L'existentialisme est un humanisme

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Analyse de l'oeuvre

Fiche de lecture de l’Existentialisme est un humanisme de Jean Paul Sartre (il est né le 21 juin 1905 à Paris, et il est décédé le 15 avril 1980 dans cette même ville, en France).

L’existentialisme est un humanisme est une œuvre de l’essayiste, dramaturge, écrivain et philosophe français Jean Paul Sartre qui fut publié durant l’année 1946 aux Éditions Nagel, dans la collection Pensées : en effet, c’est un essai philosophique. Ce livre et essai est souvent considéré comme l’exposé de sa conception philosophique qu’est l’existentialisme, quasiment un manifeste. Il est en réalité le compte rendu d’une conférence effectuée en octobre 1945 à Paris sur ce thème, ” à la Salle des Centraux, le 29 octobre 1945 à 20 heures 30 ”. Il faut retenir, et c’est rare, que l’œuvre n’était pas destinée à être publiée et que les éditions Nagel l’ont fait sans l’accord de Sartre.

On ne peut pas réellement en faire un résumé, comme si cela avait été un roman, une biographie.

On peut cependant relater de façon succincte son contenu : durant cette conférence, dont Sartre était l’unique orateur, ayant pour thème unique ” L’existentialisme est un humanisme ”, l’existentialisme était né. En effet Sartre va faire la présentation de sa vision de l’existentialisme et va ainsi formuler des réponses aux critiques venant par exemple des penseurs chrétiens et des marxistes de l’époque, plus particulièrement les communistes, mouvement dont il souhaite se rapprocher. Les communistes estimaient que cette philosophie manquait de solidarité entre les hommes, et pouvait contribuer à désolidariser la société, entre autres, surtout en ce qu’il s’opposait aux espoirs du marxisme. Pour les marxistes, l’existentialisme est une philosophie de l’impuissance, inactive. Une philosophie bourgeoise et contemplative. Mais aussi une philosophie individualiste.

L’introduction de sa conférence est claire, précise, nette, quasiment pédagogique, pour aborder de façon ” simple ” ce thème si complexe, avec des termes à la portée de tous, pour toucher un large public. Cela permet en effet d’être compris par des personnes n’étant pas des spécialistes de la philosophie ou de ce courant précis, ce qui constitue une rareté dans l’œuvre de l’auteur qui a à son actif des livres très complexes. C’est d’ailleurs cette trop grande simplicité qui a conduit Sartre à le renier philosophiquement parlant, ce qui explique qu’il ne destinait pas cela à être publié. Cela devait être considéré comme une introduction à son mouvement, à sa réflexion, mais surtout pas un aboutissement.

Sartre enchaine ainsi sur une opposition : il s’oppose à la notion de « sens de l’Histoire » chère à Hegel, qu’il rejette en bloc. Il ne considère pas que l’homme soit prisonnier du sens de l’histoire qui le mène sans qu’il ne s’en rende compte vers une destinée déjà posée, sans qu’il ne puisse agir. Selon Sartre, la liberté de l’Homme est très importante et empêche n’importe qui de pouvoir prédire l’Histoire, de façon claire ou même floue, car le destin est improbable, et à la guise de chacun. L’histoire reste à être faite et ne peut nullement être imposée, par quiconque, ni même par le passé : le message est clair : l’Homme est libre.

En posant cela, Sartre s’oppose logiquement à d’autres théories philosophiques : en effet cela l’entraine à aussi rejeter l’optimisme du mouvement marxiste que l’on peut résumer vulgairement en des ” lendemains qui chantent ” estimant donc que ce qui est fait aujourd’hui, en renversant l’état et les institutions permettra, dans le sens de la marche de l’histoire de Marx à assurer un futur meilleur, une fois l’heure de la classe ouvrière venue. Sartre rejette ce déterminisme historique qui n’est qu’un idéal sans fondement plausible. Mais Sartre n’arrête pas sa critique des autres philosophes ici : il va critiquer les théories de Kant, lui reprochant un formalisme trop rigoureux, lourd, quant à sa théorie sur les fins en soi et les moyens : il prend un exemple pour prendre à partie l’auditoire, en citant directement le cas d’un jeune homme qui aurait deux choix, le choix entre s’occuper de sa mère ou celui de rejoindre les résistants à Londres. Dans les deux cas, la maxime de son action n’est pas morale selon la théorie de Kant car il va forcément sacrifier nécessairement une fin en soi en la réduisant au rang de ” moyen ‘‘. S’il abandonne sa mère, et que cela est le moyen de partir à Londres, il perd une fin en soi. Si le fait de ne pas rallier la capitale britannique pour pouvoir rester aux côtés de sa mère, il sacrifie aussi une fin, le moyen étant de ne pas aller à Londres et la fin étant de s’occuper de sa mère. Le fait que Kant n’apporte aucune réponse en ce qui concerne le devoir que ce soit filial ou amical, relationnel, laisse l’être humain choisir seul, comme toujours, ce qui rejoint la thèse de Sartre, l’homme est libre, toujours libre.

