Poésie publique, poésie clandestine

par

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Serge Pey

Serge Pey
est un écrivain et plasticien français né à Toulouse en 1950. Professeur de
poésie contemporaine à l’université de Toulouse-Le Mirail, il est surtout
l’auteur d’une œuvre poétique éparpillée parmi des dizaines d’éditeurs, fondée
sur l’oralité, l’action, la mémoire et la performance. En quête d’universalité,
sa poésie veut tendre à réunir les peuples, lorgne du côté des chamans comme
des aèdes, des griots et des bardes. Mêlant poésie et arts plastiques, Serge
Pey expose ses textes sur des bâtons gravés qui prennent place dans des
installations ou l’accompagnent lors de performances.

Serge Pey
est issu d’une famille ouvrière ; son enfance est marquée par
l’immigration et les souvenirs de la guerre civile espagnole. Adolescent, il
s’engage dans les mouvements libertaires, contre l’impérialisme ou les
dictatures, incarnés par exemple par le franquisme ou l’intervention américaine
au Vietnam. Il prend également part aux manifestations françaises de mai et
juin 1968.

Si son
adolescence est secouée par son engagement politique, il approfondit en
parallèle sa connaissance de la poésie, à travers d’innombrables auteurs et en
cheminant jusqu’aux poésies des marges, qu’elles soient dadaïstes, visuelles ou
chamaniques.

Il fonde
la revue Émeute en 1975 et la dirige
jusqu’en 1977. Elle verra sept livraisons en neuf numéros dont trois doubles,
notamment celui consacré à la Pologne et un autre centré sur la poésie palestinienne.
Y collaborent entre autres le poète Pierre Dhainaut et les poètes et éditeurs
Louis Dubost et Henri Heurtebise.

Tribu qu’il
fonde en 1981 est le nom d’une revue et d’une coopérative d’édition, qui a
notamment publié des textes d’Allen Ginsberg, d’Henri Miller ou du prix Nobel
de littérature  1984, le Tchèque Jaroslav
Seifert. Le nom de la revue est un clin d’œil fait à sa distribution nomade.

Serge Pey
a entrepris son travail autour de la poésie d’action au début des années 1970.
Il se focalise sur la notion d’« espace oral de la poésie », qu’il
soumet à l’expérimentation. Il s’agit donc pour lui d’articuler l’écriture avec
l’oralité, en incluant l’héritage de poésies du monde qui ne reposent
aucunement sur l’écrit, ou de la poésie médiévale. Il est également inspiré de
façon générale par la poésie sonore et notamment le zaoum des futuristes
russes, type de poésie uniquement axé sur l’aspect phonique du discours,
l’organisation de sons qui ne visent pas le sens. L’illustration orale du poème
peut ainsi solliciter tout le corps de l’orateur, qui « champte »
selon Serge Pey, dans une attitude qui peut être proche de l’hallucination, en
faisant claquer ses mains, battre ses pieds, en émettant des sons d’une voix de
gorge ou de ventre. Serge Pey, au cours de récitals, se fait donc à la fois le
diseur, le musicien et le batteur de sa poésie. Il s’est parfois produit aux
côtés du célèbre poète américain et membre fondateur de la Beat Generation Allen Ginsberg.

Plusieurs
des ouvrages de Serge Pey, de Dieu est un
chien dans les arbres
publié en 1994, en passant par Le Millier de l’air, Poème à
l’usage des chemins et des bâtons
(2004), son Traité à l’usage des chemins et des bâtons (2008) jusqu’à ses Bâtons de la différence entre les bruits
(2009) tirent leur inspiration d’un mysticisme athée, et, dans le voisinage des
œuvres et de l’écriture symbolique de Reverdy et Pessoa, se présentent sous la
forme d’une investigation mystique des mécanismes de la vie, qui la font aller
de l’avant dans un jaillissement toujours renouvelé.

La poésie
de Serge Pey se veut donc une saveur toute spirituelle, et se trouve au
confluent des pensées les plus anciennes et maintenues séparées, du taoïsme aux
philosophies gnostiques et présocratiques, jusqu’à celle des alchimistes. Serge
Pey a pu parler de spiritualité de la matérialité concernant sa poésie, en cela
inspirée par Lucrèce et Spinoza. Mais bien sûr il ne s’agit pas de fixer la
matière, mais de voir à travers elle, après l’avoir trouée, explorée, et ce
parfois au moyen de substances hallucinogènes.

On a pu
parler concernant l’œuvre de Serge Pey d’ethnopoésie (notion qui renvoie
surtout aux travaux du poète et anthologiste américain Jerome Rothenberg) ;
par exemple, son livre Nierika ou les
mémoires du cinquième soleil
, publié en 2003, repose sur une étude des
pratiques hallucinogènes et de la cosmogonie propre au peuple des indiens huichols
de la Sierra Madre au Mexique, connus pour leur consommation de ce petit cactus
hallucinogène et enthéogène appelé peyotl – plante autour de laquelle le poète
a organisé des performances. Par cette attention portée à la littérature de
l’extase, Serge Pey rejoint à nouveau Ginsberg, mais encore Burroughs ou
Charles Duit.

Il s’agit
donc d’explorer la matière, mais aussi de matérialiser la poésie ; à cette
fin Serge Pey grave ou peint ses textes sur des bâtons de noisetier ou de
châtaignier, qui servent soient à « marcher dans la vie », faisant
alors office de symboles pour une poésie qui accompagne, notamment à l’occasion
de scansions ou de performances, ou s’insèrent dans les installations et
structures plastiques du poète, fondées sur l’équilibre ou l’alignement. Serge
Pey livre par là des poèmes de créations sonores et sculptées, qu’il a exposés
à travers la France – notamment au Théâtre Garonne, au musée des Abattoirs ou
dans le Parc de la préhistoire de Tarascon – et jusqu’en Sardaigne.

Poète
sonore, rythmeur, proférateur, Serge Pey a aussi diffusé sa poésie à travers
des disques, notamment Nous sommes cernés
par les cibles
, édité en 2002, enregistré lors d’un concert qu’il donna aux
côtés du chanteur et percussionniste André Minvielle.

Dès 1988,
dans Notre Dame la Noire ou l’Évangile du
Serpent
, Serge Pey avait mis côte à côte français et occitan dans cette
œuvre diffusée en disque compact ; en 2009, Nihil et Consolamentum, une édition bilingue publiée en
collaboration avec l’écrivain de langue occitane Alem Surre-Garcia, sous-titrée
Bâtons et poèmes cathares, réunit à
nouveau des textes en français et en occitan, du début des années 1980,
consacrés à la théologie cathare et au génocide occitan. Le poète s’y montre
d’un lyrisme fervent pour confronter la poésie à l’histoire, dénoncer
l’universalité des massacres.

En 2011,
Serge Pey retrouve la tragédie de ses origines en publiant chez Zulma Le Trésor de la guerre d’Espagne, qui
raconte les histoires vraies de ses pères républicains et résistants.
L’oppression et les révoltes étouffées y mènent l’homme à retrouver, traqué, sa
condition animale. Le poète conte ici avec un plaisir évident, malgré les
drames évoqués, et fait renaître avec vivacité une mémoire latente, par l’évocation
d’épisodes cruels, tragiques et pathétiques.

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