Les Vilains Petits Canards

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Boris Cyrulnik

Boris Cyrulnik, psychiatre et psychanalyste français, est né
à 
Bordeaux
en
1937. Il est principalement connu pour sa vulgarisation du
concept de « résilience », cette capacité de l’homme à se développer
sainement après un état d’agonie psychique, si un entourage bienveillant, un certain
environnement le permettent.

Il est issu d’un père ébéniste russo-ukrainien et d’une mère
polonaise dont l’identité n’a jamais été bien déterminée. Son enfance est
difficile ; en 1942, il est confié par ses parents à une pension pour
échapper aux traques nazies. L’Assistance publique l’aurait recueilli avant
qu’il ne soit caché chez une institutrice. Néanmoins, à l’issue d’une rafle, il
se trouve massé avec d’autres Juifs dans la grande synagogue de Bordeaux. Selon
les versions, il se serait dissimulé dans les toilettes du bâtiment ou aurait
été sauvé par une infirmière, évitant ainsi la déportation. Alors qu’il devient
garçon de ferme sous le pseudonyme de Jean Laborde, ses parents, de leur côté déportés,
trouvent la mort. C’est Dora, la sœur de sa mère, qui finit par l’élever.

Il étudie à la faculté de médecine de Paris et passe son
internat dans un service de neurochirurgie. Il se diversifiera beaucoup et
s’intéressera à de nombreux domaines parmi lesquels l’éthologie, la
psychologie, la neurologie, la psychanalyse ; il a d’ailleurs exercé la
profession de psychanalyste. Il a créé et longtemps animé le groupe de
recherches en éthologie clinique du centre hospitalier de Toulon-La
Seyne-sur-Mer. À partir des années 1980, il vulgarise ses connaissances au
travers de nombreuses publications.

Dans Mémoire de singe
et paroles d’homme
, ouvrage paru en 1983, Cyrulnik tente de remettre en
question certaines certitudes de l’homme au moyen de l’éthologie, propre à
fournir hypothèses et modèles pour la recherche. En effet, il observe par
exemple qu’un singe auquel est présenté un leurre redevient capable de vie alors
qu’il était jusqu’alors pétrifié dans son isolement. Autre exemple, la caresse
humaine fait s’évanouir la paralysie hystérique du chien. Ainsi, l’existence de
la souffrance psychique chez l’animal est-elle mise en lumière, et l’éthologie
se révèle un accès possible aux fondations biologiques du comportement. Le
style de Cyrulnik s’y fait accessible et plein d’humour ; on le retrouvera
à l’identique dans ses autres publications.

En 1993, Les
Nourritures affectives
relient les phénomènes de promiscuité et d’absence à
ceux de fusion et de carence affective. Y est mise en avant la nécessité de
l’humain de socialiser ses émotions à l’occasion de rituels pour empêcher un
éventuel passage à l’acte chez l’homme violent par exemple. Ainsi sont passées
en revue les pathologies affectives pouvant se trouver à l’origine de la
délinquance, des agressions sexuelles, du racisme, au travers d’études de
thèmes aussi variés que les raisons pour lesquelles nous tombons amoureux, les
rêves du fœtus, les rituels.

Boris Cyrulnik aborde la société sous un autre angle dans L’Ensorcellement du monde en 1997, œuvre
où le psychiatre tente de comprendre, au travers d’une généalogie du monde
humain, la place de l’homme dans le vivant, comment il en émerge – cet homme
qui seul parvient à échapper à la condition animale. Il parle d’hypnose pour
illustrer la fascination que les hommes ont les uns pour les autres. Autre lien
entre les humains : l’empathie, qui permet d’imaginer ce que ressent
l’autre. La bouche est vue comme la productrice de tout un monde symbolique, carrefour
entre extérieur et intérieur. Mais c’est surtout le signe qui distingue
l’homme. L’œuvre a quelque chose d’antilibéral, car l’homme étant pris dans un
maillage de relations, l’individu ne peut prévaloir.

