Le Livre dont vous êtes la victime

par

Un « livre pour la jeunesse »

Commedans la plupart de ses romans, Arthur Ténor s’adresse principalement aux jeunesadolescents et crée pour eux un univers dans lequel ils pourront se sentir àl’aise et se laisser emporter par le récit. Ainsi, son histoire s’inscrit dansun cadre banal, avec des héros d’un âge proche de celui du lecteur mais auxquelsdes éléments fantastiques viennent se greffer afin de donner un tout autretournant à une journée pourtant commencée de manière tout à fait banale.

 

1.Un cadre « classique »

 

L’histoiredémarre dans les couloirs d’un collège, cadre commun à la plupart desadolescents. Eux-mêmes se rendant à l’école, il leur est possible, à partir deleur cadre personnel, de se projeter facilement dans le récit : « Dansun couloir du collège Lafayette, à la sortie d’un cours de math ennuyeux àmourir ». Ainsi, dès les premières lignes du roman, le lecteur peuts’imaginer évoluer dans son école et vivre les aventures de nos héros, comme s’ilétait à leur place. L’auteur utilise alors le champ lexical de l’école – « camarade »,« sac à dos », « collégien », « copain »– et introduit un discours très oralisé pour planter un décor réaliste :« – Mais si, je te jure ! C’est dingue, y a tout ce que tu veuxpour cauchemarder. – Hé, de quoi pour parlez ? – D’un truc qui fiche latrouille. »

Àl’aide de tous ces éléments, Ténor installe un climat réaliste bien connu dumonde adolescent, permettant à ses jeunes lecteurs de se mettre à la place despersonnages et de s’imaginer que toutes leurs aventures pourraient leur arriveraussi. Les lecteurs sont alors plongés dans un autre monde.

 

2.Des préoccupations de l’âge du lecteur

 

Chezbeaucoup de jeunes adolescents, les questions de l’amour, de l’amitié ou encorede l’émancipation vis-à-vis des parents commencent à apparaître. L’adolescenceest le moment des premiers changements et des premiers émois ; à mi-cheminentre l’enfance et l’âge adulte, c’est une phase de grand chamboulement où lejeune se cherche encore. Ici, nous allons pouvoir suivre les premiers émoisd’Alex et de Camille, qui se cherchent, se découvrent à tâtons, n’osant pasaller l’un vers l’autre malgré leur attirance mutuelle. Ces situations n’ontrien d’extraordinaire à leur âge et le lecteur peut facilement se reconnaître àtravers cette situation, voire être rassuré de constater qu’il n’est pas leseul à vivre ce genre de situations, que c’est tout à fait normal.

Ainsi,Alex connaît des pics de bonne humeur, suivis de période de doute quant auxintentions de la jeune fille à son égard : « Son sourire étaitétincelant, son charme ensorcelant. À croire qu’elle faisait tout pour leséduire. Alex hausse les épaules à cette idée invraisemblable. […] Aussitôt uneboule d’angoisse lui noue l’estomac ; il n’est pas très à l’aise avec lesfilles. » Il connaît également ses premièresexpériences charnelles avec une autre personne : « Dans unsilence absolu, de longues minutes s’écoulent, que les jeunes amoureux mettentà profit pour de langoureux baisers. »

Enoutre, Arthur Ténor aborde l’amitié au travers du lien qui se tisse entreCamille et Alex, très présents l’un pour l’autre, Camille permettant sans cesseau jeune héros de remettre le livre, mais aussi sa propre personne en question,afin qu’il fasse toujours les meilleurs choix.

Pourfinir, il aborde un sujet très houleux à l’adolescence : l’autorité etnotamment celle des parents. En effet, dans ce récit, le jeune Alex est amené àenfreindre de nombreuses lois : entrée dans un cimetière de nuit,effraction de tombeaux, entrée dans une usine désaffectée, utilisation d’unearme entre autres – autant de choses dont il ne se sent pas particulièrementfier mais qu’il accomplit pour répondre aux ordres du livre, sans vraimentsourciller. Par ailleurs, il désobéit de nombreuses fois à l’autorité parentaleen se sauvant de chez lui : « À peine la porte refermée, il serelève et s’habille, version commando […] Le cœur battant, il enjambe larambarde de sa fenêtre » ou en découchant sans prévenir : « Lelendemain aux aurore, Alex s’apprête à affronter le cataclysme familial. Il s’yest préparé durant tout le trajet de la chambre de Camille à la porte de chezlui. » Ces moments de rébellion sont propres à l’adolescence et denombreux jeunes se sentent emprisonnés, étouffés par leur famille, et éprouvele besoin de tester leurs limites, de découvrir par eux-mêmes pour être à termecapable de se détacher du modèle parental qui leur est offert.

L’auteurs’évertue donc dans ce roman à donner à son jeune lecteur de nouvellessensations à travers son texte, à le faire rêver et à le transporter, maisaussi à lui montrer des situations qu’il a connues ou souhaiterait connaître,tout en le mettant en garde contre les différentes conséquences que peuventavoir ses actes.

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