Le Sceau du secret

par

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Antonio Muñoz Molina

Antonio Muñoz Molina est un
écrivain et essayiste espagnol né en 1956 à Úbeda (Andalousie), membre de la
Real Academia Española, particulièrement actif dans le genre du roman policier,
et à la fois fin chroniqueur de la société contemporaine. Ses récits ont
souvent pour cadres les milieux du jazz et du cinéma.

Aux
universités de Grenade et de Madrid, Molina étudie l’histoire de l’art et le
journalisme. Il commence une carrière de fonctionnaire à Grenade tout en
collaborant avec le quotidien Ideal
auquel il livre des articles. Une sélection de ceux-ci sera réunie en un volume
publié en 1984, El Robinson urbano, où
déjà affleurent le style et la vision du monde du futur écrivain. L’auteur y
apparaît tel un vagabond urbain, observateur du quotidien, comme De Quincey ou
Baudelaire avant lui.

Son
premier véritable récit publié est Beatus
Ille
, édité en 1986. Beatus Ille est
en réalité, au sein même du récit, une œuvre de Jacinto Solana, un écrivain
contemporain de Lorca, qui fut abattu par la police franquiste en 1947, avant qu’il
n’ait pu l’achever. Le récit constitue donc une mise en abyme, à l’occasion de
la quête de Minaya, qui se rend dans la maison de son oncle Manuel dans la
bourgade de Magma, maison où furent écrits des poèmes de Solana qui viennent
d’être retrouvés. La maison tient une grande place dans l’histoire ; des
fantômes du passé y circulent sur fond de réminiscences de la guerre civile
espagnole. La puissance romanesque de Molina s’y affirme déjà sous la forme de
ce qui devient une véritable enquête policière, tandis que l’atmosphère frappe
par ailleurs : rêve et réalité s’entremêlent, les jeux d’ombre, de
lumière, les gestes, les couleurs et les sons sont décrits avec un lyrisme qui
révèle déjà la puissance d’évocation de l’écrivain, dont tous les personnages
semblent porteurs d’un secret qu’il s’agit de mettre au jour.

La
carrière d’écrivain reconnu de Molina est désormais lancée ; il recevra
tout du long un grand nombre de récompenses littéraires. Un hiver à Lisbonne (El
invierno en Lisboa
), son deuxième
roman, emprunte la veine des films noirs américains ; on y retrouve
l’atmosphère, les héros et les sons jazzy typiques du genre. Un pianiste de
jazz, Santiago Biralbo, y conte son amour pour Lucrecia, une furtive passion de
quinze jours qui lui laisse un sentiment de vide : à quoi bon jouer du
piano désormais si la jeune femme ne peut plus l’écouter. Mais celle-ci réapparaissant
sur fond d’un vol de tableau, d’un meurtre peut-être, relance à la fois
l’intrigue et le sens que le pianiste pourra accorder à son art, une fois
atteinte une certaine indifférence relativement à la vie.

Pleine lune (El viento de la luna) est le lieu d’une
nouvelle enquête, menée cette fois par un inspecteur qui devient obsédé par la
traque du meurtrier d’une fillette dans un village du Sud de l’Andalousie. À
nouveau la construction savante du roman joue sur les temporalités ; c’est
un roman choral où s’expriment des voix liées par l’horreur, la cruauté d’un
homme qui semble seulement mu par la haine et un désir de domination.

L’enquête
va se faire plutôt psychologique dans un court récit, En l’absence de Blanca (En
ausencia de Blanca
), publié en 2001, par lequel Molina souhaite rendre
hommage à Gustave Flaubert. Celui qui a souvent su se montrer un chroniqueur
féroce, à travers ses articles notamment – dont certains dans El País –, des travers de la société
contemporaine, épinglant le pouvoir de l’argent, les petitesses de la
bourgeoisie sur fond d’un tableau plus général des classes sociales
réorganisées de notre époque, met cette fois en parallèle les valeurs
traditionnelles auxquelles est attaché Mario, modeste fonctionnaire de
province, et l’insouciance bourgeoise de Blanca, jeune artiste dont il tombe
amoureux, dont le métier devient prétexte à une critique des milieux de l’art,
pleins de hâbleurs et de paradeurs. L’auteur s’y montre un maître du style, et
se demande ce que devient l’amour, quand il n’est plus.

La même
année, Molina publie Séfarade (Sefarad), autre œuvre de la mémoire,
roman qui semble constitué d’une suite de nouvelles. Cette fois, il s’agit pour
l’auteur de donner voix, à l’occasion d’un chant triste, à des personnages –
entre la fiction et la réalité ; apparaissent ainsi Franz Kafka et sa
maîtresse Milena Kesenska – marqués par les événements de la Seconde Guerre
mondiale, le nazisme et le stalinisme.

Antonio Muñoz Molina est aussi un essayiste. Dans Tout ce que l’on croyait solide (Todo lo que era sólido), essai publié en
2013, il s’interroge sur les origines de la crise espagnole contemporaine. Le
portrait qu’il y dessine de son pays est dur, c’est celui d’une nation qui
aurait mal appris la démocratie au sortir de la dictature franquiste, et donc
minée par la corruption, des institutions censément garantes de la loi mais
dépendantes des hommes politiques, la disparition des valeurs morales.
L’essayiste pointe les conquêtes sociales en danger, et d’un autre côté les
superfluités du système qui dissimulent les acquis indispensables à conserver.
D’après Molina, les anciens ont le devoir de transmettre l’histoire récente de
l’Espagne aux jeunes générations qui ne l’ont pas connue, et moins conscientes
des risques actuels encourus. L’auteur souhaite recentrer les débats autour de
ce qui importe vraiment à ses yeux : la santé, l’éducation et
l’application de la loi. Molina exprime néanmoins sa confiance en la
régénération prochaine d’un système encore gangréné. L’écrivain engagé, qui se
dit social-démocrate, y défend une modération qui n’a rien de tiède, qui peut
être passionnée, comme celle d’un Camus, d’un Orwell ou d’un Conrad, pour
lesquels le concret de l’humain doit primer sur le fantasme idéologique.

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