La Fête au bouc

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Mario Vargas Llosa

Mario
Vargas Llosa est un écrivain péruvien – ayant aussi obtenu la nationalité
espagnole en 1993 – né en 1936 à Arequipa, dans les Andes péruviennes. Son
œuvre tend vers la peinture d’une fresque capable de rendre compte de tous les
aspects de la société péruvienne, à la manière d’un Balzac.

Le jeune
Mario connaît une enfance mouvementée ; il est d’abord élève en Bolivie à
Cochabamba, puis à Lima et à Piura, ville du nord-ouest du Pérou, avant de
devenir étudiant à l’université de San Marcos. Il voyagera ensuite longuement
dans les capitales européennes. Il développe rapidement un goût pour l’écriture
– il commence à publier dès 16 ans – et le journalisme.

C’est à
23 ans qu’il commence à se faire connaître quand Les Caïds (Los Jefes) est
couronné du prix Leopoldo-Alas en Espagne. Le jeune auteur comptait écrire des
romans, mais il n’a pour l’instant de la matière que pour écrire des nouvelles.
Tous les récits montrent comment la violence inhérente à la société génère de
la violence au niveau individuel. Le climat est celui d’une compétition
permanente ; le monde décrit est agressif, et le lecteur y est plongé in medias res, selon un procédé que réutilisera
le romancier – très vite, le destin semble scellé pour les personnages, à un
moment d’acmé tôt arrivé ; après quoi leur volonté se heurte à l’inertie
du déterminisme mis en évidence.

La
violence de la société est à nouveau exposée dans le roman que livre Vargas
Llosa trois ans plus tard, La Ville et
les Chiens
(La Ciudad y los Perros).
Les « chiens » en question sont les cadets du collège militaire
Leoncio-Prado de Lima ; l’auteur a connu lui-même deux années durant l’atmosphère
de répression, de brutalité qui y régnait. Dans le huis-clos de la structure,
tout semble être permis aux éducateurs, qui multiplient les brimades et les
exactions, offrant un piètre exemple aux jeunes qu’ils sont censés former, et
participant au cercle vicieux d’une violence transmise de génération en
génération, gouvernée par la loi du plus fort. Le style du roman se partage
entre le clacissisme et l’avant-garde.

La Maison verte (La Casa verde), roman de 1966, a pour
cadre un lupanar dans la forêt vierge qui ceint Piura, ville qu’a connue
l’auteur dans sa jeunesse. L’œuvre apparaît donc comme un compte rendu exact
reposant sur une enquête sociologique rigoureuse. La technique narrative à
nouveau a quelque chose de moderne, car les différentes histoires n’ont pas de
liens apparents entre elles, et le lecteur les suit à travers une polyphonie. Le
jeune auteur se distingue ainsi de ses prédécesseurs Ciro Alegría ou J. M.
Argüedas qui exploitaient les aspects pittoresques propres à l’indigénisme, et de
la prose traditionnaliste et nostalgique de Ricardo Palma (Tradiciones peruanuas, 1872). La volonté de l’auteur de plonger son
lecteur dans des milieux très différents, avec un grand sens du détail, rejoint
celle de peindre un « monde total » de façon réaliste qu’on rencontre
chez Balzac ou Flaubert.

Dans Les Chiots (Los Cachorros) l’année d’après, c’est le milieu des enfants (les
« chiots ») de la bourgeoisie liménienne qui est exposé. L’histoire
part d’un fait divers lu par l’auteur : l’émasculation d’un enfant par un
chien dont le double romanesque devient Pichula Cuéllar, victime de la cruauté,
des vexations, de la violence de ses condisciples, qui font écho aux
caractéristiques du monde des adultes qu’ils rejoindront bientôt. Le style de
Vargas Llosa à nouveau se distingue, par des lignes brisées, des ellipses, le
rythme soutenu, un mimétisme avec la langue parlée.

