Le philosophe ignorant

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Résumé

Le Philosophe ignorant est un petit essai philosophique qui synthétise toutela pensée de Voltaire. Concrètement, il prend la forme d’un répertoire dedoutes. En parfait philosophe, Voltaire dresse une liste de problèmes, dequestions, qu’il laisse sciemment ouverts.

 

Premierdoute

Selon Voltaire, le premier geste du philosophe est dese chercher soi-même. Rien de surprenant ici, on sait que le préceptesocratique premier est « Connais-toi toi-même ». Cela passe enl’occurrence par une quête de sens. Pourquoi sommes-nous sur Terre ?Voltaire, sans formuler de réponse définitive, raille les hommes qui croientque la Terre a été constituée pour eux.

 

DouteII

Voltaire se questionne sur la constitution du corpshumain, sur la faiblesse de l’homme à sa naissance. Pourquoi naît-on ainsi,plus faibles que de petits d’animaux, plutôt qu’autrement ? Il souligne lemystère de ces mécanismes, que même les spécialistes ne parviennent à élucider.

 

DouteIII

Voltaire se demande s’il existe effectivement chez l’hommedeux instances distinctes : un corps et une substance pensante qui seraitl’âme. Voltaire sent qu’il est un et que cette dualité n’existe pas. Mais rienne l’aide à consolider ce sentiment, ni les livres des penseurs, ni le dialogueavec les paysans.

 

DouteIV

Voltaire constate en même temps l’inutilité concrètedu savoir – beaucoup d’êtres humains vivent sans – et son incapacité à sedétacher d’une quête insatiable de ce savoir.

 

DouteV

Voltaire s’en prend à Descartes en soulignant leparadoxe de ce philosophe qui tout en insistant sur l’importance de douter detout formule des énoncés assertifs, qui ne laissent paraître aucun doute etn’en permettent pas plus. Il va plus loin : comme Descartes a écrit dessottises quand il a essayé de décrire le fonctionnement du corps humain, celaveut dire qu’il ne faut pas non plus prendre au sérieux ses réflexions surl’âme. Dès lors, Voltaire s’attache à démontrer que l’idée cartésienne selonlaquelle l’homme dès sa naissance est un être pensant, plein d’idéesmétaphysiques formulées ou non, est naïve et grotesque. Même si la constitutionde notre esprit annonce dès la naissance comment il va se déployer, les idéesinnées, selon Voltaire, n’existent pas. Voltaire conclut que Descartes est unathée.

 

DouteVI

Voltaire continue de déconstruire la penséecartésienne. Il s’en prend maintenant au concept de l’animal-machine, quipostule que l’animal est totalement dénué de conscience, tant et si bien qu’onpourrait fabriquer une machine qui se confondrait absolument avec lui. Voltairetrouve l’idée ridicule et montre qu’il y a une forme de pensée primaire chezl’animal – au moins une mémoire. Voltaire montre que cette position estcontraire aux énoncés bibliques.

 

DouteVII

Voltaire revient sur le concept d’idées innées, cettefois sans citer explicitement Descartes. Il montre que l’homme méconnaît cequ’il doit faire pour accompagner sa nature, ce qui prouve qu’il naît sans idéedéjà fabriquée. Il donne pour exemple « Daphnis et Cloé » à qui il «fallut beaucoup de temps pour deviner comment ils pouvaient satisfaire leursdésirs, parce que l’expérience leur manquait ». Ces idées seconstitueraient donc par l’expérience.

 

DouteVIII

Comme les idées nous viennent de l’expérience, dit Voltaire,un savoir de la matière ou de l’esprit est impossible. Nous ne pouvonsexpérimenter en ce sens, « c’est le secret de la nature ».

 

DouteIX

Voltaire démontre que même le corps le plus fort, mêmel’esprit le plus intelligent a des limites. S’il n’y en avait pas, chacunpourrait progresser infiniment – or on constate bien, empiriquement, que cen’est pas possible.

 

DouteX

Voltaire défend l’idée selon laquelle l’esprit humainne peut accéder à aucun principe premier. Par exemple, il nous est impossiblede répondre à la question « Pourquoi mon bras obéit-il à mavolonté ? ».

 

DouteXI

Voltaire montre que la méconnaissance des principespremiers s’applique également au déroulement quotidien des humeurs etactions : nous ne pouvons pas anticiper ce que nous penserons, sentirons,voudrons faire demain. Voltaire constate qu’il est impossible d’être le Dieu desoi-même, et cette impossibilité viendrait de cette méconnaissanceindépassable.

 

DouteXII

Voltaire se demande s’il existe quelque part des êtresqui parviennent à dépasser la méconnaissance identifiée précédemment. Ilconclut qu’il n’en sait rien et qu’il lui est impossible de vérifier cela, caron ne connaît vraiment que soi-même, et incomplètement.

