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Pensées diverses sur la comète

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Pierre Bayle

Pierre
Bayle est un philosophe et critique français né en 1647 au Carlat-le-Comte
(aujourd’hui Carla-Bayle), près de Pamiers (Pays de Foix, aujourd’hui Ariège)
et mort en 1706 à Rotterdam (Provinces-Unis, aujourd’hui Pays-Bas). Il est
principalement connu pour ses Pensées sur
la comète
et son immense Dictionnaire
historique et critique
, qui font de lui un précurseur des penseurs des Lumières.
Dans son œuvre, c’est surtout la tolérance, à tous les égards, que prône Pierre
Bayle.

Son père
est un modeste ministre de l’Église protestante ; c’est lui qui assure
d’abord l’éducation de l’enfant, précoce, qui apprend rapidement le latin et le
grec et fait de nombreuses lectures sans ordre – ses auteurs favoris sont alors
Plutarque et Montaigne –, avant de poursuivre, seulement à vingt-et-un ans – du
fait de la pauvreté de sa famille qui assure l’éducation de ses fils successivement
– son étude au collège protestant de Puylaurens (Tarn), puis un an après au
collège des jésuites de Toulouse où il apprend la philosophie. Il se convertit
au catholicisme mais revient au protestantisme moins de deux ans plus tard. Il
part alors pour Genève – exilé en tant que relaps – où il devient le précepteur
de fils de notables. Il commence aussi à y étudier la théologie et découvre
Descartes. Après des séjours à Rouen et à Paris, il s’installe à Sedan où lui
est offert un poste de professeur de philosophie à l’Académie protestante. Là,
malgré les programmes officiels, il introduit dans ses cours quelques éléments
de la pensée de Descartes. Il fait aussi à cette occasion une rencontre
importante, celle du pasteur calviniste et théologien Pierre Jurieu
(1637-1713).

Quand en
1681 l’Académie est supprimée par Louis XIV, Bayle part enseigner la
philosophie et l’histoire à Rotterdam – où il restera jusqu’à sa mort –, un an
avant la publication de son œuvre célèbre, Lettre
sur la comète
, devenue en 1683 Pensées
sur la comète
, dont le titre complet est Pensées diverses écrites à un docteur de Sorbonne à l’occasion de la
Comète qui parut au mois de décembre 1680
. L’événement astronomique – le
passage de la comète de Halley – constitue pour Bayle un prétexte pour dénoncer
la superstition ; en effet, surtout depuis le Moyen Âge, de prétendus
scientifiques considèrent  que les
comètes exercent une influence sur la terre et les événements de l’histoire. Le
penseur invite à considérer les choses en elles-mêmes, il privilégie la liberté
d’opinion, et défend jusqu’aux positions des athéistes, moins coupables à ses
yeux que ceux qui se livrent à l’idolâtrie. C’est l’existence d’un Dieu tel que
présenté par les religions révélées dont l’auteur dit qu’elle peut être remise
en question. Le catholicisme est donc bien visé, mais l’attaque est menée avec
ironie et courtoisie. Le philosophe défend une liberté de discussion qui
préfigure l’esprit du siècle des Lumières et la construction d’une Europe moderne
outrepassant les luttes religieuses. Le texte est imprimé en Hollande et fait
scandale en France : l’auteur, défendant les athéistes, est bien sûr
accusé d’athéisme lui-même.

Bayle
prolonge le scandale avec sa Critique de
l’histoire du Calvinisme du Père Maimbourg
, qui rudoie les opposants à la
Réforme et rencontre le succès. Dès lors, le philosophe a soulevé contre lui
les jésuites, qui en appelleront au roi ; plusieurs de ses livres seront ainsi
brûlés de la main du bourreau.

Il fonde
en 1684 Les Nouvelles de la République
des Lettres
, revue qui offre une alternative au Journal des Savants dont le directeur est Denis Sallo, conseiller
au Parlement de Paris. La revue paraît de mars 1684 à février 1687 seulement, Pierre
Bayle étant malade, au point qu’il doit longtemps arrêter d’enseigner. Le
philosophe y commentait de nombreux ouvrages relevant des sciences et des
lettres et y livrait la biographie de grands auteurs morts. Ses digressions
savantes lui valent la reconnaissance à travers l’Europe.

