L'inondation

par

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Ievgueni Zamiatine

Ievgueni Zamiatine, encore appelé Ievgueni
Ivanovitch Zamiatine, est né en 1884 à Lebedian (Russie). Il décède en 1937 à
Paris (France)
d’une
angine de poitrine
et il est enterré au cimetière de
Thiais. Zamiatine, aussi connu sous le pseudonyme « l’
Anglais moscovite » ou
« le diable des lettres soviétiques »,
est
l’un des plus grands auteurs de romans dystopiques au monde.

Fils d’un prêtre orthodoxe et d’une musicienne, il
commence ses études au lycée de Voronej. En 1902, il entre à l’Institut
polytechnique de Saint-Pétersbourg. Il obtient son diplôme d’ingénieur naval et
devient plus tard enseignant dans le même institut. Amoureux de littérature dès
sa jeunesse et notamment des œuvres d’Herbert George Wells, il rêve de suivre
l’exemple de Nikolaï Vassilievitch Gogol et de s’imposer au cœur de la
littérature réaliste russe.

Durant sa carrière, il a toujours dénoncé le
totalitarisme. Ses écrits tragiques et mordants, son esprit libertaire et
frondeur ne sont guère appréciés de la censure tsariste qui règne dans le pays.
Encore étudiant, Zamiatine participe à la révolution manquée de 1905 aux côtés
des bolcheviks. Il y rencontre une jeune étudiante en médecine, Lioudmila
Oussova, qui deviendra sa femme.

Il est arrêté et incarcéré plusieurs mois à Saint-Pétersbourg, puis
assigné à résidence à Lebedian. Il tente de rentrer clandestinement à
Saint-Pétersbourg mais doit se réfugier en Finlande. Ces épisodes d’éloignement
lui inspirent en 1908 un roman qui passe presque inaperçu, Seul. Il y évoque sur un ton intimiste et angoissé son expérience
de l’univers carcéral. Il commence à devenir célèbre en 1913 avec Province, une satire réjouissante de la
vie provinciale russe. En 1914,
dans Au Diable vauvert, il tourne l’armée du tsar en ridicule, ce qui lui
vaut à nouveau d’être exilé en Carélie, le récit étant jugé
antimilitariste et licencieux. Alatyr
qui paraît en 1915 présente une Russie provinciale, burlesque et colorée.

En 1916,
Zamiatine supervise la construction des brise-glaces de l’Empire russe sur les
chantiers d’Angleterre.
Son esprit libertaire
et frondeur le pousse à rentrer précipitamment au pays afin de participer à la
révolution de 1917. Il est en effet convaincu que cet évènement majeur peut
permettre au peuple d’être enfin libéré. Par la suite, il s’associe à un groupe
d’écrivains, les « Frères Serapion », dont l’objectif est de défendre
la liberté totale de l’art contre tout pouvoir politique. L’après-révolution est
une période de foisonnement littéraire pour Zamiatine qui passe allègrement des
contes et allégories aux nouvelles, puis aux articles, conférences et pièces de
théâtre. C’est également à cette époque qu’il quitte le parti bolchévique, désillusionné
par la dérive liberticide qui s’apparente à celle du régime tsariste. Il finit
par se rapprocher des socialistes révolutionnaires de gauche, mouvement
libertaire et antibolchevik.

En 1920, inspiré par le régime totalitaire en place,
Evgueni Zamiatine publie l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre, Nous autres. Ce roman qui se projette dans
le XXXème siècle est une dystopie qui
décrit un univers où chacun vit sous le regard
de tous, et où chaque moment de l’existence est contrôlé par l’État bienfaiteur 
; la liberté y est impossible. L’ouvrage paraît en anglais sous le
titre My aux États-Unis en 1924.
L’édition tchèque sort à Prague en 1927.
La publication intégrale de l’ouvrage en russe ne
se fera qu’en 1952 à New York. La censure est quasi immédiate en
Union soviétique et les problèmes de Zamiatine recommencent. Il
assiste, désabusé, à l’institutionnalisation de la censure contre les artistes.
Certains à l’exemple de Boulgakov n’arrivent plus à publier. D’autres comme Maïakovski
se suicident. Zamiatine entre en dissidence.

Ses écrits suscitent de violentes compagnes de
diffamation organisées par la presse soviétique. Refusant toujours de se
laisser intimider, il publie la version intégrale de Nous autres chez Gallimard, à Paris, en 1929. Nous autres séduit l’écrivain anglais George Orwell qui avoue s’en
être inspiré pour écrire 1984.

En 1935, Zamiatine publie Les Bûchers de Saint-Dominique, une pièce de théâtre dans laquelle
les inquisiteurs dominicains et les hérétiques forment une métaphore frappante
de la réalité russe et de la situation de l’auteur face aux défenseurs de l’art
officiel. Au cours de cette même année, il publie son dernier livre L’Inondation en Union soviétique. Ce
récit évoque le drame d’un couple sans enfant confronté à la question de
l’adoption et de l’inceste avec en toile de fond l’inondation de Saint-Pétersbourg.

Censuré, conspué, menacé et interdit d’écrire,
Evgueni Zamiatine décide d’adresser une lettre à Staline. Il y demande la
permission de quitter l’Union soviétique : « Pour moi, en tant qu’écrivain, être privé de la possibilité
d’écrire équivaut à une condamnation à mort. Les choses ont atteint un point où
il m’est devenu impossible d’exercer ma profession, car l’activité de création
est impensable si l’on est obligé de travailler dans une atmosphère de
persécution systématique qui s’aggrave chaque année »
. Staline l’y
autorise, grâce à l’appui de Maxime Gorki.

En 1931, Evgueni Zamiatine quitte alors l’URSS pour
Paris où il meurt six ans plus tard.
La presse soviétique est restée muette face à sa mort. Il faut
attendre 1988 pour que
Nous autres soit publié en URSS durant
la perestroïka.

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