 

DouteXIII

Voltaire, influencé par la lecture de Locke et deColins, affirme que le libre arbitre n’existe pas : « Il n’y a pointde milieu entre la nécessité et le hasard : et vous savez qu’il n’y apoint de hasard : donc tout ce qui arrive est nécessaire. » Pourmieux défendre cette idée, il s’en prend à Samuel Clark, philosophe qui a tentéde prouver l’invalidité des réflexions de Colins à ce sujet.

 

DouteXIV

Voltaire se demande si la Création est éternelle. Ildémontre que l’idée de Chaos, c’est-à-dire de néant, est une pure invention.Tout est enchaînement de causes et d’effets, quelque chose ne peut émerger derien, et rien ne peut pas émerger de quelque chose. De fait, la matièreperdurera toujours.

 

DouteXV

Voltaire explique qu’il indubitablement croyant :la fluidité des mécanismes du monde prouve l’existence d’un maître qui legouverne.

 

DouteXVI

Voltaire applique son raisonnement sur l’éternité dela matière à l’éternité divine et montre que Dieu (qu’il appelle « l’Êtresuprême »), lui aussi, sera pour toujours.

 

DouteXVII

Voltaire veut savoir si Dieu est distinct de laCréation ou s’ils se confondent (c’est par exemple la position deSpinoza) ; il arrête sa réflexion sans aboutir. En effet, ne pouvant seconnaître totalement lui-même, comment pourrait-il atteindre les réponses dequestions aussi complexes ?

 

DouteXVIII

Voltaire essaie d’appréhender l’idée d’infini, mais serend compte que la chose est impossible. Il en conclut que cette impossibiliténous rend Dieu d’autant plus admirable.

 

DouteXIX

Voltaire rappelle que l’homme est la création de Dieu,et que cette filiation est primordiale – bien plus que la procréation àlaquelle ont procédé les parents de tout un chacun.

 

DouteXX

En accord avec Samuel Clark cette fois-ci, Voltairemontre que l’enchaînement des causes et des effets, de toute éternité, est dû àla volonté de Dieu.

 

DouteXXI

Voltaire explique que nous pensons par Dieu, que c’estlui qui génère les idées en notre esprit – une nouvelle manière de récuser lesidées innées. Impossible de trancher cependant entre Malebranche, qui postuleque « nous voyons tout dans Dieu même » et les stoïciens, quipostulent que « c’est Dieu qui agit en nous, et que nous possédons unrayon de sa substance ».

 

DouteXXII

On ne peut pas non plus, d’après Voltaire, parvenir àune connaissance précise de ce qu’est concrètement l’Être suprême – on ne peutpas connaître sa forme par exemple – ; ainsi Voltaire propose de se concentrersur « l’action de l’Être nécessaire sur moi-même ».

 

DouteXXIII

Voltaire repousse l’idée selon laquelle il existe deuxdivinités, une angélique contre une diabolique, car elle va de pair avec celleque Dieu est un être simple. Or Dieu, responsable d’une création si vaste, sisophistiqué, si absolu, ne peut être simple.

 

DouteXXIV

Voltaire s’attache à évaluer dans quelle mesure letexte de Spinoza est fiable. Il en loue la qualité rationnelle – quelle rigueurdans cette application de raisonnements géométriques à la pensée philosophique–, mais nie la validité des idées, qu’il trouve globalement erronées, en cequ’elle révèle à ses yeux, implicitement, un athée.

 

DouteXXV

Voltaire raille maintenant ceux qui tâchent dedémontrer certains principes métaphysiques par la physique – notamment Pascal.Par là il atteint une nouvelle idée : « ce qui n’est pas à la portéedu commun des hommes, ce qui n’est pas entendu par ceux qui ont le plus exercéleur faculté de penser, n’est pas nécessaire au genre humain ».

 

DouteXXVI

Voltaire se moque des platoniciens et consorts quipensent que nous vivons dans « le meilleur des mondes » (postulatdéjà opiniâtrement déconstruit dans son fameux conte philosophique Candide).Voltaire trouve que ces penseurs pêchent par trop d’idéalisme, et qu’ilsrefusent de voir la part horrible et perfectible du réel.

 

DouteXXVII

Voltaire parodie la théorie de Leibniz sur les« monades », qui semblent être des sortes d’atomes constituant toutce qui est, y compris l’esprit humain. En le synthétisant et le dépouillant detout connecteur logique, Voltaire rend le discours de Leibniz fantasque etabsurde.

 

DouteXXVIII

De la même manière, Voltaire, cinglant, annihile lesréflexions du philosophe Cudworth, et en particulier la thèse du« médiateur plastique ».