En 1685,
l’édit de Nantes est révoqué et Pierre Bayle connaît de nombreuses difficultés.
Il fait paraître anonymement Nouvelles
Lettres de l’auteur de la Critique de l’histoire du calvinisme du P. Maimbourg

mais les autorités découvrent son identité et emprisonnent son frère Jacob,
pasteur, qui en meurt. Ce que c’est que
la France toute catholique sous le règne de Louis-le-Grand
constitue une
réponse à un ouvrage d’un panégyriste du roi, Jean Gautureau. Il s’agit d’un
véritable pamphlet au ton agressif, dénonçant les persécutions contre les
protestants et critiquant la politique de Louis XIV influencée par l’Église
catholique. L’œuvre, constituée de lettres adressées à un abbé catholique, montre
un auteur capable de varier les tons et d’utiliser l’humour malgré les
circonstances graves, visant l’efficacité pour un ouvrage qui s’insère dans une
polémique.

De 1686 à
1688, Bayle fait paraître en quatre volumes, en prétendant qu’il s’agit d’un
ouvrage traduit de l’anglais, Commentaire
philosophique sur les paroles de Jésus-Christ : « Contraints-les
d’entrer »
. La suite du titre : Où l’on prouve, par plusieurs raisons démonstratives, qu’il n’y a rien
de plus abominable que de faire des conversions par la contrainte, et où l’on
réfute tous les sophismes des convertisseurs à contrainte, et l’apologie que
St. Augustin a faite des persécutions
dit assez de quoi il s’agit. C’est
donc la tolérance que Bayle prône ici, au-delà des querelles de secte et de
doctrine. Chacun doit pouvoir, selon l’auteur, professer la religion qui a sa
préférence, idée prolongée dans un Avis
important aux réfugiés sur leur prochain retour en France
. Les protestants
eux-mêmes en tirent du ressentiment contre Bayle, dont son ami de vieille date,
Jurieu. Bayle en perd sa chaire de philosophie.

Pierre Bayle
vivra dès lors, modestement – comme il l’a d’ailleurs toujours fait –, d’une
pension qui lui est accordée par un libraire, séduit par son Projet de dictionnaire de 1692. C’est quelques
années plus tard, entre 1695 et 1697, que paraît son célèbre Dictionnaire historique et critique,
augmenté au gré des éditions suivantes. Chaque mot fait l’objet d’une partie
historique, qui se borne à narrer les faits, et d’une seconde partie, critique,
où Bayle commente longuement, cite, critique les erreurs communes qui sont même
l’occasion de réflexions philosophiques. Le penseur s’y montre d’une érudition
hors du commun et son œuvre préfigure bien sûr l’Encyclopédie du XVIIIème siècle, non seulement par sa forme mais
aussi par son appréhension rationaliste du fait religieux – toutes les
religions lui paraissant également sujettes aux erreurs, et à nouveau, Bayle
prône donc la tolérance. Le mérite de la foi est reconnu devant l’incapacité de
la raison humaine à atteindre une certitude absolue. Le philosophe présente ses
pensées de façon abordable à tous et le dictionnaire connaît un grand succès.
Son influence sera grande chez d’autres penseurs, principalement chez Diderot,
et chez Voltaire qui, s’il critique la « manière d’écrire [de Bayle], trop
souvent diffuse, lâche, incorrecte, et d’une familiarité qui tombe quelquefois
dans la bassesse », reconnaît « son excellente manière de
raisonner ».

Sainte-Beuve
relève chez Pierre Bayle « la vocation critique » ; il en parle
comme d’un « génie, dans son idéal complet […] au revers du génie
créateur et poétique, du génie philosophique avec système, [qui] prend tout en
considération, fait tout valoir, et se laisse d’abord aller, sauf à revenir
bientôt. »

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