Poèmes en prose

par

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Francis Carco

Francis
Carco – né François Carcopino-Tusoli – est un écrivain français né à Nouméa
(Nouvelle-Calédonie) en 1886 et mort à Paris en 1958. Il fut romancier, poète,
journaliste, auteur de chansons, et il reste aujourd’hui principalement connu
pour son roman Jésus-la-Caille et son
univers singulier parcouru de ses obsessions pour le Montmartre du début du
siècle, les mauvais garçons et les milieux de la prostitution et du crime.

Sa
famille reste dix ans en Nouvelle-Calédonie avant de revenir en métropole, en
Côte- d’Or puis en Aveyron à Villefranche-de-Rouergue et à Rodez, au fil des
mutations de son père fonctionnaire. Celui-ci se montrant violent, le jeune
Francis se réfugie tôt dans l’écriture poétique, qui permet un épanchement de
sa révolte. Le logement de sa grand-mère, à Nice, offrira à plusieurs époques
de sa vie un havre de paix où retrouver le calme.

Francis Carco
est un temps surveillant au lycée d’Agen. Il est fasciné par les bas-fonds des
villes qu’il traverse, dont il réinterprètera dans ses œuvres le romantisme :
Lyon, Grenoble, etc. Il rencontre à l’occasion de ses déplacements les membres
de l’École fantaisiste, active à partir de 1912, qui publie un Petit Cahier auquel participent avec
Carco les fondateurs de l’École dont Robert de la Vaissière que Carco
avait connu comme répétiteur au lycée d’Agen, Léon Vérane, Jean Pellerin rencontré
lors de son service militaire à Grenoble, ou Tristan Derème qui faisait sa
scolarité au lycée d’Agen au moment où Carco et De la Vaissière y
travaillaient. Il s’agit pour ce groupe de jeunes poètes de renouveler la
poésie après la domination de Stéphane Mallarmé et du symbolisme. Les jeunes
poètes se donnent pour chef P.-J. Toulet.

Carco
était venu à Paris dès 1910 et avait commencé à fréquenter le milieu des
lettres propre à Montmartre, ses lieux de rencontre, dont le Lapin Agile où il
fait la connaissance des bohèmes du temps. Il deviendra ami avec Guillaume
Apollinaire, Max Jacob et les peintres Maurice Utrillo et Amedeo Modigliani
entre autres. C’est l’occasion pour Francis Carco de faire ses premières armes
en tant que critique d’art dans des revues comme L’Homme libre et Gil Blas.
Son premier recueil de poésie, La Bohème
et mon cœur
, paraît en 1912.

En 1913 Carco
fait la rencontre importante de Katherine Mansfield, femme qui quitte un temps
son compagnon pour vivre avec l’écrivain une relation inaboutie. Elle devient
un miroir de Paris pour Carco qui utilisera les évocations que son amie en fait
– dans des lettres qu’elle lui écrit alors qu’il fait son service militaire –
pour rédiger Les Innocents, œuvre
parue en 1916, où Carco mettra en scène un personnage qui se montre lui-même
inspiré, dans ses écrits, par les milieux troubles de la capitale et les
voyous, Winnie, une Anglaise entichée du Milord, un malfrat désœuvré qui fait
des allers-retours entre Paris et Besançon. C’est d’ailleurs à l’occasion de ses
Souvenirs sur Toulet et Katherine Mansfield
que Carco a une formule souvent reprise concernant son inspiration, celle
d’un : « romantisme plaintif où l’exotisme se mêle au merveilleux
avec une nuance d’humour et de désenchantement ».

Le roman
le plus connu de Carco, Jésus-la-Caille,
paraît en 1914 dans le Mercure de France. L’œuvre rencontre notamment l’accueil
favorable de Paul Bourget. C’est en partie grâce au refuge que lui offre à
l’occasion sa grand-mère à Nice que la rédaction de l’ouvrage est menée à bien.
C’est à la fois le premier et le plus célèbre roman de l’auteur. Il s’agit des
amours et des trahisons qui unissent et séparent violemment Bambou, Jésus, le
Corse et Pépé-la-Vache, sur la toile de fond des quartiers situés entre Pigalle
et la place Blanche, autour desquels gravite la faune interlope du Montmartre
de 1900.

Pendant
la Première Guerre mondiale, Carco est un temps intendant des postes avant de
rejoindre, aidé par Jean Paulhan, un corps d’aviation, mais il se blesse et se
voit vite démobilisé, ce qui lui permet de rencontrer Colette en 1917 au
journal L’Éclair, avec qui il
entretiendra une amitié jusqu’à la mort de l’écrivaine qui, amatrice d’art
comme Carco, bénéficie de ses conseils de critique.

En 1922 L’Homme traqué reçoit le Grand prix du
roman de l’Académie française. Paul Bourget, toujours admirateur de l’œuvre de
Carco, n’est pas étranger à ce succès. Le roman a pour cadre le quartier des
Halles à Paris, le monde des filles et des cafés. Le boulanger François
Lampieur a assassiné et dérobé une vieille concierge, mais il finit par se
rendre compte que Léontine, une prostituée, pourrait nourrir des soupçons à son
sujet, et il se l’attache pour s’en protéger. Quand celle-ci le quitte,
Lampieur ne peut plus connaître le repos et finira par se trahir. Francis Carco
s’emploie à dessiner dans ce roman de fins portraits psychologiques et montre
une grande sensibilité dans une prose riche.

Carco a
collaboré avec plusieurs illustrateurs et peintres pour ses publications, comme
pour Maman petitdoigt, Souvenirs
d’enfance
, ouvrage orné de bois gravés d’André Deslignères paru en 1920. Il
est aussi l’auteur de reportages sur « le Milieu » (Carco serait à
l’origine de cette expression pour désigner en France le crime organisé) et de
biographies romancées d’artistes, dont celle d’Utrillo en 1938, qu’il a connu.

Carco a
aussi écrit pour le théâtre ; Mon
homme
en 1921, œuvre représentée au théâtre de la Renaissance, est un
triomphe et lui permet de vivre confortablement. La pièce met en scène une
riche aristocrate dont le passé de prostituée refait surface, ce qui fait
parler dans les cercles parisiens réels.

Le style
de Carco est concis, direct, tout en restant classique, donnant à sa prose des
airs de grand reportage. L’écrivain fait preuve de lucidité, presque de
détachement, même s’il sait montrer de la compassion – compassion qui interdit
le jugement d’ailleurs. La sexualité y fonctionne comme un ingrédient propre à
exciter la curiosité du lectorat nombreux mais n’est jamais montrée.

L’ensemble
de la poésie de Carco est réunie sous le titre de Poésies en 1939, qui abrite donc entre autres les Premiers Vers (1904-1910), La Bohème et mon cœur (1912) et Vers retrouvés (1910-1923). Cette poésie
se caractérise par son naturel, sa proximité avec la chanson que Carco
identifiait à la poésie. Les pièces en sont très courtes ; on y retrouve
le libertinage des mauvais garçons propre aux œuvres de Carco, les lieux des
guinguettes et leur bonheur simple, les tavernes, une atmosphère faite de
tendresse, de mélancolie et de cynisme. Le poème « Le Doux Caboulot »
notamment, qui retranscrit succinctement l’atmosphère de  ce petit café à la clientèle populaire, connut
le succès et fut repris par plusieurs chanteurs et chanteuses.

Si la
plupart des œuvres de Francis Carco sont aujourd’hui tombées dans l’oubli, il
connut un grand succès pendant l’entre-deux-guerres, et reste aujourd’hui le
géographe d’un Paris disparu, des marges.

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