Ces exemples nombreux lui permettent d’illustrer en beauté sa thèse, devenue célèbre depuis, et qui est appelée ” théorie des lâches et des salauds ” : ” Les uns qui se cacheront, par l’esprit de sérieux ou par des excuses déterministes, leur liberté totale, je les appellerai lâches ; les autres qui essaieront de montrer que leur existence était nécessaire, alors qu’elle est la contingence même de l’apparition de l’homme sur la terre, je les appellerai salauds ”. Il explique qu’aucune de ces deux justifications ne peut être prise pour valable : cacher sa liberté totale par le biais du déterminisme de l’histoire des auteurs philosophiques dont il rejette les thèses, ou même par une idée de travailler dur et de sérieux, n’est pas louable. Ce ne sera pas non plus louable de vouloir prouver que sa vie est nécessaire alors qu’elle est imposée, et que l’ordre social, l’être humain ne les a pas attendus ni écoutés, il les a créés sans leur avis.

De cette œuvre relativement courte ( 144 pages ), on peut toutefois retenir deux phrases qui sont devenus des aphorismes dans la postérité : ” l’existence précède l’essence ” : c’est à dire que l’homme nait avant d’avoir même idée de ce qu’il est, ce qu’il peut être et de son but, même de son objectif ou de son ” utilité ” : il ne vit pas par essence, comme si cela faisait partie de son espèce de façon intrinsèque, il vit car il nait avant toute chose, l’essence de l’être humain apparaît après, en s’accomplissant librement, à devenir soi-même. ” Tout existe avant “d’être”, l’existence précède l’essence, dans le sens où chaque chose, chaque être, chaque élément existe en soi, avant de prendre conscience de cette existence qui représente le fait d’être, l’essence. L’existence est obligatoire, c’est une condition pour l’essence, car si l’être n’existe pas, il ne pourra jamais prendre conscience de cette existence, ce qui est logique. L’homme existe, en tant qu’homme, avant de prendre conscience qu’il est un homme, l’homme est devenu homme quand il s’est rendu compte de sa condition, ce qui présente donc deux temps, l’existence et l’essence, avec entre les deux la prise de conscience, processus qui fut long, et progressif. Cette thèse rejeta donc les dogmes religieux, Dieu créa l’homme donc l’homme et son essence (comme concept inventé par Dieu qui eut l’idée de le créer) précédèrent son existence même selon cette thèse. Sartre estime qu’elle est fausse, et la réfute. Il ne nie pas l’existence de Dieu, mais estime que son existence ou non ne changerait rien à la donne. Cet athéisme de sa pensée n’est en fait qu’une condition pour la liberté et l’action de l’homme, une philosophie de l’action, balayant les critiques communistes, mais aussi une philosophie de la liberté, et de sa propre détermination, ne laissant aucune place à un destin ou un lot qui auraient été dessinés par Dieu. Chaque homme est libre, et donc responsable, mais l’Homme globalement est responsable de ses propres choix et décisions, et donc de ceux de ses congénères ; c’est toute l’humanité qui est libre, et responsable de tous ses membres. En cela le ” laisser vivre ” n’est pas tant une marque de libéralisme dérégulé, mais de responsabilisation.

Il s’oppose aussi à la thèse de Platon dans ” La République ”, et son exemple sur le cheval, dit ” le cheval absolu ”, Platon, pensait qu’il existait l’image d’un cheval dans la nature, sur quoi on pourrait se fonder pour créer et reconnaître toujours un cheval, quelles que soient les époques. Selon Sartre, il n’existe aucun absolu, ce qui dérange les hommes qui se sentent obligés d’en créer, d’en inventer et d’avoir un modèle, quelque chose de stable, de sûr à suivre. Il est responsable de ce qu’il façonne lui-même comme étant vrai. Pour reprendre le cas du cheval, Sartre démontre que le cheval a évolué dans le temps, comme l’Homme, comme de nombreuses espèces qui ont vécu, changé, certaines ont même disparu, et le cheval est devenu plus fort, a été amadoué, domestiqué par les hommes, sert de moyen de transport, et peut désormais seul tirer un char, ce qui n’était pas le cas avant. Il n’y a aucun absolu, tout évolue au fil du temps, le temps fait mentir ces vérités semblant immuables.

L’autre phrase, la plus célèbre est ” l’homme est condamné à être libre ” : ce qui illustre et résumé son mouvement : l’homme, condamné à être libre sonne comme une oxymore, de deux notions contradictoires accolées les unes aux autres sans logique apparente. Le fait d’être condamné résulte non d’un manque de liberté de l’humain, mais du fait qu’il n’y a aucune thèse qui valide la possibilité de suivre un déterminisme, une suite logique, un ordre qui s’imposerait naturellement et serait bon pour l’espèce humaine, comme normal et voulu. Rien n’est déterminé que les choix de l’homme. En démontrant les limites des thèses des philosophes plus anciens que lui, comme il le fera souvent, il démontre donc que l’homme doit être libre, car c’est sa vocation, c’est son essence même, il ne peut faire autrement : il ne peut donc se réfugier derrière un ordre, il doit décider par lui-même, de façon libre. La liberté se mérite, se conquiert bien que l’on naisse avec, logiquement. L’homme doit l’apprivoiser et vivre avec, il y est condamné.

Sartre conclura sa conférence ainsi : ” L’homme est constamment hors de lui-même, c’est en se projetant et en se perdant hors de lui qu’il fait exister l’homme et, d’autre part, c’est en poursuivant des buts transcendants qu’il peut exister ”.

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