Principes de la philosophie

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Analyse de l'oeuvre

« Principes de la philosophie » a été publié en 1644. Dans cette œuvre, Descartes s’évertue principalement à effectuer une classification rationnelle des sciences. Notre étude aborde de nombreux sujets, mais trois thèmes principaux s’en dégagent. Il s’agit de quatre thèmes chers à la théorie cartésienne : le doute méthodique, le corps et l’âme, l’existence de Dieu, et l’union de la physique et de la métaphysique.

Le doute méthodique ou cartésien est l’un des principaux thèmes de notre corpus. Cette approche permet à l’auteur de remettre en question toutes les idées pour lesquelles il peut ressentir une certaine incertitude. Il se propose de questionner toutes les connaissances considérées jusqu’alors comme étant vraies et absolues. C’est un doute hyperbolique dans la mesure où même l’existence du monde est remise en question. Descartes veut s’assurer que tout ce qui est inscrit au rang de savoir, de connaissance, est exempt de toute critique. Selon lui, cette méthode permettra aux hommes d’éviter les erreurs et alors, toute la connaissance qu’ils se flatteront d’avoir acquis sera instituée comme savoir universel. En proposant cette nouvelle orientation, l’auteur pense que nous pouvons nous rendre compte que tout ce qui a été accumulé comme savoir a été établit, en grande partie, en se basant sur des spéculations. Le doute qu’il propose repose sur l’instauration de la raison critique comme unique valeur déterminant la véracité d’une idée. Il déclare à cet effet : « Il sera même fort utile que nous fassions état qu’elles sont aussi très certaines et les plus aisées qu’il est possible de connaître. » En fait, il nous demande de remettre en question les connaissances, les valeurs et les croyances que nous tenons pour vérités ultimes et de procéder ainsi à une analyse critique de ces dernières. Nous ne devons tenir pour vraies que celles qui sont passées au crible de la raison critique, donc du doute. En d’autres termes, nous devons procéder à une analyse objective de nos connaissances.

Descartes affirme que les hommes ont tendance à poser des jugements hâtifs et à élever leurs opinions au rang de connaissances. Il pense qu’il faut douter de tout. L’on pourrait s’interroger sur les raisons de ce doute. L’auteur apporte une réponse à cette interrogation dans le quatrième principe intitulé : « Pourquoi on peut douter de la vérité des choses sensibles » en soulignant : « Mais parce que nous n’avons point d’autre dessein maintenant que de vaquer à la recherche de la vérité, nous douterons en premier lieu si, de toutes les choses qui sont tombées sous nos sens ou que nous avons jamais imaginées, il y en a quelques-unes qui soient véritablement dans le monde, tant à cause que nous savons par expérience que nos sens nous ont trompés en plusieurs rencontres, et qu’il y aurait de l’imprudence de nous trop fier à ceux qui nous ont trompés, quand même ce n’aurait été qu’une fois. » En d’autres termes, il estime que nos sens ne sont pas fiables. Il établit que la majorité du savoir que nous possédons vient à nous par le biais de nos sensations et que dans bien des cas nos sens nous trompent. Ils nous renvoient souvent une image fictive du réel. Donc, parce qu’il existe une possibilité que nous soyons trompés par nos sensations, nous devons toujours être prudents, d’où la nécessité de douter de ces dernières.

En outre, nous devons douter car nous ne pouvons pas quitter nos corps pour vérifier l’authenticité de nos sensations. Les hallucinations font partie de ces cas dans lesquels nos sens nous trompent. Lorsque nous sommes en proie à des hallucinations, notre cerveau nous renvoie une image réelle réduite ou hyperbolique. Il convient de noter que ce principe énoncé par Descartes existait déjà avant lui, dans l’antiquité, de sorte que bien qu’ayant rejeté cette manière traditionnelle de pratiquer la philosophie, il en tire les idées qui l’intéressent et les amendent en y apportant sa vision. En effet, ce principe est propre à la philosophie, car cette dernière dans sa nature inhérente nous invite à quitter le monde sensible, autrement dit le monde du désordre, de l’illusion pour accéder au monde intelligible ; celui des idées.

Seulement, l’auteur ne limite pas le doute aux choses sensibles et le prolonge au monde intelligible. Il fait allusion aux mathématiques (sciences exactes). Il s’interroge sur la raison qui fonde notre croyance en leur véracité. Étant donné qu’elles ont été élaborées par des hommes, elles sont sujettes au doute. Il déclare à cet effet : « Nous douterons aussi de toutes les autres choses qui nous ont semblées autrefois très certaines, même des démonstrations de mathématique et de ses principes, encore que d’eux-mêmes ils soient assez manifestes, (…) parce qu’il y a des hommes qui se sont mépris en raisonnant sur de telles matières ; mais principalement parce que nous avons ouï dire que Dieu, qui nous a créés, peut faire tout ce qui lui plaît, et que nous ne savons pas encore s’il a voulu nous faire tels que nous soyons toujours trompés même aux choses que nous pensons mieux connaître. » Dans sa quête de la vérité, l’auteur arrive à saisir une première vérité. Cette vérité est celle de l’être pensant. Il estime que : si je doute de l’existence de tout, je doute aussi de la mienne. Donc si je doute, je pense. Et le fait que je pense est la preuve que j’existe. Autrement dit : je pense donc je suis. Ce principe ainsi énoncé est la première vérité établie par Descartes. Il soutient à cet effet : « Que nous ne saurions douter sans être, et que cela est la première connaissance certaine qu’on peut acquérir. » Après avoir établi que l’homme qui pense existe, l’auteur se demande si cet être pensant a une âme.

Le deuxième thème est celui de l’âme et du corps. Descartes pose le problème de l’existence de l’âme. Il s’interroge sur la nature, l’essence de l’âme. Cette question sur l’existence de l’âme découle sur la première vérité que l’auteur a énoncée. En effet, étant donné que je pense, d’où proviennent ces pensées ? Où est-ce que ces pensées trouvent leur racine ? La réponse à ces questions pourrait bien s’appeler « l’esprit ». Selon l’auteur, le fait que je pense revient à dire que je possède une âme ; un esprit où prennent naissance toutes mes idées. C’est donc par l’âme que je pense. Ce constat revient à dire que mon âme est distincte de mon corps. En fait, la pensée et l’âme sont immatérielles alors que le corps est matériel. Il souligne à cet effet : « Par conséquent, la notion que nous avons de notre âme ou de notre pensée précède celle que nous avons du corps, et qu’elle est plus certaine, vu que nous doutons encore qu’il y ait au monde aucun corps, et que nous savons certainement que nous pensons. »

Un autre thème tout aussi important, est celui de l’existence de Dieu, de sa nature et de son essence. L’existence de Dieu renvoie à la cause de nos pensées. Car si le Moi doute, il ignore s’il existe des choses qui lui sont extérieures. En d’autres termes, le Moi n’a qu’une seule certitude : « Je pense donc je suis ». Seulement, le fait que je pense revient à dire qu’en moi se développe des idées dont je suis tenu d’admettre la véracité. D’où proviennent ces idées ? L’auteur répond à cette question par l’existence de Dieu. Il estime que Dieu, ou plutôt l’idée de Dieu, s’impose à moi parce qu’elle est produite dans mon âme par lui. Cette analyse le conduit à souligner : « Lorsque par après, elle fait une revue sur les diverses idées ou notions qui sont en soi, et qu’elle y trouve celle d’un être tout-connaissant, tout-puissant et extrêmement parfait, elle juge facilement, par ce qu’elle aperçoit en cette idée, que Dieu, qui est cet être tout parfait, est ou existe : car encore qu’elle ait des idées distinctes de plusieurs autres choses, elle n’y remarque rien qui l’assure de l’existence de leur objet ; au lieu qu’elle aperçoit en celle-ci, non pas seulement comme dans les autres, une existence possible, mais une absolument nécessaire et éternelle. » Même s’il ne l’établit pas catégoriquement et ne l’érige pas en vérité, Descartes reconnaît de manière implicite l’existence de Dieu.

L’union entre physique et métaphysique est un autre thème saillant de notre corpus. Comme nous l’avons mentionné plus haut, l’un des buts principaux de Descartes dans cette œuvre est d’établir une classification rationnelle des sciences. Il n’est donc pas surprenant qu’après avoir parlé des mathématiques et évoqué les sciences exactes, il s’intéresse ensuite à la physique. Il estime que : « Toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois principales, à savoir la médecine, la mécanique et la morale ; j'entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui présupposant une entière connaissance des autres sciences est le dernier degré de la sagesse. »

Selon l’auteur, la physique nous renseigne sur la nature du corps humain. C’est ce corps qui rend manifeste les émotions qui lui sont transmises par l’âme. Le corps traduit les pensées en action. L’âme est le foyer des pensées qui assiègent le corps humain. À travers les pensées, il détermine la conduite que le corps doit tenir. Par conséquent, il existe une relation de complémentarité entre ces deux éléments. L’un ne saurait exister sans l’autre. En effet, comment concevoir une âme qui n’aurait pas un corps dans lequel s’abriter ? Le corps, protégeant l’âme du monde sensible, lui permet de se développer. Les idées de l’âme à leur tour, grâce aux pensées qu’elles accouchent, procurent la raison qui permet au corps d’éviter de se tromper dans la prise de décision. Par ailleurs, l’âme est « l’ange gardien » du corps, car c’est par ses pensées que le corps en tant qu’élément extérieur à l’âme existe.

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