L’œuvre
désignée par l’auteur lui-même comme sa préférée est Conversation à la Cathédrale (Conversación
en la Catedral
), parue en 1971. Santiago Zavala, le protagoniste, découvre
qui était son père grâce à Ambrosio, qui fut son chauffeur. Leur discussion a
lieu à « La Cathédrale », un bistrot d’un quartier périphérique de
Lima, sur fond de la dictature du général Odría. Dans un style âpre et dense,
Vargas Llosa dénonce la corruption de la société, la collusion entre les autorités
politiques, la pègre, la police, le monde de la prostitution, au détriment des
classes les moins favorisées où se trouvent entre autres réunis les Métis, les
Indiens, les étudiants. Le jeune Santiago, qui fréquente le milieu du
journalisme, y est un double parfait de l’auteur.

Mais
Vargas Llosa est un auteur surprenant, et après ce monument littéraire, il
publie une pochade, Pantaleón y las
vicitadoras
(Pantaleón et les
visiteuses
), court roman grivois où le capitaine Pantaleón Pantoja organise un service de
« visiteuses » pour les soldats isolés dans la forêt amazonienne.
C’est une sorte d’éclaircie au milieu des œuvres de l’auteur qui suintent
généralement l’angoisse et la noirceur.

Vargas
Llosa a écrit de nombreux autres romans dont La Guerre de la fin du monde (La
Guerra del fin del mundo
) en 1981, qui a pour cadre le Brésil et la
rébellion des Canudos ; Le Poisson
dans l’eau
(El Pez en el agua) en
1993 qui retrace son parcours de candidat à l’élection présidentielle de 1987 à
1990. L’auteur avait acquis une conscience politique très tôt comme étudiant ;
il n’avait pas adhéré au Parti communiste malgré son goût pour l’idéologie
marxiste. Il était resté circonspect devant la révolution cubaine et dénonce
indifféremment toute attitude proche de la dictature, du terrorisme ou du
fanatisme. Il s’est engagé aux côtés des écrivains en butte à des régimes
répressifs en tant que président du Pen Club International et en 1988 il avait
fondé Libertad, mouvement de droite libérale, avant de se lancer dans la course
à la présidence et de connaître un échec qui lui laissera un profond dégoût
pour l’action politique.

Après son
acquisition de la nationalité espagnole en 1993, il est élu à la Real Academia
Española un an plus tard et commence à collaborer avec El País. Ses articles sont réunis dans divers recueils comme Le Langage de la passion (El Lenguaje de la pasión) en 1990 ou Journal d’Irak (Diario de Irak) en 2003.

Au-delà
de son activité de romancier, l’auteur péruvien a également une production
critique ; entre autres ouvrages se distinguent, à propos d’écrivains
qu’il admire : L’Orgie perpétuelle
(La Orgía perpetua) en 1975, essai
sur Flaubert – Vargas Llosa a déclaré qu’il serait toute sa vie amoureux d’Emma
Bovary, dont la découverte fut un choc littéraire –, et Gabriel García Márquez, historia de un deicidio, occasion
d’analyser l’œuvre de l’auteur colombien pour qui il a beaucoup d’amitié.
L’approche critique de Vargas Llosa est plurielle ; elle peut se faire thématique,
biographique, structuraliste ou stylistique. Il consacre aussi des essais à des
peintres comme George Grosz et Fernando Botero.

Un des romans
les plus lus en France de l’auteur est La
Fête au bouc
(La Fiesta des chivo)
paru en 2000 où Vargas Llosa met une nouvelle fois en valeur les effets
désastreux des tyrannies aux points de vue social et moral, dans le cadre de la
fin de la dictature d’El Jefe, Rafael Leónidas Trujillo Molina, homme politique
dominicain.

L’œuvre
de Vargas Llosa s’emploie à dénoncer le scandale ; c’est pour lui l’essence
même de la littérature. Il la conçoit comme une insurrection de tous les
instants face aux aliénations d’ordre culturel, moral ou économique, contre un
monde dont le fonctionnement choque et qu’il s’agit de démystifier.

Prix
Nobel en 2010, il est désormais le plus connu des écrivains péruviens, digne
successeur de César Vallejo, Ricardo Palma, Ciro Alegría et José María Argüedas,
et il apparaît comme l’un des porte-étendard de la littérature d’Amérique
latine – qui connut un bouillonnement dans les années 1960 –, aux côtés de Carlos
Fuentes ou Gabriel García Marquez.

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