Les Lauriers sont coupés

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Edouard Dujardin

Édouard
Dujardin est un écrivain français né à saint-Gervais-la-Forêt (Loir-et-Cher) en
1861 et mort à Paris en 1849. Même s’il était aussi essayiste, poète et
dramaturge, Dujardin est internationalement connu, étudié dans les universités du
monde entier, uniquement parce qu’il est le romancier à l’origine du procédé du
monologue intérieur, qu’on rapproche habituellement de la technique du courant
de conscience, dont on retrouve la pleine expression chez des écrivains tels que
Virginia Woolf ou James Joyce.

Le jeune
Édouard est issu d’un milieu bourgeois – son père est un capitaine de la marine
marchande. Il étudie d’abord à Rouen avant d’entrer au lycée Louis-le-Grand à
Paris. La mort de ses parents lui permet de faire représenter ses premières
œuvres de dramaturge grâce à l’héritage qu’il touche. La série à laquelle elles
appartiennent, intitulée La Légende
d’Antonia
, est formée de trois volets : Antonia (1891), Le Chevalier
du passé
(1892) et La Fin d’Antonia
(1893). Le jeune Dujardin est alors influencé par le drame idéal dont rêve
Stéphane Mallarmé, dont Dujardin fut à la fois le disciple et l’ami. Le drame
idéal devait selon Mallarmé exprimer l’univers. Les personnages dans ces pièces
de Dujardin constituent donc des types : l’amant, l’aïeul, le jeune
berger, et mis à part quelques-uns ce ne sont pas des individus, ce qui permet
de mettre l’accent sur leur signification universelle. Antonia, jouée au Théâtre d’Application, est une pièce bâtie sur
les clichés de la destinée douloureuse de l’homme et de la figure de la femme pécheresse,
traîtresse. Le Chevalier du passé est
jouée au Théâtre Moderne ; le symbole à visée universelle y est abandonné
au profit de l’individu Antonia cette fois, devenue une prostituée désireuse de
se repentir. Dans la dernière pièce de la série, jouée au Vaudeville, alors que
le retrait dans les montagnes semble la seule solution à Antonia pour s’élever,
elle se trouve confrontée à l’impossibilité de la solitude, d’une vie purement
spirituelle, face à un jeune berger qui la fait retomber dans l’humanité. C’est
la renonciation à la nature qui est ici condamnée : la fin de la femme est
d’enfanter. Certaines scènes rappellent des épisodes bibliques et des échos
wagnériens apparaissent à travers un certain idéalisme.

En tant
que musicographe, Édouard Dujardin a d’ailleurs souhaité faire connaître
Richard Wagner aux Français, notamment en fondant en 1885 la Revue wagnérienne à laquelle collaborent
Schuré, Villiers de l’Isle-Adam, Wyzewa ou Champfleury.

Mais
Dujardin n’en restera pas à cette première revue et les multipliera : il
dirige ainsi la troisième série de la Revue
indépendante
à partir de 1886, qui signe son virage symboliste, et ses
collaborateurs appartiennent ainsi majoritairement aux cercles symbolistes et
mallarméens : à nouveau Villiers de l’Isle-Adam, mais aussi Maurice
Barrès, Chamberlain, Jules Laforgue ou Moréas. Sa vocation est d’être la
continuatrice de la Revue wagnérienne ;
elle vise « l’union de tous les arts dans un effort commun à recréer la
vie ». Elle participe à diffuser de nouvelles théories de l’art et le
roman russe. C’est cette revue qui accueillera Les Lauriers sont coupés, aux côtés des Divagations de Mallarmé et des chroniques parisiennes de Laforgue.

Dujardin
fonde aussi, en 1904, avec Remy de Gourmont, la Revue des idées qui paraît jusqu’en 1913, aux thèmes généraux, très
variés, partagée entre de nombreuses disciplines dont la sociologie ou
l’histoire religieuse. Notons que Dujardin crée aussi les Cahiers idéalistes français en 1917,
revue pacifiste traitant de littérature, d’art et de philosophie, dont les
références sont Walt Whitman, Romain Rolland ou Verhaeren. Pierre Jean Jouve
notamment y collabore.

L’œuvre
qui a fait passer Dujardin à la postérité fut écrite jeune, à vingt-six ans. Le
jeune auteur y fait la tentative d’une forme qui deviendra un instrument de la
littérature psychologique connu sous le nom de « monologue
intérieur ». Le texte des Lauriers
sont coupés
est donc tissé du flot de pensées de son protagoniste. Il
s’agit pour l’écrivain de restituer une pensée en deçà de la parole, jaillie du
subconscient, captée dans son manque de construction, ses coq-à-l’âne, ses
ellipses. Le subjectivisme du point de vue est donc poussé à l’extrême et Dujardin
renouvelle par là le genre des récits proches du vécu d’une personne tels que le
journal intime ou la confession. L’action se résume à peu de choses puisque le
personnage lui-même est entravé dans ses pensées, ses songes ; il ne cesse
de penser à une femme, d’élaborer des projets l’impliquant, jusqu’à ce que
celle-ci finalement l’éconduise. L’édition définitive de l’œuvre, remaniée,
date de 1924 ; elle est préfacée par Valéry Larbaud. En 1887, l’œuvre
passera cependant inaperçue.

Comme
nous l’avons vu, Dujardin se situe au centre de la vie littéraire de son temps,
et son goût pour le luxe et les vêtements à la mode font de lui un dandy ;
on connaît au jeune auteur de nombreuses relations auprès d’actrices et de
mannequins. Son train de vie a rapidement raison de l’héritage familial et Dujardin
se lancera alors dans des affaires immobilières ou tentera de se refaire au
jeu.

Dujardin
a écrit dans des genres variés mais aucune autre de ses œuvres n’est passée à
la postérité. Il a notamment réuni treize contes fantastiques dans le recueil
intitulé Les Hantises publié en 1886,
marqué par l’influence de Joris-Karl Huysmans qui a publié À rebours dix-huit mois plus tôt. Dujardin fait montre de la même
écriture du ressassement de par les idées fixes et les hallucinations qui
harcèlent ses personnages.

Édouard Dujardin
écrivit aussi plusieurs ouvrages sur la philosophie religieuse, dont La Source du fleuve chrétien en 1906 et Le Dieu Jésus en 1928. Sa grande
connaissance des religions lui permet d’enseigner leur histoire à la Sorbonne
de 1913 à 1922. L’écrivain soutient dans ses œuvres l’inexistence de Jésus.

L’écrivain
fonde en 1923 la Société Mallarmé avec plusieurs autres hommes de lettres dont
André Gide et Henri de Régnier. C’est sous son impulsion que l’académie
Mallarmé naît en 1937. Parmi ses membres fondateurs figurent Maurice
Maeterlinck et Paul Valéry. Le prix délivré par l’académie devient rapidement
le plus prestigieux pour un ouvrage de poésie française.

En 1931, près
d’un demi-siècle après la publication des Lauriers,
Dujardin livre un essai intitulé Le
Monologue intérieur, son apparition, ses origines, sa place dans l’œuvre de
James Joyce et dans le roman contemporain
, prenant acte du changement du
paysage littéraire et de la postérité de son procédé chez ses pairs. James
Joyce confia qu’il avait lu des œuvres de Dujardin avant d’écrire Ulysses et que les recherches de
l’auteur français l’avaient influencé dans sa composition.

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