Poèmes en prose

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Résumé

Poèmes en prose est un recueil de poèmes de l’écrivain, poète, journaliste, auteur de théâtre, critique littéraire mais également compositeur de chanson française Francis Carco. Il est publié aux éditions Albin Michel en 1948.

Ce recueil permet de prendre la mesure de l’écriture de Carco, qui va au plus simple, au plus vrai possible, ne s’embarrassant jamais de mots compliqués ni d’un certain lyrisme qu’il préfère écarter, au profit de la simplicité, afin de mieux décrire son environnement, sa ville, ses souvenirs, le passé, de façon souvent sombre, volontiers sous la pluie, dans le froid et l’hiver plutôt que sous des auspices estivaux ou joyeux. Robert Sabatier écrit à ce propos : « Carco est un poète en demi-teintes, il bannit le verbiage, le clinquant, le faux lyrisme. Jusque dans ses poèmes les plus simples, on sent une sorte d’arrière-tremblement, de frémissement. Sa couleur est le gris, celui des murs, des jours, des souvenirs. Ses paysages campagnards ou urbains sont mouillés de pluie. » Il n’écrira que très peu sur l’amour. Il montre ici un poète solitaire, déambulant dans la grande ville, appréciant son présent avec réalisme, et une certaine dimension pessimiste. Le poète rassemble des poèmes en prose, mais aussi de courts récits s’apparentant à des extraits de romans.

Ce recueil montre bien l’admiration de l’auteur pour l’environnement citadin, et plus précisément les villes industrielles, les ports, en automne. Il fait de nombreuses références au voyage, aux hôtels, aux bars, aux rencontres que l’on peut y faire. Il évoque également souvent les paysages urbains, sous la bruine ou la pluie de l’automne, ne faisant que rarement la description de paysages naturels.

Dans le texte en prose « Dans un boui-boui du port », le poète raconte un soir d’été en ville, décrit la beauté de la danse de deux éphèbes dans une boîte. Cette vision s’oppose au sentiment d’oppression des femmes face aux hommes, à leur « délire », mais aussi à l’attitude des prostituées, mêlée à la violence et au sang. Le poète ne décrit jamais de scène totalement positive ou totalement négative, et reste très nuancé, comme le gris qu’il aime tant.

Dans « Climat de rêve », le poète dépeint une ville industrielle, avec un climat gris pesant, tout « pèse » (le mot est répété), sur les toits, sur la ville. Il évoque les nuages, décrit le port, les pêcheurs au matin brumeux. Il parle à une femme, qu’il emmènera voir ce port sous le brouillard. L’eau grise, sale, le caoutchouc ainsi que les sirènes révèlent un paysage de port industriel, au matin, les brumes se dissipant dans la journée, et au fur et à mesure que les bateaux prennent le large. Le cadre très urbain reste aussi celui de « Décors », évoquant la promenade de citadins en ville, entre les allées d’arbres, sous la pluie qui tombe sur les toits des bâtiments. Silence des jours calmes, puis animation du centre-ville : l’orgue de barbarie, les restaurants, le manège et les spectacles de marionnettes aux « visages de carton peint ».

Le temps gris, maussade, reste très présent même en dehors de l’automne, comme dans « Printemps » où se trouvent mêlées la verdure, les toitures sous un temps pluvieux. Côté nature : les arbres, la boue ; de l’autre les cheminées rouges de briques crachant de la fumée, les nuages et l’observation de l’eau le long des quais rappellent la ville industrielle. Le poète évoque Rimbaud qui s’émerveillait face à la nature lumineuse au cours des printemps humides.

Le poème « Aix-en-Provence » reste dans le thème de la ville : ici l’auteur décrit le beau temps, la lumière de la ville du sud, mais aussi la nécessité de se mettre à l’abri quand vient l’automne, le soir. La fumée, comparée aux songes, continue de compléter la collection d’images sombres. Le cadre de la ville et du temps gris est aussi présent lorsque le poète parle d’amour comme dans «  À Éliane » où l’auteur évoque une conversation sans intérêt entre des amants, avec pour cadre un appartement donnant sur les quais de Paris un jour d’automne, où le ciel et l’eau sont gris, et où il fait bon rester chez soi à écouter la pluie. Dans « Intérieur », le poète décrit le même genre de situation, opposant le confort d’être à l’intérieur, et l’atmosphère grise et triste d’un jour de pluie.

Le poète évoque aussi l’écriture, dans « La Vénus noire », et la muse : il passe de l’adoration de la femme, présentée comme belle, harmonieuse, avec de belles courbes, joyeuse, à la déchéance. Il parle de cette vénus comme d’une déesse, mais une déesse vite abandonnée par les hommes qui ne sont pas poètes : vite satisfaits, ils la quittent, la laissent avec ses désirs inassouvis sur « le lit saccagé ». La relation sexuelle est donc évoquée parallèlement à la relation difficile du poète à l’écriture.

Dans « L’Émeute », le poète montre une manifestation, un enthousiasme populaire porté par l’espoir et l’alcool. Les hommes se sentent invincibles. Sont évoqués l’appel au peuple, la descente dans la rue, les réunions dans les cafés, le lancement d’une révolution parmi les foules, les discours, etc. Mais ces manifestations sont rapidement réprimées dans le sang par la police à cheval, qui « sabre » les manifestants. Il est donc question de sang, de la mort, mais le poète reste positif, évoque le ciel étoilé, et encore une fois le calme des eaux. La mort rôde aussi dans la « Rue Tholosé », rue du quartier Pigalle que le poète décrit comme calme et sans histoire. Elle s’anime lorsqu’arrivent deux amis belges, dans un hôtel ; ils se livrent à des trafics, côtoient les femmes du Moulin Rouge et les « poules ». Le mystère entoure ces deux hommes dont les activités restent inconnues. Un soir, la mort d’un homme dans un bar non loin entraîne l’ouverture d’une enquête.

Le poème « Le Bar » présente des danseuses de « nu esthétique » proposant un spectacle aux hommes dans un endroit coloré à l’ambiance chaleureuse. Ces femmes sont comparées à des oiseaux enfermés dans une « volière charmante ». L’ambiance des bars et du Moulin Rouge se retrouve aussi dans « Quadrilles » ; l’auteur observe un spectacle de danse dans un flou certain, entre les couleurs vives des guirlandes et l’atmosphère vaporeuse sans doute due aux cigarettes et aux effets spéciaux.

Dans le poème « Vieux Hôtels », le penchant de l’auteur pour l’automne ressort à nouveau ; il montre une fascination certaine pour les choses anciennes, le lustre d’antan des grands hôtels qui appellent à la méditation selon lui. Ces endroits commémorent de grands hommes, de grands noms, ou des événements historiques par des plaques de marbre. Le poète imagine le bonheur que ce fut d’y vivre, et apprécie les beaux objets, les bibliothèques riches, les œuvres d’art, qu’il oppose à la poussière sur les meubles. Marchant sur ces parquets cirés, il imagine l’apparence de l’hôtel pendant l’automne prochain, les couleurs écaillées et les feuilles mortes jonchant le sol.

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