 

DouteXXIX

Voltaire retourne à Locke, qui partage avec luichacune des réflexions formulées jusqu’alors – c’est d’ailleurs l’occasion pourVoltaire de récapituler. Voltaire serait donc un empiriste.

 

DouteXXX

Voltaire se rend compte que les quelques véritésauxquelles il parvient à l’aide de la lecture de Locke ne lui servent à rienpuisqu’elles n’induisent pas de principe moral pour la vie pratique.

 

DouteXXXI

Voltaire remarque qu’il y aurait un principe moralinné : dans toutes les civilisations qu’il connaît, la vie des hommes estplus ou moins régie par les mêmes règles.

 

DouteXXXII

Voltaire démontre que l’idée du juste et de l’injusteapparaît naturellement dans l’esprit humain. Partout, par exemple, l’axiome« il faut rendre ce qu’on a emprunté » est valable.

 

DouteXXXIII

Voltaire répond par avance aux objections : lefait qu’une idée soit partagée par tous les hommes ne prouve pas qu’elle soitbonne, on pense notamment aux superstitions. Voltaire réplique que seul lepeuple imbécile a un jour adhéré aux superstitions, autrement dit seulement unepart de l’humanité. Ainsi il se peut que la morale, authentiquement partagéepar tous, soit valide.

 

DouteXXXIV

Voltaire adresse une objection à Locke, qui prétendque les principes de justice ne sont pas les mêmes selon les civilisations.Pour ce faire, il reprend plusieurs exemples pour montrer qu’ils correspondentbien, mais en envisageant une autre voie, à l’idée universelle du juste et del’injuste.

 

DouteXXXV

Voltaire poursuit la même démarche en insistant sur sathèse de la morale innée.

 

DouteXXXVI

Voltaire se sert d’un principe newtonien –« nature partout la même » – pour consolider son raisonnement sur lamorale universelle.

 

DouteXXXVII

Voltaire récuse le relativisme moral de Hobbes dans lamesure où celui-ci postule qu’il n’existe pas de Bien et de Mal universels maisau contraire un bien et un mal construits par chaque civilisation donnée.

 

DouteXXXVIII

Voltaire démontre que malgré leurs objections à lamorale universelle, tous les philosophes sans exception défendent des principesmoraux identiques.

 

DoutesXXXIX, XL, XLI, XLII, XLIII, XLIV, XLV

Voltaire prouve la pérennité de ces préceptes morauxuniversaux en montrant qu’ils apparaissent à la fois chez les Perses (via laparole du prophète Zoroastre), chez les Indiens (appelés« brachmanes »), chez les Chinois (via la parole de Confucius), chezles Grecs (autant Pythagore que Zaleucus, autant les épicuriens que lesstoïciens).

 

DouteXLVI

Voltaire affirme que la philosophie est synonyme devertu, tant et si bien qu’on trouve aussi de la vertu chez les sophistes.

 

DouteXLVII

Voltaire loue l’œuvre d’Ésope, qui combine le charmede la fable et la puissance de la vérité.

 

DouteXLVIII

Voltaire postule que la philosophie, sœur de la vertu,est à l’origine de la paix. Quel que soit le dogme défendu, la constance de lamorale permet la sérénité des nations.

 

DouteXLIX

De la précédente réflexion provient qu’il est absurde– et ceci s’adresse sans doute à l’Église – de condamner par la justice desdogmes philosophiques ou des théories scientifiques. Dès lors qu’on pense, onest vertueux, et en ce sens on honore toujours la morale.

 

DouteL

Voltaire, perplexe face au comportement des fous,prescrit de les traiter comme les gens qui ont la rage.

 

DouteLI

Voltaire repousse les objections – notamment que sesréflexions sur la morale sont insensées si l’on part du principe que le librearbitre n’existe pas – en rappelant que l’essai s’appelle Le Philosopheignorant. Si le lecteur n’a rien appris en lisant, ce n’est pas fauted’avoir été prévenu.

 

DouteLII

Voltaire montre l’étendue de son ignorance enexpliquant à quel point il lui est difficile de saisir précisément les jalonsde l’histoire antique.

 

DouteLIII

Voltaire souffre davantage encore de méconnaîtrel’histoire de France, mais se rassure en se disant que Charlemagne apparemmentn’en savait pas plus que lui.

 

DouteLIV

Voltaire ironise sur les desseins sanglants del’Église.

 

DouteLV

Voltaire contemple l’histoire et face à ce chaosdéduit qu’un homme sage devait vivre et mourir dans les déserts.

 

DouteLVI

Voltaire clôt son essai en invitant les philosophes etconsorts à la vigilance contre les fanatismes.

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