L'Ombre du vent

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Carlos Ruiz Zafon

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1964 : Carlos Ruiz Zafón naît à Barcelone. Son père, agent d’assurance, lui transmet sa passion des livres. Sa vocation
d’écrivain s’affirme très tôt, dès l’âge de cinq ou six ans dira-t-il. À
quatorze ans, il a déjà écrit un premier long roman. Il étudie au collège jésuite de San Ignacio de
Sarria puis après un cursus en science de l’information, commence à travailler
dans le monde la publicité. Il
devient directeur de la création dans une grande agence barcelonaise mais
décide en 1992 de se consacrer à l’écriture.

1993 : Son premier roman publié, Le Prince de la brume (El principe de la niebla ; paru en
2011 chez Robert Laffont), mêle enquête, aventures et récit fantastique. En 1943, une famille menacée par la guerre
s’installe dans une maison, inhabitée depuis longtemps, d’une station balnéaire
de la côte anglaise. Les enfants de la famille Carver, Max et Alicia, vont
faire d’étranges découvertes au gré de leurs explorations des alentours. Il semble en effet qu’un démon hante les lieux. L’atmosphère est à la fois romantique et gothique, le décor comprend par exemple l’épave d’un cargo échoué
dans la baie non loin de la maison, des statues glaçantes parsèment le jardin,
des armoires s’ouvrent toutes seules, des horloges fonctionnent à reculons,
etc. L’auteur a déclaré que son intention était d’écrire un récit qu’il aurait
aimé lire adolescent mais aussi adulte. Grâce au succès que rencontre l’œuvre, l’auteur décide de poursuivre son
rêve de travailler dans le cinéma et s’installe à Los Angeles où il se livre à l’écriture de scénarios, tout en poursuivant ses activités de romancier.

1994 : Dans Le Palais de minuit (El Palacio de la medianoche ; paru
en 2012 en France), Zafón met en scène une bande de jeunes orphelins de Calcutta
en 1932. Ils forment une société secrète qui se réunit dans une
bâtisse désolée qu’ils ont baptisée le « Palais de minuit ». Quand
Sheere retrouve son frère jumeau Ben, qui en fait partie, après seize ans de
séparation, d’étranges forces maléfiques
semblent se réveiller, et les adolescents découvriront qu’il s’agit de l’esprit
du père des jumeaux, architecte de génie tourmenté par une folie homicide, et qu’ils
vont tenter d’apaiser.

1995 : Les Lumières de septembre (Las Luces de septiembre ; parues
en 2012 en France) viennent clore la trilogie
de la brume
démarrée deux œuvres plus tôt. Le cadre est cette fois la Normandie en 1937. Simone vient y
occuper un poste de secrétaire particulière auprès d’un génial inventeur de jouets, Lazarus,
propriétaire d’un demeure fantastique
aux aspects labyrinthiques, peuplée d’étranges
marionnettes
. À une intrigue amoureuse entre Irène, la fille adolescente de
Simone, et Ismaël, le cousin d’une domestique, se superpose une enquête quand une force criminelle se manifeste dans la maison, comme par jalousie
des affections y naissant. Car entre Lazarus et Simone se noue également une
tendre amitié. Les recherches aboutissent 
à la découverte, dans un phare abandonné, du journal d’une femme
disparue des années auparavant. Une atmosphère de suspense et de surnaturel préside
au déroulement des aventures de la maisonnée, et ce jusqu’au dénouement.
L’œuvre s’adresse toujours aux adolescents d’abord, mais aussi aux adultes.

1999 : Marina est le seul roman de Zafón n’appartenant pas à une série.
Zafón y met en scène une Barcelone
baroque
, souterraine, cette fois
à une époque plus récente, dans les années
1980
. Le lecteur la découvre aux côtés d’Oscar, un adolescent de quinze ans multipliant les escapades hors
du pensionnat où il est interne. Lors de l’une d’elles, il rencontre Marina,
une jeune fille qui l’initie au mystère
d’une tombe anonyme appartenant à un
cimetière oublié. Les adolescents
vont ensuite évoluer en des lieux obscurs – une cité souterraine, un théâtre
désaffecté –, au gré d’aventures une nouvelle fois surnaturelles, au cours
desquelles ils réveillent des fantômes du passé. L’auteur joue largement
d’effets de suspense et de terreur pour soutenir l’attention de
son lecteur. L’œuvre ne paraît en français qu’en 2011.

2001 : La consécration pour Zafón
vient avec L’Ombre du vent (
La sombra del viento), son premier roman destiné en premier
lieu aux adultes, qui entame la série Le
Cimetière des livres oubliés
et fait de lui un auteur à succès. La version française paraît trois ans plus tard. Tout
commence quand le père de Daniel Sempere,
le héros du livre, invite son fils à découvrir un lieu étrange, une bibliothèque immense, secrète, appelée le Cimetière des livres oubliés. Chaque initié doit faire le choix
d’un livre dont il devra prendre soin ; Daniel choisit L’Ombre du vent,
d’un certain Julián Carax. Dès lors,
commence pour lui une aventure pleine de péripéties, sur les pas de cet auteur
méconnu, dont les ouvrages sont recherchés par un personnage énigmatique, Laïn
Coubert, qui souhaite les brûler. Daniel sera aidé par Fermin Romero de Torres, un vagabond haut en couleur qui va quelque
peu lui piquer la vedette. Le décor de l’histoire est fourni par une Barcelone pleine d’ombres aux
lendemains de la Seconde Guerre mondiale. À la fois roman d’apprentissage et récit
fantastique
, l’œuvre prend des allures de roman-feuilleton de par les nombreux rebondissements et coups de
théâtre
qui font progresser l’histoire. Une double intrigue romantique vient en outre l’étoffer, ainsi qu’une matière
historique, puisqu’il y est question de la guerre civile et du franquisme.

2008 : Dans le deuxième tome de la saga, Le Jeu de l’ange (El juego del ángel), qui paraît en
France un an plus tard, Zafón mêle à nouveau plusieurs genres et
registres : récit fantastique et religieux, roman policier, intrigue
sentimentale, une nouvelle fois autour d’une figure d’écrivain. David Martin, après plusieurs
déconvenues dans le milieu de l’édition, semble avoir passé un contrat avec le Diable en acceptant
l’offre juteuse d’un mystérieux éditeur parisien. Celui-ci lui a demandé d’écrire
un livre apportant des réponses aux
questions essentielles de l’humanité, et donc capable de fonder une religion – un ouvrage fort au point que les hommes se
déchireraient autour de son enseignement. Depuis que David y a consenti, un
mécanisme de destruction semble s’être déclenché autour de cet homme hanté par
un amour impossible. Le lien avec l’œuvre précédente est fait à travers le
Cimetière des livres oubliés, qui réapparaît ici, tout comme la famille
Sempere, sur laquelle on en apprend davantage. Le cadre de l’histoire est cette
fois la Barcelone des années 1920. Le parallèle avec le Faust
de Gœthe est évident.

2011 : Le Prisonnier du ciel (El prisionero del cielo) vient terminer
la saga en avançant dans le temps. Nous sommes cette fois en 1957, et c’est Fermin qui est au centre de l’œuvre. Un personnage mystérieux
réapparaît en effet dans sa vie, et avec lui un passé tragique et une menace de
vengeance. Fermin va devoir révéler à Daniel ce qu’il a vécu en prison dix-huit
ans plus tôt, en compagnie de l’écrivain David Martin, et le roman replonge le
lecteur dans les affres de la guerre
civile espagnole
et du régime dictatorial qui s’est ensuivi.

 

Éléments sur l’œuvre de Carlos
Ruiz Zafón

 

Si les œuvres de Carlos Ruiz Zafón s’inscrivent
dans des séries romanesques, leur particularité est de pouvoir être lues séparément sans problème. Chacune
révèle en effet une unité, et à la fois des correspondances avec les autres
tomes de la série où elle s’insère.

La manière de Zafón révèle un art populaire ; ainsi les
intrigues de ses œuvres sont haletantes, parfois quelque peu embrouillées, en
tout cas pleines de rebondissements
et de coups de théâtre, jouent
énormément avec le suspense, au point qu’elles ressemblent à des romans-feuilletons. Les lieux comme les
trames de ses histoires ont des aspects labyrinthiques.
Les dialogues sont souvent alertes, humoristiques, et l’auteur prend soin de
peindre ses personnages
particulièrement hauts en couleur et
attachants. Une dimension pittoresque
prédomine à tous les étages dans ces récits extravagants, souvent caricaturaux,
parfois cocasses, où l’on se livre à
des séances de spiritisme.

À l’occasion de la parution de sa dernière série
romanesque, Carlos Ruiz Zafón est devenu l’un des romanciers les plus lus en
Europe, au point qu’on a pu parler de « zafónmanía ». Il a également accumulé de nombreux prix.
L’auteur exploite et entretient une vogue pour le roman néogothique, en n’évitant pas toujours les poncifs, les clichés romantiques, parfois sous couvert de pastiche. Sa présentation récurrente de Barcelone en ville fantasmagorique
et mythique, qui fait figure de véritable
personnage de ses romans, a pu relancer l’intérêt de son lectorat pour
certaines facettes de la ville.

 

 

« Les livres sont des
miroirs, et l’on y voit que ce qu’on porte en soi-même. »

 

« Avec le temps, vous
verrez que parfois, ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on a, mais ce à quoi on
renonce. »

 

Carlos Ruiz Zafón, L’Ombre du vent, 2001

 

« Le vieux libraire m’avait toujours répété que les livres
avaient une âme, l’âme de celui qui les avait écrits et de ceux qui les avaient
lus et avaient rêvé avec eux. »

 

Carlos Ruiz
Zafón, Le Jeu de l’ange, 2008

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