Pereira prétend

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Résumé

Pereira prétend est un roman historique de l’écrivain italien Antonio Tabucchi (1943-2012). La version originale a été publiée en 1994 sous le titre Sostiene Pereira. Elle a été traduite en français en 1995.

 

L’action se déroule à Lisbonne durant l’été de l’année 1938. Le personnage principal se nomme Pereira. C’est un vieux journaliste qui s’occupe seul de la page culturelle hebdomadaire d’un petit journal de la capitale portugaise, le Lisboa, acquis au régime politique en place. Pereira y rédige des billets, des chroniques nécrologiques d’écrivains décédés et des traductions de textes français. Il mène une vie simple et discrète entièrement dévouée à son travail et à sa passion pour la littérature française. Il passe l’essentiel de son temps seul, soit dans son bureau situé dans un immeuble indépendant de celui du journal, soit dans son appartement où il parle à la photographie de sa femme décédée d’une tuberculose quelques années auparavant, soit dans un café où il a ses habitudes.

Se nourrissant essentiellement d’omelettes et buvant continuellement des citronnades, il a un embonpoint très prononcé qui le préoccupe peu. Pereira ignore le fond des événements politiques qui bouleversent l’Europe et qui voit l’installation de régimes totalitaires en Allemagne, en Italie, en Espagne, mais aussi au Portugal avec la mise en place de la dictature de Salazar. Son ami prêtre surpris par ce manque de conscience finit par lui demander : « Mais dans quel monde vis-tu, toi qui travailles dans un journal ? »

Cette petite vie tranquille va bientôt être bouleversée par l’arrivée de Monteiro Rossi, un jeune stagiaire que Pereira engage pour l’aider dans son travail de rédacteur. Pourtant, Monteiro se révèle être un piètre écrivain. Lorsque le jeune homme écrit un article très négatif sur Gabriele D’Annunzio, un écrivain à l’idéologie fasciste – impossible à publier tel quel dans les colonnes du Lisboa –, on comprend très vite que Monteiro et sa compagne, Martha, sont des opposants actifs aux régimes de Salazar. Pourtant, Pereira s’attache à ce jeune couple et il garde le jeune homme à son poste.

C’est à leur contact que Pereira commence à découvrir les faits inquiétants qui pèsent sur le Portugal. C’est d’abord par gentillesse qu’il commence à rendre quelques services, comme héberger un cousin étranger activiste au sein de la résistance au régime franquiste espagnol. Quelques événements s’avèrent ensuite décisifs : il saisit au vol et comprend la remarque d’un serveur, il discute dans un train avec une inconnue d’origine juive préoccupée par la situation du pays, il assiste à la répression sanglante d’une manifestation. La question se pose alors pour lui de continuer à aider Monteiro dans sa lutte ou de revenir à sa petite existence tranquille.

Ces doutes qui assaillent Pereira ne font que contribuer davantage à une profonde remise en cause des fondements de son existence. Ils le poussent à suivre une diète dans une clinique de thalassothérapie. Il y fait la connaissance du docteur Cardoso. Étonnamment, c’est ce médecin qui lui explique le mécanisme de la censure : « C’est facile objecta le docteur Cardoso, de toute façon il y a la censure préventive, chaque jour avant de sortir, les épreuves de votre journal passent à travers l’imprimatur de la censure préventive, et s’il y a quelque chose qui ne va pas, vous pouvez être tranquille que ce ne sera pas publié, peut-être qu’ils laisseront un espace blanc, ça m’est déjà arrivé de voir des journaux portugais avec de grands espaces blancs, cela inspire une grande rage et une grande mélancolie. » C’est lui aussi qui lui parle de la théorie de médecins philosophes : la Confédération des âmes, lui annonçant : « Vous êtes en conflit avec vous-même dans cette bataille qui agite votre âme ; vous devriez abandonner votre surmoi, le laisser s’en aller à son destin comme un détritus ».

Cette cure marque les débuts de la transformation physique et intellectuelle de Pereira. Lorsqu’il termine son programme et qu’il sort de la clinique, le journaliste a effectivement perdu du poids. Il change ses habitudes alimentaires et il suit l’actualité avec un œil neuf et curieux. Le directeur du Lisboa émet alors des critiques sur la qualité patriotique de ses articles – critiques auxquelles Pereira répond par ses propres questionnements : « Excusez-moi, monsieur le directeur, répondit Pereira avec componction, mais bon, je voulais vous dire une chose, à l’origine nous étions lusitaniens, puis nous avons eu les Romains, les Celtes, puis nous avons eu les Arabes, alors quelle race pouvons-nous célébrer, nous Portugais ? » Mais, la vie du vieux journaliste est devenue l’objet d’un contrôle permanent ; son téléphone est mis sur écoute et il se sent épié.

Lorsque Monteiro revient à Lisbonne après une longue absence, Pereira l’accueille chez lui. Un jour, trois sicaires en civil de la police politique font irruption chez lui et abattent l’ancien stagiaire. C’est cet assassinat qui finit d’ouvrir les yeux de Pereira. Dans l’urgence il rédige un article où il dénonce clairement ce crime. Le journaliste parvient à inclure son texte dans les colonnes du Lisboa qui sort le lendemain, sans que la censure ni l’éditeur ne s’en aperçoivent. Pereira connaissant les dangers qui pèsent désormais sur sa vie quitte immédiatement le pays.

 

Pereira prétend est un roman fluide fait de petites phrases et de courts chapitres. Il pose des questions très pragmatiques, dont celle des conséquences de la passivité des populations permettant l’installation des régimes dictatoriaux et surtout de la complaisance des médias et des intellectuels. Paru lors des élections italiennes de 1994 et vendu à plus de 250 000 exemplaires lors de sa sortie en Italie, ce livre a été utilisé comme une arme politique par les partis d’opposition au candidat Silvio Berlusconi alors allié de la droite nationaliste, la Liga del Norte.

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