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La Chanson de Roland

par

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Turold

Turold,
biographie

 

 

Turold –
ou Turoldus en latin – serait l’auteur de la chanson de geste la plus connue,
la Chanson de Roland, qui date du XIIe
siècle. Étant donné le peu d’informations qui subsistent à son sujet, les
chercheurs médiévistes en sont réduits à des suppositions en ce qui concerne
ses origines et sa vie.

Il s’agit
d’un prénom qui apparaît au bas du plus ancien des neuf manuscrits de la Chanson de Roland à nous être parvenus.
Il s’agit du manuscrit dit d’Oxford, qui fut redécouvert par l’abbé de La Rue au
XIXe siècle. C’est le manuscrit qui porte le texte le plus complet,
en anglo-normand. À la dernière ligne y figure : « Ci falt la geste que Turoldus declinet »
– le problème étant que le verbe anglo-normand decliner a plusieurs sens, de même que le substantif geste. Ainsi, Turold peut être vu comme
l’auteur de la chanson si l’on comprend : « Ici s’achève la chanson
car Turold est près de sa fin » ou « Ici s’achève la chanson que
Turold compose » ou bien encore « Ici s’interrompt la chronique
écrite que Turold transpose en chanson ») ; ou alors un simple
copiste du texte : « Ici finit l’histoire que Turold transcrit » ;
ou enfin un récitant, un jongleur (« Ici finit la chanson que Turold
récite »). Ce manuscrit étant le plus ancien, il est considéré comme le
texte original, et ce Turold pourrait donc bien être l’auteur de la Chanson.

Le nom de
Turold, d’origine scandinave, se rencontre fréquemment en Normandie, notamment
dans les chartes de l’époque et autres recueils ecclésiastiques. Les chercheurs
ont ainsi étudié les candidatures de plusieurs personnages, parmi lesquels un
petit nain barbu, un jongleur qui tient la bride de deux chevaux, que l’on
aperçoit sur la Tapisserie de Bayeux, broderie confectionnée durant la deuxième
moitié du XIIe siècle, qui aurait été une œuvre de propagande en
faveur de Guillaume le Conquérant lors de la conquête normande de l’Angleterre
en 1066. Comme le nom de Turold y est brodé, les chercheurs se sont imaginé
qu’il s’agissait d’un personnage important ou bien célèbre.

Des
chercheurs ont par ailleurs envisagé que le Turold de la Chanson pouvait être un certain Turold qui fut abbé de
Peterborough, mort à la fin du XIe siècle, ou l’évêque de Bayeux de
1097 à 1104, Turold d’Envermeu.

La seule
œuvre connue de ce Turold donc, s’il en est bien l’auteur, est La Chanson de Roland, longue de 4002 décasyllabes
dans cette version originale, à laquelle on se réfère toujours quand on parle
simplement de La Chanson de Roland
sans autre précision. Les décasyllabes sont répartis dans 291 laisses où ils
sont unis par une même assonance. L’œuvre évoque, dans un style épique abouti,
les guerres légendaires de Charlemagne en Espagne, et comprend l’épisode fameux
du désastre auquel fut confronté en 778 l’arrière-garde chrétienne, menée par
le neveu de Charlemagne, Roland, à Roncevaux, suite à la trahison de Ganelon,
vendu aux Sarrasins, et à une attaque surprise. La chanson s’ouvre sur une
Espagne sarrasine dévastée par les troupes de Charlemagne, et se clôt sur la
mort d’Aude, la fiancée de Roland, le jugement et l’écartèlement de Ganelon, et
l’annonce à Charlemagne par saint Gabriel des épreuves qui restent à venir.

L’œuvre
surprend par sa perfection formelle, car il s’agit du premier extrait d’un art
épique, surgi comme ex nihilo d’on ne
sait quels modèles médio-latins ou romans inconnus. On ignore tout à fait comment
des souvenirs anciens – certes déformés et revisités par la légende – ont pu se
transmettre jusqu’à la fin du XIe siècle et au XIIe
siècle à ce Turoldus. L’on
devine seulement que de telles évocations guerrières devaient être éloquentes
et stimulantes, une véritable leçon d’héroïsme, dans le contexte de l’époque,
aux oreilles des hommes qui s’apprêtaient à reconquérir l’Espagne aux mains des
Maures, ou alors de ceux qui revenaient de Jérusalem, conquise en 1099 lors de
la première croisade.

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