Le rire

par

Résumé

         Préface

 

         Bergson explique queson essai se distingue des autres essais sur le rire par sa rigueurscientifique, totalement inédite dans le domaine. Ainsi, précise-t-il, il nes’attache pas à réfuter les théories des autres dans l’ouvrage car elles sontréfutées d’emblée par sa démonstration.

 

         Chapitrepremier – Du comique en général

 

         Bergson tient àtrouver l’essence du rire, au-delà de toute la diversité de ses manifestations.Il commence par formuler trois observations fondamentales :

         – Lerire est spécifiquement humain, non pas seulement parce que l’homme seul estcapable de rire, mais essentiellement parce que lui seul peut être objet durire. Si un animal ou un inanimé fait rire, c’est par évocation de l’homme.

         – Lerire induit une insensibilité momentanée. Il n’est pas compatible avecl’affection ou la pitié. En ce sens, il serait la manifestation d’uneintelligence pure, purgée de toute passion.

         – Lerire est toujours un rire de groupe, de connivence ; on ne rit pas seul.Ou si l’on rit seul, c’est par connivence avec un tiers virtuel.

         Bergson veutmaintenant trouver ce qui provoque le rire et décide de passer pour ce fairepar des exemples. D’abord il prend des exemples physiques, comme un homme quicourt puis tombe dans la rue, ou un autre homme qui se met à son bureau pourtravailler sans savoir que son bureau a été trafiqué par un plaisantin, ettombe à la renverse après avoir lutté avec son encrier. Ce qu’il identifie decommun à ces deux exemples, c’est une raideur. Là où il y aurait dû avoir uneflexibilité, le corps a continué à agir comme il avait l’habitude de le faire.En riant de ces deux distraits, c’est de cette rigidité momentanée que l’onrit. Aussitôt, Bergson ajoute que c’est aussi cette rigidité qui fait rirequand on rit par exemple à une pièce de Molière. On rit d’Harpagon car il estcrispé sur une unique obsession qui l’accapare absolument, au lieu d’êtremultiple et vivace comme un homme digne. De là vient la constatation que lecomique est inconscient : on est risible quand on n’est pas conscient deson vice, qu’on l’affiche sans pudeur aucune. Si Harpagon entendait les rieurs,il dissimulerait un peu mieux son avarice. Le rire aurait donc en outre unpouvoir régulateur, en ce qu’il serait le châtiment de la raideur inhumaine.

         Bergson vas’attacher désormais à identifier ce qui unit en profondeur les manifestationscomiques les plus variées, de la grimace du clown à la plaisanterie la plussophistiquée. Il s’intéresse d’abord au comique des formes. Il essaie dedistinguer quand la difformité physique fait rire ou non. Il en arrive à laconclusion que toute difformité pouvant être contrefaite par un corps nondifforme est risible. Il prend l’exemple du bossu et explique que l’on pourraitcroire que sa posture est une grimace du corps. Dès lors que le mot grimace estlancé, le concept de raideur revient : la grimace fait rire car elle estune raideur feinte, mais une raideur quand même. Cette explication justifieégalement la pratique de la caricature. Le comique, puisqu’il découle d’unemanifestation de raideur, c’est-à-dire de non-vie, n’est pas le contraire de labeauté, mais le contraire de la grâce.

         Bergsonaborde maintenant le comique des gestes et mouvements. Il introduit à cetteoccasion un concept clé de l’essai, peut-être l’idée la plus forte, en tout casla plus réemployée, celle de « mécanique ». L’humain devient comiqueà partir du moment où ses attitudes, ses gestes, ses mouvements n’ont plusl’air vivants mais mécaniques.

         Bergsonparvient à une essence du comique, qui serait toujours et tout le temps du« mécanique plaqué sur du vivant ». Il s’attarde alors sur la notionde déguisement, et constate que son dispositif fonctionne comme celui de lagrimace ou de la caricature – une raideur imitée. Le déguisement d’ailleurspeut faire rire par procuration. Dans la nature, on rit qu’un chien soit àmoitié tondu. Dans la société, on rit qu’un député dise :« L’assassin, après avoir achevé sa victime, a dû descendre du trainà contre-voie, en violation des règlements administratifs. » C’est quedans ces deux moments la vie a été déguisée, que l’humain est intervenu et malintervenu contre la vie. Bergson revient ensuite sur sa formule du« mécanique plaqué sur du vivant » et expérimente en vérifiantqu’elle est valide sur un certain nombre d’exemples, empruntés aux diversesmanières déjà évoquées de produire du comique.

 

         ChapitreII – Le comique de situation et le comique de mots

        

         Bergson veut étudierdes formes plus élaborées de comique, tout en passant par des formes decomiques très primaires – celles qui résultent des jeux d’enfants –, car c’estlà d’après lui qu’on trouve l’essence du rire, dénuée de toute rationalisation.Il souhaite s’attarder sur le cas du vaudeville et de l’homme d’esprit. Pour cefaire il traite d’abord du comique de situation et ensuite du comique de mots.

         À partirdu modèle du diable à ressort, Bergson étudie le comique de répétition. Soncaractère mécanique est évident. Il applique ses conclusions à un certain nombrede gags de répétition dans les pièces de Molière.

         Dans un second temps Bergson remarque que tout personnagequi peut être assimilé à un pantin à ficelles est comique.

         Enfin,Bergson étudie des exemples de comique de répétition, d’inversion et d’interférencedes séries (la parfaite incarnation de ce dernier type de comique étant lequiproquo). Le choix des exemples est intéressant dans la mesure où, pour lapremière fois dans l’essai, Bergson les tire tour à tour de la comédieclassique et du vaudeville, sans hiérarchiser les genres. Souligner l’existenced’une filiation, de Molière à Labiche, est un geste assez iconoclaste àl’époque (l’essai date de 1900), puisque les vaudevilles étaient considéréscomme des spectacles vulgaires. Là est peut-être la  réelle rigueur scientifique de Bergson, quiétudie le rire sous toutes ses manifestations, sans égard pour la morale ni lebon goût.

         Bergson traitemaintenant du comique de mots. Comme il le dit lui-même à l’ouverture de cettepartie, la distinction avec d’autres formes de comique est artificielle car laplupart des autres formes de comique passent par les mots. De fait, il ne faità ce moment qu’explorer à nouveau ce qu’il a déjà dit, en étudiant des exemplesde comique exclusivement verbal.

 

         ChapitreIII – Le comique de caractère

        

         Dans cechapitre, Bergson fournit un grand nombre d’exemples pour alimenter ce qu’ilavait identifié dans la seconde partie du premier chapitre à partir del’exemple d’Harpagon : c’est-à-dire que le ressort du comique de caractèreest de montrer un esprit qui au lieu d’être vivant est bloqué sur un seul vice.C’est l’occasion aussi pour lui de revenir sur l’idée que le rire serait unepuissance sociale régulatrice.

 

         Appendice     

 

         Bergson défend sespositions contre l’attaque d’un certain Delage, qui propose la définitionsuivante : « Pour qu’une chose soit comique, il faut qu’entre l’effet etla cause il y ait désharmonie ». Bergsontrouve la définition ratée, car effectivement elle inclut le comique, mais elleinclut également tout un tas d’autres phénomènes. Au contraire, Bergson a tâchéde formuler une définition qui inclue tout le comique, mais uniquement lecomique. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >