Méditations cartésiennes

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Edmund Husserl

Edmund
Husserl est un philosophe allemand né à Prossnitz (Empire austro-hongrois) en
1859 et mort à Fribourg-en-Brisgau (Allemagne) en 1938. En posant des bases claires
pour la phénoménologie, désireux de faire de la philosophie une science
rigoureuse, il influence grandement plusieurs courants de la philosophie du
XXème siècle.

Ses deux
parents sont d’ascendance juive. Il étudie d’abord au Deutsche Staatgymnasium
d’Olmutz (Olomouc en Moravie), puis prend des cours de physique, de
mathématique, d’astronomie et de philosophie à l’université de Leipzig
(Allemagne) pendant un an et demi, avant d’étudier trois ans la philosophie et
les mathématiques à l’université de Berlin, auprès notamment du mathématicien
et logicien Leopold Kronecker et du mathématicien Karl Weierstrass. Mais c’est
auprès du mathématicien et historien des sciences Leo Königsberger, à Vienne, en
1881, qu’il est fait docteur en philosophie avec sa dissertation Contributions à la théorie du calcul des variations
(Beiträge zur Theorie der
Variationsrechnung
).

Husserl
poursuit ses études de philosophie et le philosophe et psychologue Franz
Brentano (1883-1917) devient son professeur puis son ami, toujours à Vienne. Il
rejoint l’Église luthérienne évangélique en 1886. Il termine aussi son Habilitationsschrift à l’université
Halle-Wittenberg avec Über den Begriff
der Zahl. Psychologische Analysen
, une étude sur le concept de nombre, et
commence à enseigner l’année d’après dans cette même université, sa leçon
inaugurale portant sur les fins et les tâches de la métaphysique (Die Ziele und Aufgaben der Metaphysik).
Il enseignera aussi à l’université de Göttingen à partir de 1906, puis à
l’université de Fribourg-en-Brisgau en 1916, où sa leçon inaugurale porte
désormais sur La Phénoménologie pure, son
domaine de recherche et sa méthode
. Son ascendance juive lui vaut d’être
rayé de la liste des professeurs en mars 1933.

Husserl
publie en 1891 sa Philosophie der
Arithmetik
, où le philosophe-mathématicien réfléchit aux problèmes posés
par l’invention et l’utilisation des symboles numériques. Mais c’est en 1900 et
1901, avec ses Recherches logiques (Logische Untersuchungen), que sa
carrière de philosophe tel qu’on le connaît commence. L’œuvre repose sur une
critique radicale du psychologisme, qu’il s’agisse de ses résultats ou de ses
postulats. Ici commence l’effort de Husserl pour donner une autonomie à la
philosophie, l’affranchir de la métaphysique et des autres branches du savoir,
et tenter de la fonder en tant que science rigoureuse. Husserl y développe
l’idée d’une logique pure, qui devient la doctrine des rapports absolus liant
les contenus des actes psychologiques de la pensée entre eux, dans la veine des
travaux de Bernard Bolzano (1781-1848). Dans la deuxième partie, Husserl vise à
établir une nouvelle théorie de l’idéalité du concept, qui se passe de la
métaphysique à tendance réaliste ou du nominalisme, propre à rendre compte du
rapport entre l’expérience et la pensée logique. Husserl développe la notion
d’« intentionnalité », qui caractérise les actes de la pensée, qui
signifie une certaine manière de « viser » l’objet. Pour le
philosophe, les actes de pensée qui « signifient » ne sont pas
simplement des signes mais renvoient à des actes de vérification, et donc
d’expérience directe. Ces idées lui permettent de développer une nouvelle
théorie de l’universel comme unité idéale des actes d’expérience, appréhendée
par une intuition directe qui deviendra l’« intuition des essences »
dans ses prochaines œuvres. L’universel est un tout et ne peut donc être
envisagé comme abstrait dans cette conception. À travers le concept
d’intentionnalité, qui permet de considérer la vérité comme une
« adéquation », l’objet étant pleinement présent à la conscience, Husserl
fonde en partie la phénoménologie dans cet ouvrage.

Husserl
expose clairement sa volonté de fonder une rationalité proprement
philosophique, d’envisager la philosophie comme une science de la vérité
absolue, dans son article La Philosophie
comme science rigoureuse
(Philosophie
als strenge Wissenschaft
) publié dans la revue Logos. Husserl y attaque à nouveau le naturalisme, le psychologisme
et l’historicisme, qui ne peuvent atteindre comme la phénoménologie le
« sens » ou l’essence des phénomènes grâce à l’intuition. L’être
absolu est l’être phénoménal, « dans la conscience », le seul qui
puisse être donné apodictiquement. L’intuition des essences, la Wesensschau, permet de saisir la
permanence et l’objectivité des essences, dans un monde de relations
transcendantes. Dans l’être, existe une rationalité qui donne un sens à
l’intentionnalité, à la visée du phénomène par la pensée. Cette œuvre, par sa
clarté, est particulièrement accessible.

Avant
Husserl, le terme « phénoménologie » désigne, surtout chez Hegel, la
domaine de la philosophie qui pense la manière dont se manifeste, dans la
conscience, la réalité. Husserl publie en 1913 Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie
phénoménologique
(Ideen zu einer
reinen Phänomenologie und phänomenologischen Philosophie, I
), où l’auteur
présente la phénoménologie comme la science philosophique fondamentale, la
méthode qui rendra la philosophie exacte. Husserl y jette les bases de la
phénoménologie transcendantale, en commençant par montrer que l’intuition
s’applique au-delà de la connaissance sensible aux objets idéaux, essences qui
constituent les termes d’un acte de conscience, qui demeurent dans la sphère de
l’objet. Ensuite, l’auteur explique la théorie de la méthode des
« réductions ». La réduction est un acte de suspension de la croyance
en l’existence du monde extérieur ; la philosophie atteint ainsi la
conscience pure des objets existants ou non, et ne traite que d’un monde pur
des actes de conscience. La description de ce monde est déléguée à la
phénoménologie pure dont les méthodes sont expliquées dans la troisième section
de l’ouvrage. Chaque acte de conscience est décrit comme possédant deux
pôles : l’acte de conscience lui-même ou « nœsis », et le terme
visé par celui-ci : la « nœma ». L’ouvrage repose donc sur
l’idée d’une conscience pure, qui saisit un monde idéal, purement possible,
puisque seulement construit par les structures transcendantales et
l’intentionnalité de l’acte de pensée. L’éternel se trouve donc dans la propre
intériorité de l’individu, et cette rationalité de la nature se présente comme
la mission toujours recommencée, humaine du philosophe.

En 1929,
Husserl publie Logique formelle et
transcendantale. Essai d’une critique de la raison logique
(Formale und transzendentale Logik. Versuch
einer Kritik der logischen Vernunft
), œuvre qui présente la logique
formelle comme une théorie de l’objet, à l’instar de la mathématique. Il s’agit
du dernier stade de la pensée du philosophe, qui pousse les idées des Recherches logiques vers le
transcendantalisme. La nécessité d’une révision totale des principes de la
logique y est d’abord affirmée, étant donné qu’elle est devenue une science
spéciale et non la « doctrine pure et universelle de la science »
qu’elle devrait être. Le philosophe étudie les rapports entre la logique
formelle et la mathématique, définit le sens de la mathématique formelle pure,
puis distingue l’ontologie formelle opposée à l’ontologie matérielle. C’est
dans la deuxième section, « De la logique formelle à la logique
transcendantale », que Husserl explique la nécessité d’une phénoménologie
transcendantale pour expliciter le sens et les possibilités de la science,
donner une direction à son développement, sans quoi les sciences actuelles
resteront des ébauches de sciences selon lui. Husserl ne fait cependant que
poser une exigence, les fondements d’une démarche.

Husserl
se considère comme le véritable héritier du grand rationalisme occidental, dans
la veine des Grecs, de Descartes et de Locke, mais persuadé qu’il a établi une méthode
ayant la rigueur d’une science définitive, ses disciples s’en écartent
néanmoins à la fin de sa vie, ne voyant pas en l’œuvre du maître le seul
aboutissement logique de l’histoire de la philosophie.

Ses Méditations cartésiennes. Introduction à la
phénoménologie
, réunissent 4 conférences que Husserl a données en 1929 à la
Sorbonne, et qui eurent un grand retentissement. Elles sont publiées en 1931.
Le philosophe y développe sa phénoménologie transcendantale en partant du « cogito
ergo sum » cartésien, acte transcendant qui a l’évidence apodictique qui
fait défaut au monde, contingent. Le philosophe y explique clairement la
méthode de la réduction transcendante dans sa première méditation, puis
développe sa conception de la phénoménologie transcendantale dans les quatre
suivantes, centrée autour de ce monde seulement possible, transcendant,
réunissant les formes possibles de noèmes corrélatifs des actes d’expérience.
Dans la cinquième méditation, reprenant des thèmes de la pensée de Fichte, le
philosophe vise la constitution des « moi » personnels au sein de l’« ego »
transcendantal, peignant la formation des mondes intersubjectifs. Le monde
empirique, d’abord suspendu, non apodictique car il n’est qu’un des mondes
possibles, est finalement orienté phénoménologiquement par la phénoménologie transcendantale
qui le reconstitue au sein du « ego cogito ». C’est donc sur un
puissant transcendantalisme logique que débouche la pensée de Husserl, où se
retrouvent les grandes métaphysiques du passé de Descartes, Hegel, Fichte et Leibniz.

Husserl
eut parmi ses élèves Edith Stein, Roman Ingarden, mais aussi Martin Heidegger,
qui développera une phénoménologie ontologique et existentiale autour de la
question de l’être, délaissant les concepts de son professeur, et Hannah
Arendt. Jean-Paul Sartre, influencé par la phénoménologie de Husserl, l’incline
dans un sens existentiel, tandis que Maurice Merleau-Ponty l’appliquera aux questions
de la corporéité et du sensible. Paul Ricœur et Emmanuel Lévinas quant à eux,
après avoir traduit le philosophe allemand, s’inspireront aussi de sa pensée.
La phénoménologie de Husserl trouve également des applications en psychologie
clinique et en psychiatrie, en proposant des regards différents sur la relation
clinicien-patient, observateur-observé.

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