La Plage d'Ostende

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Jacqueline Harpman

Jacqueline
Harpman est une écrivaine et psychanalyste belge de langue française née à Etterbeek
(région de Bruxelles-capitale) en 1929 et morte à Bruxelles en 2012. L’auteure
est surtout connue pour son roman La
Plage d’Ostende
, et se caractérise par sa capacité à analyser la
psychologie de ses personnages au travers d’œuvres de l’intime en partie
inspirées par sa pratique de la psychanalyse.

Jacqueline
Harpman dit avoir lu énormément de livres dès l’âge de cinq-six ans. Son père
étant un Juif d’origine néerlandaise, la famille part pour le Maroc en avril
1940 et y reste cinq ans. Là, ses origines juives lui interdisent l’inscription
au lycée français de Casablanca, et elle suit donc ses études au collège Mers
Sultan. Elle étudie l’arabe et l’anglais. La figure de sa professeure de
français, Jacqueline Barthes, la marque profondément et lui donne le goût de la
langue et de la littérature. À Casablanca, à quatorze ans, elle découvre aussi
la psychanalyse au travers de la lecture des œuvres de Freud, notamment Psychopathologie de la vie quotidienne (1901),
ouvrage laissé derrière elle par sa sœur.

De retour
en Europe, Jacqueline Harpman poursuit ses études en faisant ses humanités au
lycée bruxellois de Forest, puis en étudiant la médecine à l’Université libre
de Bruxelles, avec l’intention de devenir psychiatre avant de s’orienter vers
la psychanalyse. Après Freud, à vingt ans, Jacqueline Harpman découvre l’œuvre
de la psychanalyste britannique d’origine autrichienne Mélanie Klein
(1882-1960). Harpman considère que si Freud a posé les bases de sa discipline,
il n’avait rien compris à la sexualité féminine notamment, et avait commis de
nombreuses erreurs d’appréciation. Le cursus universitaire de Jacqueline
Harpman s’interrompt alors que la jeune fille contracte la tuberculose et doit
s’enfermer dans un sanatorium où elle peut s’adonner à ses premiers essais
romanesques.

Pour
changer de vie, plutôt que de reprendre ses études de médecine, la jeune femme
se marie une première fois avec le réalisateur flamand Émile Degelin. Sa
rencontre avec l’éditeur René Julliard l’encourage à commencer une carrière
littéraire, entamée avec L’Amour et
l’Acacia
en 1958. Mais c’est Brève
Arcadie
en 1959 qui fait connaître la jeune écrivaine de trente ans, qui
remporte le prix Rossel, le plus important prix littéraire belge. L’histoire se
tisse autour des amours de Julie et de Gaston d’abord, duo qui se transforme en
trio à l’arrivée de François dans la vie du couple, qui plaît à Gaston mais
encore plus à Julie, qui avait jusque-là trompé son mari au grand jour. Les
moindres sentiments des personnages, les plus petites évolutions qu’ils
connaissent sont décortiqués sous les yeux du lecteur.

Jacqueline
Harpman publiera encore deux romans chez Julliard, L’Apparition des esprits (1960) et Les Bons Sauvages (1966), avant d’interrompre son activité
romanesque pour vingt ans. Elle dira qu’elle n’avait alors plus rien à
raconter, qu’elle demeurait « sans histoire ». Elle se marie en 1963
avec l’architecte et poète belge Pierre Puttemans avec qui elle aura deux
filles dont elle dira – comme des enfants en général – qu’elles ont pu être de
véritables prisons.

La
création d’une école de psychologie à Bruxelles est pour Jacqueline Harpman
prétexte à reprendre ses études, à trente-sept ans. Dix ans plus tard, elle
commencera à pratiquer en tant que psychanalyste après avoir peu à peu approché
cette discipline. Elle est entrée en 1976 à la Société belge de psychanalyse et
a écrit des articles pour la Revue belge
de psychanalyse.

C’est
l’opéra Tristan et Iseult de Wagner,
et sa profondeur tragique, qui fait renouer l’écrivaine qui sommeille avec
l’écriture. L’influence de sa professeure de français de Casablanca, qui avait
le pathos en horreur, s’atténue alors, laissant l’écrivaine libre de changer
son style. Son œuvre reprend ainsi avec La
Mémoire trouble
, roman publié chez Gallimard en 1987. Outre les
retrouvailles avec l’écriture de l’auteure, le récit repose sur celles de
quatre amis préalablement séparés par un drame. Et c’est vers une tragédie que
l’histoire se dirige – l’auteure désormais se la permet – alors que
l’indiscrétion de la femme de Bernard brise les distances jusque-là maintenues
entre les personnages. À nouveau l’écriture de Jacqueline Harpman se
caractérise par une attention particulière portée aux sentiments de ses
personnages, mais aussi par sa férocité et son humour.

Dans La Fille démantelée en 1990, Jacqueline
Harpman raconte la relation douloureuse qui unit Edmée et sa mère Rose, égoïste
et dure. C’est une autre relation ambiguë et dérangeante qui est au centre de La Plage d’Ostende, roman publié en 1991
où Émilienne, une fille de onze ans, calculatrice et manipulatrice, est prise
d’une passion inextinguible pour Léopold Wiesbeck, un homme irrésistible dont
l’attrait la pousse aux actions les plus éhontées pour le conquérir.

Moi qui n’ai pas connu les hommes est un
étrange récit publié en 1995 dont la mystérieuse narratrice se trouve être la
seule enfant parmi quarante femmes vivant recluses pour des raisons inconnues.
La jeune fille, bien qu’elle soit la seule à ne pas avoir de souvenirs, sera
celle qui rendra possibles à nouveau le désir et la révolte, qui permettront la
sortie de la condition d’esclave.

Le récit
d’Orlanda, publié en 1996, repose sur
un dispositif singulier : la narratrice lit Orlando de Virginia Woolf face à un beau jeune homme blond, Lucien,
qui fait l’objet de ses fantasmes non parce qu’elle voudrait le posséder mais
parce qu’elle voudrait l’incarner, être lui, en réaction à l’éducation de sa
mère qui avait voulu bâillonner en sa fille la part masculine. Il s’agit donc
d’un jeu autour des identités masculine et féminine, et la narratrice, Aline
Berger, jeune professeure, va ainsi se dédoubler sous les yeux du lecteur.

Jacqueline
Harpman a aussi participé à des émissions radiophoniques ; elle eut
également une activité de critique théâtrale et a donné des conférences
littéraires. La prose de l’auteure, qui a choisi de poursuivre sa pratique de
psychanalyste à côté de son activité d’écrivaine – ce qui est réprouvé par
certains psychanalyste –, se caractérise par une observation attentive des êtres
humains, particulièrement ceux qui font le choix de vivre en dehors des
conventions, et par un style ample et flamboyant, auxquels ne sont pas
étrangères, aussi, les formules incisives. L’auteure, qui se situe toujours
« dans l’intime » selon ses termes, a aussi dit n’avoir « jamais
eu la prétention d’écrire des histoires moralement correctes », mais
plutôt le désir de vivre des existences de substitution, dont la réalité peut
dépasser celle des souvenirs. Ses œuvres, dit-elle, seraient même devenues
autobiographiques, d’une certaine façon, alors qu’elle les écrivait, tellement
elles furent vécues.

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