Face à la détresse

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Léon Schwartzenberg

Léon
Schwartzenberg est un cancérologue français né en 1923 à Paris et mort en 2003
à Villejuif (Val-de-Marne), auteur d’ouvrages sur des sujets de société
majeurs, comme l’attitude à adopter face à la maladie, face à la mort,
l’euthanasie. Il s’est également engagé en politique, et a notamment tenté
d’éveiller les consciences sur la situation dans les Balkans à l’occasion des
guerres de Yougoslavie.

Ses
parents étant des Juifs roumains, c’est d’abord à Toulouse qu’il doit suivre
ses études de médecine, interrompues par les lois contre les Juifs et les
étrangers du régime de Vichy, qui interdisent notamment, en 1940, la profession
de médecin aux enfants d’immigrés récents. Il rentre alors dans la Résistance,
où son expérience est à la fois exaltante et traumatisante ; ses deux
frères sont notamment déportés à Mauthausen et exécutés.

La paix
revenue, il poursuit ses études de médecine et s’oriente vers l’hématologie –
le traitement des maladies du sang – puis la cancérologie. Il participe à la
mise en place d’une technique alors innovante, les greffes de moelle osseuse,
aux côtés de l’hématologue bosniaque Hekola Irvin. À l’Institut Gustave-Roussy
de Villejuif, il traite les cancers par des transfusions de globules blancs,
technique utilisée jusqu’à la fin des années 1970.

Son
activité de publication commence en 1977 à l’occasion d’une collaboration avec
le journaliste Pierre Viansson-Ponté (1920-1979). Les deux hommes s’expriment
tour à tour dans l’ouvrage, sans dialoguer. Léon Schwartzenberg parle de son
quotidien de professionnel de la santé, tandis que le journaliste a un statut
d’observateur du monde médical, de son attitude et des protocoles au seuil de
la mort des patients. Les réflexions des deux hommes tournent autour de la
vérité, enjeu important quand on se trouve face à des maladies pour lesquelles
n’existent pas encore de traitement. Faut-il avancer vers la mort sans
savoir ? Jusqu’à quel point ? Le savoir ne propose-t-il pas une
alternative au subir ? Le ton de l’ouvrage n’est donc pas au ménagement,
aux précautions, et Léon Schwartzenberg se montre dès lors adepte d’un
« parler-vrai », si bien qu’il se brouille avec son ami journaliste,
à qui il apprend sans ménagement son cancer.

À
l’apparition du sida en France, il relève la contradiction qui consiste à
révéler leur maladie aux séropositifs, par peur de la contagion, alors qu’on
ment par compassion aux cancéreux. S’exprimant toujours sur les questions de
société impliquant le corps médical, il se montre en faveur de l’euthanasie,
distinguant notamment à l’occasion d’une émission d’Apostrophes la vie et l’existence, celle-là n’assurant pas
celle-ci. Sur ce thème, il écrit en 1985 Requiem
pour la vie
, où sa réponse au problème de l’euthanasie ressemble à celle de
Nietzsche : « Qu’y a-t-il de plus humain ? Épargner la honte à
quelqu’un ». Pour Léon Schwartzenberg, le patient est dépositaire du
secret de sa vie, son choix de l’euthanasie est une dernière possibilité
d’exercer sa liberté. Le professeur s’exprime plus particulièrement à propos du
cancer, relevant toutes les occurrences imagées du mot dans le langage, faisant
de lui le symbole du mal incarné, au sens d’installé dans le corps. Et c’est la
crainte qu’il inspire qui pousse au déni de réalité, au silence qui s’installe
dans les équipes soignantes et les familles de patients.

En 1988,
Léon Schwartzenberg est brièvement ministre délégué chargé de la Santé dans le
gouvernement Rocard. Il est démissionné après neuf jours pour ses propos
iconoclastes. Non seulement il préconise le dépistage obligatoire du sida chez
les femmes enceintes, mais il imagine aussi la dépénalisation de l’usage de
certaines drogues. Cette année-là, le professeur défend ses positions dans un
livre, La Société humaine, dont le
titre dit assez le dépassement des clivages entre société civile et société
politique que vise l’auteur, un temps représentant de la société civile,
« ministre des Droits des malades » en quelque sorte, au sein d’un
gouvernement d’ouverture. Il s’agit pour l’auteur engagé de tenter de changer
le regard de la société sur les victimes, à travers des réflexions sur
l’assistance à leur apporter et sur la perte de la dignité.

Léon
Schwartzenberg fera de nouvelles tentatives en politique, notamment comme
député européen de 1989 à 1994, ou comme conseiller régional en Provence-Alpes-Côte
d’Azur, jusqu’à l’affaire Testut qui met en cause Bernard Tapie. Il mènera en
1994 la liste « L’Europe commence à Sarajevo », qui n’obtiendra
finalement qu’1,57 % des suffrages exprimés après avoir été créditée jusqu’à
12 % d’intentions de vote.

Pour son
franc-parler et ses positions avant-gardistes, Léon Schwartzenberg est même suspendu
pour un an d’exercice par l’Ordre des médecins. Le professeur avait révélé dans
la presse quatre ans plus tôt qu’il avait aidé un patient incurable à mourir.
Le Conseil d’État annulera cette décision en 1993.

En 1994,
Léon Schwartzenberg publie Face à la
détresse
, œuvre qui fonctionne comme un vaste récapitulatif de la pensée de
l’auteur. Le ton est à l’émotion et à la parole vraie. L’auteur se souvient de l’époque
de l’Occupation, évoque la guerre en Bosnie – sujet sur lequel le professeur se
montre opposé à Bernard-Henri Lévy sur les méthodes à adopter : la lutte
de celui-ci ne serait limitée qu’au terrain des médias. Léon Schwartzenberg,
face à tous les types de détresse, explique en quoi consiste selon lui
l’honneur, le courage et la responsabilité morale.

Dans C’est quoi le sida ?, œuvre publiée
en 1999, Léon Schwartzenberg répond aux questions d’enfants à propos de la maladie,
partant du principe que l’information est le premier pas vers la prévention et
la protection.

La
dernière partie de sa vie est consacrée aux mal-logés, notamment à travers
l’association Droit au logement dont il est président d’honneur, et aux
étrangers en situation irrégulière. S’exprimant toujours sur l’actualité, il se
montre également méfiant vis-à-vis des organismes génétiquement modifiés.

En
hommage à un homme qui aura tenté toute sa vie d’éveiller les consciences et de
les éclairer sur des sujets majeurs de société, une rue du 10e
arrondissement, à Paris, porte son nom.

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Léon Schwartzenberg >