Retour au calme

par

Résumé

Retour au calme est un recueil de poèmes de l’écrivain et poètefrançais Jacques Réda, publié, comme bon nombre de ses œuvres, aux éditionsGallimard, en 1989. Il s’agit du quatrième recueil exclusivement composé de poèmesde Réda.

Il aété écrit entre 1975 (année de son recueil de poèmes précédent) et 1987. On yretrouve le lyrisme qui a fait le succès des œuvres précédentes de l’auteur,ainsi qu’une part de la retranscription de son expérience durant ces douzeannées. Le titre invite bien sûr à la méditation, ainsi qu’à la découverte dela paix, bien qu’il invite également à la liberté du voyage et du mouvement,même sans aller très loin, que ce soit à la ville, dans la rue ou dans un cadreplus rural. Sont ainsi évoqués les voyages en train, les promenades à vélos,des plaisirs simples, mais aussi l’admiration qu’il a pour les oiseaux,l’observation des nuages ainsi que le temps qui passe.

 

Dans« La Bicyclette », le poète transforme l’objet du quotidien qu’est levélo en objet surnaturel, aux pouvoirs quasi magiques, en faisant référence àdes images spectaculaires. Ce poème, fantastique, passe ainsi d’un cadrenormal, familier, à une atmosphère moins réelle, où le vélo devient presquevivant, alors qu’il parcourt un village, entouré de feu, d’eau, faisant desétincelles, donnant l’impression d’un être puissant et imaginaire, intimidantle chien, et prenant tant de vitesse qu’il finit par se pulvériser avec fracas,ses éléments s’éparpillant dans la nature, dégringolant la colline. S’adressantau lecteur, le poète l’invite à essayer cette expérience magique du vélo et àpartager cette expérience poétique.

Cerecueil, comme son titre l’indique, est un ensemble de poèmes méditatifs ;certains ont même une tonalité élégiaque. Le poète y fait également l’apologiedu mouvement, du voyage, et de la liberté absolue dans le déplacement, en évoquantles oiseaux, les paysages naturels, le ciel et les nuages, ou encore lestrajets en train à travers la France. « Chemin perdus » rassemble ceséléments : la méditation, le voyage, une évocation de la nature, desréflexions quant à la vie ; le poète parcourt des régions en train,passant entre les arbres, dans des forêts. Il observe son environnement, aperçoitdes chemins, et hésite à chaque fois qu’il en croise un, se demande si c’est lebon. Il sent en lui un doute, comme s’il cherchait la bonne voie, comme s’il enexistait une, absolue, meilleure que toutes les autres. Il y a un parallèleentre les choix de sentiers faits lorsque l’on se déplace, et ces cheminsreprésentant des décisions à prendre dans sa vie, chacune amenant desquestions, et du doute : « Celui que j’aurais dû suivre sans aucundoute. / Je me dis : la voici, c’est elle, c’est la route ». Pourtrouver cette route, il avoue qu’il hésite entre la liberté des déserts et lechemin tracé par les rails, sachant qu’il rejoindra cette liberté, qui, dit-il,fait partie de sa personne.

Laréflexion est également présente dans « La Poésie », où Réda évoque sonart ; il rattache l’écriture au vol des oiseaux qui peuplent son poème.Tous les éléments du poème semblent avoir été inspirés par les oiseaux, leurgrâce, leur envol, leur limpidité dans le geste ainsi que leurs cris. Il compareles mots qu’il écrit, ses pensées, aux oiseaux qu’il entend. Il évoque l’espacetemporel et l’espace terrestre, la liberté du mouvement de ces animaux, ainsique l’étendue du ciel, si vaste.

Enhommage à la nature et aux espaces ruraux, Réda écrit des poèmes sur deséléments simples, tels que les villages, la campagne, les rues des faubourgs,tout en conservant l’idée du mouvement à travers les vastes espaces, comme dans« La Bicyclette ». On retrouve aussi la nature et la beauté deschoses simples dans le poème « XI », où Réda parle du bonheur qu’ilressent à l’arrivée du printemps. Comme un observateur dans un jardin, il ydécrit le renouveau, la pluie qui fait renaître la nature suite aux gelées del’hiver, et qui annonce la douceur, le retour des oiseaux, l’herbe qui pousse ànouveau, les arbres qui bourgeonnent, les feuilles qui poussent – son espacereprend des couleurs. Loin d’être vus comme des éléments tristes, le ciel griset la pluie sont la condition sine quanon de la floraison du jardin : « Et les jardins sont enferméscomme dans une perle / D’éternité mais qui tremble, c’est le printemps ».Si le poète aime le printemps et ses effets sur la nature, il aime aussi toutesles saisons de l’année, de manière différente. En effet, dans « Nostalgiede l’hiver », Réda débute par ce propos : « C’est facile d’aimerles printemps, les automnes, / Et de se souvenir des lumineux étés. / Mais leshivers par rime et raison monotones, / Plus d’une fois aussi je les airegrettés. » Si les autres saisons sont aimables car plus lumineuses,permettant de passer plus de temps dehors, il admet qu’il est plus difficiled’apprécier l’hiver. Décrivant l’année et le temps qui passe comme un manège sirapide que l’on ne se rend pas compte qu’il tourne, et que l’on est déjà deretour en hiver, le poète dépeint une saison étrange, de repos. Que l’hiver aitlieu dans de grandes plaines ou dans de petites rues, on retrouve le mêmefroid, la neige qui anesthésie l’âme écrit-il, et rend le corps tellement froidqu’il n’a plus la force d’écrire. Le titre pourtant indique que le poète aimecette saison, pour le « retour au calme », aussi, qu’elle permet.

Lerapport à la nature est aussi le thème de « La Deuxième Chambre », oùles branches d’un arbre parviennent à hauteur de la fenêtre de la chambre, où lepoète semble s’adresser à celle avec qui il la partage, décrivant l’arbre etson ressenti dû à cette proximité. Il le décrit comme une seconde chambre ;l’arbre veille sur eux, sur leur sommeil, et abrite leurs rêves. Le poètemontre ici un lien très fort avec la nature, l’arbre faisant partie intégrantede la vie intime du couple d’amants.

Rédan’en oublie pas non plus l’amour, les souvenirs, le passé et la mélancolie ;il exprime ses émotions en un propos concis mais fort. On trouve cettemélancolie dans « Le visage caché », dont il évoque les effets sur sapersonne. Le poète regarde des visages, et leurs yeux tournés vers lui, qui luifont mal, brûlent sa peau. Il ignore ce que ces visages représentent, il se demande :« Étaient-ils le symbole ou la caricature, / Ou bien la vérité changeanteet vouée à l’oubli ? » Il revoit ces visages, plus tard, lorsque le feufaiblit, et que l’ombre prend le dessus sur la lumière. Alors le poètes’endort, fatigué et serein. Ces visages incarnent ce que le poète croyait voirdans les ombres induites par la lumière des flammes, projetées sur les murs – souvenirset craintes qui n’ont peut-être plus lieu d’être, à l’approche de la mort. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >