L'existentialisme est un humanisme

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Résumé

L’existentialisme est un humanisme est la retranscription d’une conférence de Jean-Paul Sartre durant laquelle il présente la philosophie existentialiste et répond aux reproches que l’on peut faire à cette pensée.

         L’auteur commence par pointer les critiques adressées à l’existentialisme : les bourgeois décrivent cette pensée comme une philosophie qui ne conduit qu’à la contemplation ; pour les marxistes il s’agit d’une « ignominie humaine », une sorte de déshonneur, car la philosophie existentialiste expose la lâcheté dont l’homme peut faire preuve ; enfin les catholiques ne voient aucun des aspects positifs de cette pensée qui ne considère pas l’existence de Dieu comme une vérité, et qui est basée sur l’individualité.

         Sartre donne ensuite une définition de l’existentialisme : c’est la « doctrine qui rend la vie humaine possible et qui déclare que toute vérité et toute action impliquent un milieu et une subjectivité humaine ». Ainsi, cette définition répond au reproche de pessimisme, mais insiste aussi sur le rôle de l’homme dans l’interprétation de ses actions. Sartre dénonce aussi l’utilisation par les médias du mot « existentialiste » pour définir quelque chose de scandaleux, alors que cette pensée est plutôt austère.

         Sartre distingue ensuite deux types de philosophie existentialiste : celle des croyants comme Karl Jaspers, et celle des athées comme Heidegger et lui-même. Il explique donc que pour les existentialistes, l’essence d’un objet précède son existence, c’est-à-dire que ce qui permet de le produire et de le définir existe avant l’objet lui-même. Dans le cas de l’homme, l’essence qui précèderait son existence, ce serait Dieu, lequel serait alors le créateur du concept d’homme. Cependant, il ne faut pas oublier que Sartre est athée : il supprime toute intervention divine et déclare que le seul être dont l’existence précède l’essence est l’homme. En effet, l’homme n’est d’abord rien, il se construit par lui-même selon sa propre volonté. Il est donc responsable de lui-même et d’autrui.

         Comme nous l’avons vu dans la définition, la subjectivité est un point clé de la philosophie existentialiste athée. Il faut ici prendre en compte le fait que nous nous construisonsà travers nos divers choix et que dans la mesure où nous choisissons ce qui est bon pour nous, ce choix doit être bon pour tous. Ainsi, Sartre donne l’exemple de l’adhésion à un syndicat, du mariage et des enfants pour montrer que nos choix influencent aussi les autres.

         Cependant, les conséquences de ces choix peuvent provoquer une angoisse, car la responsabilité est grande. L’homme a ainsi tendance à interpréter les signes pour se libérer de cette angoisse, qui néanmoins reste subjective, puisqu’elle dépend de la situation de chacun. Pour illustrer les choix cornéliens que l’homme doit faire, Sartre prend l’exemple d’un élève qui vient lui demander conseil : il voudrait s’engager auprès des Forces Françaises Libres en 1940, mais il ne peut se résoudre à laisser seule sa mère qui a déjà perdu son fils aîné et son mari. Sartre répond alors à son élève de choisir par lui-même, car en venant le voir, il avait en quelque sorte déjà fait un choix. Il insiste aussi sur le fait qu’il n’y a pas de vérité ou de morale générale, tout dépend de la vision de chacun. Un autre exemple est celui d’un homme devenu jésuite après avoir connu divers échecs : ce choix n’appartient qu’à lui, il aurait très bien pu sombrer dans la tristesse. Il a décidé de suivre le signe qui lui indiquait que les seuls triomphes qu’il pourrait accomplir seraient de l’ordre du divin. C’est un choix uniquement personnel et nul doute qu’une autre personne dans la même situation aurait réagi différemment.

         Sartre s’oppose ensuite aux marxistes en disant que nous ne pouvons pas compter sur les autres car l’homme est libre et qu’il n’y a pas de nature humaine : le progrès n’est donc pas forcément obligatoire. En effet, le progrès étant une amélioration positive des choses, il n’est  pas possible d’être certain que telle ou telle action deviendra un progrès, parce qu’on ne peut pas affirmer que l’homme fera un choix par bonté ou pour le bien de la société. Au sujet de l’engagement politique, il est possible, mais il ne faut pas se faire d’illusions, il est nécessaire de ne compter que sur soi-même. Il démontre ici que sa philosophie n’est pas synonyme de quiétisme puisque l’homme n’existerait que dans la réalité de l’action. Néanmoins, cette doctrine est assez dure, car les rêves, les possibilités non réalisées ne peuvent être reprochées qu’à l’homme lui-même. Ainsi, l’homme se construit soit comme lâche, soit comme héros, l’homme étant tenu responsable de toutes ses actions, et notamment de ses actes de lâcheté ou de bravoure. 

         Sartre s’intéresse ensuite au cogito et explique que la subjectivité existentialiste permet de nous atteindre par le cogito directement, car cette doctrine est basée sur le « je pense », sur les actions personnelles. Après avoir atteint notre cogito, nous découvrons aussi celui des autres. En effet, nos actions sont soumises au regard des autres ; par exemple, la méchanceté ou la jalousie ne peuvent vivre qu’à travers autrui, c’est autrui qui permet  d’acquérir une connaissance de soi et des conséquences de nos actions notamment.

         Le philosophe défend le fait qu’il n’y a pas de nature humaine universelle, mais nuance son propos avec la notion de condition humaine universelle : en effet, ce qui est universel, c’est l’obligation pour l’homme d’être dans le monde, avec les autres, et d’être mortel. De plus, tout projet, s’il est compréhensible par tous, est universel.

         Sartre insiste sur l’importance des choix : même lorsque l’on choisit de ne rien faire on fait déjà un choix : celui de l’inaction. Ainsi l’engagement est fondamental ! Pour les existentialistes, on peut juger les autres de façon logique, par rapport à l’erreur ou à la vérité, mais pas de façon morale, car chacun est libre de ses choix. Sartre insiste ensuite sur la liberté : nous voulons notre liberté et en même temps nous sommes dépendants de celle d’autrui, tout comme autrui est dépendant de notre liberté. Les excuses déterministes – expliquant qu’un fait est lié au destin, à quelque chose d’écrit – sont donc lâches et ceux qui essaient de montrer la nécessité de leur existence nous trompent. Sartre utilise même le terme de « salauds » à leur encontre ; il explique que l’apparition de l’homme sur Terre n’était pas un fait nécessaire.

         Pour illustrer l’engagement authentique, Sartre tire deux exemples de la littérature : Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss renonce à celui qu’elle aime, et la Sanseverina dans La Chartreuse de Parme au contraire vit uniquement pour l’homme qu’elle aime. Le choix, l’engagement est donc présenté comme une nécessité, une obligation dans la philosophie existentialiste, puisque chacun se construit à travers ses actes, ses choix, et aussi parfois par son inaction : on choisit de ne rien faire, c’est déjà un choix important.

         Pour conclure, Sartre clarifie le mot humanisme – c’est-à-dire prendre l’homme comme fin et comme valeur supérieure – et précise que l’humanisme existentialiste est différent, il signifie que l’homme doit se projeter hors de lui-même, se dépasser pour exister. L’homme décide seul et engage l’humanité entière dans son action.

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