J’ai pas pleuré

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Bertrand Poirot-Delpech

Bertrand
Poirot-Delpech est un romancier, journaliste et essayiste français né en 1929 à
Paris et mort dans la même ville en 2006.

Issu
d’une famille bourgeoise – dont l’arbre généalogique est parcouru de médecins,
de chirurgiens et d’universitaires –, il perd son père à onze ans. Il fait ses
études dans des établissements parisiens prestigieux, au collège Stanislas puis
au lycée Louis-le-Grand où il fait aussi ses classes préparatoires littéraires.

Sa carrière
de journaliste, commencée très jeune au Jamboree-France,
organe du scoutisme, se poursuit au journal Le
Monde
où il entre en 1951, dès ses vingt-deux ans – il y sera surnommé tour
à tour « BDP » ou « Poirot ». Il y tient d’abord la
rubrique universitaire pendant quelques années, avant de s’atteler à la
chronique des grands procès jusqu’en 1959, occasions pour lui de puiser la
matière de drames pour ses œuvres futures. L’écrivain y reviendra d’ailleurs à
un âge plus mûr à l’occasion des procès Barbie (1987), Paul Touvier (1994) puis
Papon (1997-1998), qui lui inspirent Monsieur
Barbie n’a rien à dire
en 1987 et Papon,
un crime de bureau
en 1998. L’académicien Robert Kemp meurt cette année
1959 et Poirot-Delpech prend alors sa place en tant que critique théâtral, et
ce pour treize ans. C’est la mort d’un autre académicien en 1972, celle de Pierre-Henri
Simon, qui lui permet de devenir le troisième titulaire du prestigieux
feuilleton du supplément du Monde des
Livres
, auquel il apporte humour, sens polémique et modernité. À partir de
1989, c’est pour une chronique libre hebdomadaire, appelée
« Diagonales », qu’il collabore avec le quotidien.

Il se
fait connaître comme écrivain dès 1958, alors qu’il n’a pas trente ans, avec Le Grand Dadais, couronné du Prix
Interallié. Le roman met en scène Alain, un « grand dadais » qui
vit chez sa mère, qui va préférer Patricia, une stripteaseuse, à sa camarade Emmanuelle,
pourtant éprise de lui – choix qu’il regrettera une fois Emmanuelle muée en une
belle femme. L’écrivain, à la sortie du livre, est alors vu comme un moraliste.
Le titre lui collera à la peau et il cultivera tant qu’il le pourra, consentant
à cette image, son allure juvénile.

Un autre
homme étrange est au centre de La Grasse
Matinée
, roman publié deux ans plus tard, dans lequel Frédéric, un
quadragénaire ayant tout d’un adolescent attardé, qui vit dans l’hypocrisie
puisqu’il ne croit pas aux œuvres généreuses auxquelles il emploie son
éloquence, dans la lâcheté car il laisse sa femme croupir dans un sanatorium,
se voit rattrapé par ses mauvaises mœurs quand il se retrouve à la fin désemparé,
sa maîtresse et une jeune fille dont il s’ était entiché l’ayant délaissé.

L’écrivain
remporte un autre prix d’importance en 1970 à l’occasion de la publication de La Folle de Lituanie : le Grand
prix du roman de l’Académie française. L’histoire a pour cadre les années
soixante en France, et il met en scène une héroïne imprévisible, rêveuse,
trouvant souvent refuge dans l’écriture, oscillant entre plusieurs sphères,
porteuse d’un secret qu’elle tente de dissimuler à tous, et qui n’est révélé au
lecteur qu’à la fin du roman.

En 1981,
Poirot-Delpech publie en un volume, intitulé Feuilletons, dix ans de ses écrits publiés depuis 1972 dans Le Monde des Livres. L’année suivante, il
livre Le Couloir du dancing, une
œuvre brève, autobiographique, dont le titre fait référence au « couloir
de Dantzig » dont le jeune Bertrand entend parler pendant la Seconde
Guerre mondiale, et qu’il déforme alors. L’écrivain s’y révèle hanté par le
souvenir de la disparition de ses camarades juifs au lycée. Lors de son
discours de réception à l’Académie française, il évoquera d’ailleurs le
souvenir de l’un d’eux, un certain Riskine. L’adolescent qu’il fut accueillit par
ailleurs à la Libération les rescapés des camps à la gare de l’Est.

Poirot-Delpech
est reçu à l’Académie française en 1987 ; dans son discours, il rend un
hommage appuyé au journalisme, et plus particulièrement au journal auquel il
aura collaboré plus de cinquante ans, Le
Monde
.

En 1995,
Poirot-Delpech sélectionne soixante des deux cents articles de sa chronique
libre publiée dans le quotidien et publie le volume Diagonales, titre qui dit bien les zigzags à travers l’actualité
dont il est question. L’auteur y partage son amour de la mer et des livres, passions
qu’il qualifie d’« écoles de rêve et de liberté », et y évoque les
thèmes qui lui tiennent à cœur, parmi lesquels la tragédie de l’ex-Yougoslavie,
le déplorable primat de l’émotion sur la raison dans la société de son temps, les
simulacres inhérents à la vie politique.

Le
souvenir de la Seconde Guerre mondiale inspire aussi à l’écrivain J’ai pas pleuré, œuvre parue en 2002 qui
retranscrit un dialogue entre Poirot-Delpech et Ida, jeune Juive déportée à
Auschwitz en 1944 à l’âge de quatorze ans. Si elle en est libérée dix-sept mois
plus tard, c’est parce que Wanda, une infirmière polonaise, a juré de la soigner
alors que la jeune fille est atteinte du typhus, et de lui sauver la vie. Ida
ne retrouve Wanda qu’en 2001 alors que celle-ci, dans le coma, ne peut la
reconnaître. Poirot-Delpech a rencontré Ida quatorze ans avant la parution de
leur œuvre commune, à Auschwitz, alors qu’elle y accompagnait des lycéens. L’écrivain-journaliste
s’est alors fait le scribe d’Ida, qui s’était toujours sentie dépositaire, pour
ses camarades mortes dans les camps, de la mission de témoigner des souffrances
endurées, de la déshumanisation subie.

Outre ses
activités de journaliste et d’écrivain, Bertrand Poirot-Delpech a également
travaillé à des adaptations d’œuvres littéraires à la télévision et au cinéma,
que ce soit d’après son œuvre – comme à l’occasion du Grand Dadais – ou celles de Dostoïevski (L’Éternel Mari), Faulkner (Moi,
général de Gaulle
) ou Jean Rostand (Le
Bestiaire d’amour
).

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Bertrand Poirot-Delpech >