Recueil des vers

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Résumé

Si la renommée de Pierre de Marbeuf n’est en rien comparable à celles de Ronsard ou de Du Bellay, ses illustres prédécesseurs, il n’en mérite pas moins sa place sur les marches du panthéon des poètes de langue française, et son Recueil des vers occupe une place enviable parmi les recueils poétiques de son temps.

Pierre de Marbeuf est né en 1596. Issu de la noblesse, il reçoit une éducation complète qui le conduit à occuper la charge de Maître des Eaux et Forêts. Ce détail a son importance : en effet, cette charge l’oblige à demeurer en Normandie, loin de la cour et de ses intrigues, et cela permettra à sa poésie de s’enraciner dans une réalité rustique qui fait une grande partie de son charme et de son authenticité. Il est peu connu comme poète en son temps et il faut quelques années avant que son nom ne devienne glorieux. Il est souvent catalogué comme poète baroque. Le baroque, c’est cet art qui succède à celui de la Renaissance, qui fait fi des contraintes et privilégie l’invention. Le baroque littéraire s’inscrit dans un vaste mouvement artistique qui touche l’architecture comme la peinture et la musique. Le but est d’éblouir, de surprendre le lecteur, de lui faire tourner la tête. La virtuosité du poète baroque n’est pas sans rappeler celle des rhétoriqueurs qui, avec Clément Marot, charmaient la cour de François Ier. Cependant, le mouvement s’assagit sous l’influence de Malherbe qui épure la poésie française de ses artifices, sonnant le glas du maniérisme et du baroque. Malherbe ouvre la voie au classique qui va bientôt régner en maître, et son influence se fait sentir dans les vers de Pierre de Marbeuf. Cependant, le feu d’artifice baroque brille encore dans le Recueil des vers en maints endroits et par maints aspects.

Les poèmes qui composent le Recueil sont pour la plupart de longs poèmes faits d’octosyllabes ou d’alexandrins à rimes plates, du type aa-bb. Nombre d’entre eux sont dédiés, comme l’exigeait l’usage, à des grands de ce monde, comme messire Alexandre de Faucon, monseigneur le duc de Chevreuse ou Louis le Juste, c’est à dire le roi Louis XIII. On y rencontre les indispensables références classiques : Diane et Actéon croisent Nestor ; Flore et Zéphyr côtoient Narcisse. Les procédés verbaux, les allitérations, les jeux sur les images et les sons font étinceler les vers de Marbeuf. Il n’en demeure pas moins que cette virtuosité voulue n’étouffe en rien un des aspects majeurs de l’art de Pierre de Marbeuf : son naturel au service d’une simplicité dont l’influence de Malherbe facilite l’apparition.

Les vers de Pierre de Marbeuf, qui n’est pas un homme de cour et qui le revendique dans le Recueil, sont au service d’une réalité tangible, celle de sa Normandie natale où ses fonctions officielles l’obligent à demeurer : il dédie ses vers au roi mais il chante la Seine et la forêt, rejoignant en cela le lyrisme terrien de Ronsard qui ne se plaisait nulle part autant qu’en Vendômois, et de Du Bellay qui aimait à célébrer la douceur angevine et son petit Liré. Ainsi appuyée au tronc solide des chênes des forêts de Normandie, la réflexion de Pierre de Marbeuf s’éloigne du libertinage associé au baroque. C’est Silvandre, son alter ego et porte-parole qui s’exprime dans ses vers et décrit son appétit de vie, sa soif de nature libre et sans corruption, qui mène l’âme et l’esprit à l’élévation. Le thème de l’appartenance de l’homme à un tout, à un univers où tout est lié et ne forme qu’un, témoigne d’une profondeur bien éloignée des stériles et charmants jeux de mots du baroque. Une sensibilité profonde apparaît en creux à la lecture du Recueil des vers.

Associé à cette réflexion sur la destinée humaine, on aime à lire cet appétit de vie, à déguster ces vers pleins du sentiment de la saveur des choses terrestres, des rêves et des idées. Parfois, cependant, une gravité certaine surprend le lecteur, quand Pierre de Marbeuf médite sur la mort avec sérénité, ou quand il évoque la solitude choisie qui est la sienne au sein des forêts normandes.

La dernière partie du Recueil est quant à elle consacrée à la satire, cet art comique qui permet la critique un peu moqueuse. Sans être polémiste, Pierre de Marbeuf met son art au service d’une plaisante ironie que le lecteur du temps prisait fort, puisqu’il connaissait bien les personnages ou les usages qui étaient les cibles du gentilhomme poète. Le lecteur d’aujourd’hui goûtera les procédés qu’utilise Pierre de Marbeuf et leur efficacité.

Après le Recueil des vers paru en 1628, les vers de Pierre de Marbeuf se feront rares. Il faudra attendre bien des années avant que ce charmant poète ne soit redécouvert. Témoin du passage d’un genre littéraire, le baroque, à un autre, le classique, qui allait régner sur les lettres françaises pendant fort longtemps, le Recueil des vers de Pierre de Marbeuf est un ouvrage qu’il est bon d’ouvrir à nouveau. 

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