Dans Un merveilleux
malheur
, en 1999, au travers
d’études de cas, de consultations et d’une importante documentation, Boris
Cyrulnik retrace le destin d’enfants ayant su passer outre des événements
traumatiques, et ce soutenus par l’écriture d’un récit intérieur. À nouveau,
dans Les Vilains Petits Canards, en
2001, il évoque ces hommes meurtris dans leur enfance qui ont su bâtir, créer
malgré leur douleur. Sont ainsi évoquées des personnalités : des écrivains
– Louis-Ferdinand Céline, Jean Genet, Georges Perec –, des chanteurs – la
Callas, Brassens. Les tragédies infantiles n’étouffent donc pas toujours un
élan de vie qu’on retrouve très prégnant chez les artistes. Chez Maria Callas,
c’est sur une vie de carences affectives qu’il faut bâtir, commencée dans un
dépôt d’enfants immigrés de New York. Chez Barbara, ce sont le viol paternel,
la persécution lors de la guerre qui n’empêchent pas une force créatrice de se
développer. Dans l’Autobiographie d’un
épouvantail
, en 2008, à nouveau, il transmet le témoignage de personnes
éprouvées par la vie, appelées des « épouvantails », et leurs méthodes
pour panser leurs plaies.

En 2004, Boris Cyrulnik évoque le sentiment d’un sursis chez
ceux ont su passer outre un traumatisme dans Parler d’amour au bord du gouffre. Est évoqué le couple où chacun
des partenaires s’engage avec un historique et un « style affectif »,
son lot de victoires et d’échecs passés. De
chair et d’âme
en 2006 analyse le paradoxe suivant : dans un élan de bonheur,
il est possible de ressentir, concomitamment, une anxiété relative à sa
perte ; ce bonheur, mélangé, serait donc « impur ». Le
psychiatre se fait alors fort d’analyser ce qui dans l’environnement peut
assurer le bonheur et le succès. Chez certains, la vie peut être vue comme une conquête
de tous les instants, et la possibilité d’évoluer concerne tout le monde
d’après lui ; ni notre extraction sociale ni nos gènes ne constituent des
obstacles.

Quand
un enfant se donne la mort : Attachement et Sociétés
approche la difficile question du suicide des enfants, quand la
plupart des analystes ne font qu’évoquer des « jeux dits dangereux »,
comme si le suicide ne constituait pas une réalité entière à prendre en compte
chez la population la plus jeune. L’approche de Cyrulnik est transdisciplinaire,
entre neurobiologie, psychologie, sociologie et biochimie. Il met en avant
l’importance de l’écoute de l’enfant, du tissage des liens familiaux. Pour lui,
rien n’est déterminé à l’avance, une prévention de ce type particulier de
suicide est possible.

Son autobiographie, en 2012, Sauve-toi, la vie t’appelle, est son œuvre la plus intime ; le
psychiatre se pose donc comme thème d’étude, tente de décrypter le monde secret
de son enfance, qu’il s’est élaboré. Les dangers de l’indifférence et les
illusions du souvenir sont mis en avant. La mémoire est mise en lumière comme
une représentation du passé, et non sa reconstitution. Le psychiatre s’y
souvient de toutes les personnes qui l’ont aidé à surmonter ses traumatismes.

Les prises de position de Boris Cyrulnik le voient s’opposer
à la gestation pour autrui ; selon lui, il y a un danger à ce que la mère
biologique n’investisse pas affectivement son bébé, qui souffrirait par
conséquent d’un retard de développement dès sa venue au monde. Par ailleurs,
Boris Cyrulnik voit dans la « théorie du genre » une haine de la
différence, traitée par Freud, par exemple, lorsqu’il évoque le pervers,
incommodé par le défaut de verge de sa mère. En revanche, il se dit favorable à
l’homoparentalité, n’ayant pas noté de différences dans le développement
d’enfants de couples homosexuels.

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