à ses
préférences. Il a paru l’arracher à son apathie et réveiller en lui, pour
quelques moments, une apparence d’énergie et de patriotisme. Ce n’est pas sa
faute si ses succès n’ont pas eu de lendemain, si après ces beaux triomphes
d’éloquence la force brutale est restée maîtresse. Au moins a-t-il fait avec sa
parole tout ce que la parole pouvait faire alors. Je reconnais cependant qu’il
manque à son éloquence politique ce qui manquait à son caractère. Elle n’est
nulle part assez résolue, assez décidée, assez pratique. Elle est trop
préoccupée d’elle-même et pas assez des questions qu’elle traite. […] tout se
tournait chez lui en questions personnelles. »

 

Gaston Boissier, Cicéron et ses amis, 1884 

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