Retour au calme

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Jacques Réda

Jacques
Réda est un écrivain français né à Lunéville (Meurthe-et-Moselle) en 1929. Il
est surtout poète, et s’exprime à la fois en vers et en prose. Dans son œuvre,
il se montre tel un poète à la fois géographe et ethnographe, mais sans
penchant pour l’érudition ni le pittoresque, et se présente la plupart du temps
en piéton citadin, dans la lignée de Guillaume Apollinaire ou de Léon-Paul
Fargue, explorant les rapports d’intelligence perceptibles entre l’homme et le
site.

Dans sa
jeunesse, Jacques Réda fait ses études au collège jésuite Saint-François de
Sales d’Évreux. Il entreprendra des études de droit sans les finir. Le jeune
homme publie quelques recueils de poésie dès 1952 et jusqu’en 1955, œuvres
qu’il a préféré ne pas reprendre. C’est plutôt avec Amen en 1968 que commence la carrière du poète, puis Récitatif en 1970. Dans Amen, qui vaut à l’écrivain de remporter
le prix Max Jacob, déjà, la méditation lyrique se montre décentrée du moi,
atteint même une forme de dépersonnalisation, et le dessein du poème devient de
« frayer un chemin dans l’épaisseur où nous errons ».

Aux
éditions Gallimard, Jacques Réda est membre du comité de lecture et a dirigé la
collection « Le Chemin ». Il succède en 1987 à Georges Lambrichs
comme rédacteur en chef de La Nouvelle
Revue Française
, alors mensuelle, et le reste jusqu’en 1996.

Sa
jazzophilie précoce le pousse à écrire régulièrement des articles pour Jazz Magazine depuis 1953 ; il est
d’ailleurs un des principaux chroniqueurs de la revue. Sa passion le poussera également
à publier L’Improviste, une lecture du
jazz
en 1980, qui réunit plusieurs de ses essais sur le sujet, mais aussi Autobiographie du jazz en 2002.

Un des
premiers recueils de poésie importants de Jacques Réda est intitulé La Tourne, et publié en 1975. L’auteur,
qui se montre particulièrement conscient de la tragédie du temps qui passe, de
son inéluctabilité, qui coince l’homme entre la nostalgie d’une origine
inconnue et la certitude de la mort, se montre désireux de conjurer les
sentiments désespérés qui menacent par le mouvement de l’écriture, qui devient
celui de la vie, et qui oscille entre le désabusement et l’enthousiasme, au
train d’une marche balancée, au fil d’une prose qui évite le relâchement comme
les apprêts excessifs. C’est donc le mouvement qui se montre propice à
combattre le désespoir, et le poète se montre comme « un passant parmi
d’autres », infatigablement voyageur, explorateur et curieux.

Parmi
l’œuvre en prose de Jacques Réda, se distingue L’Herbe des talus, œuvre parue en 1984 où le poète se montre un
excellent peintre des sentiments humains dans leurs détails les plus infimes,
de l’ambiguïté des sensations. Les thèmes y sont ceux, à nouveau, d’un
vagabondage ayant trait entre autres à l’enfance, à la musique, aux trains.
Ici, la campagne est valorisée par rapport aux villes qui apparaissent hostiles
et déroutantes par contraste. L’œuvre s’ouvre sur un « Tombeau de mon
père », où de l’humour transparaît malgré l’évocation, et se clôt sur un
apologue où le poète s’adresse à une mouche, occasion de montrer sa conscience
de la vanité de l’écriture dans un certain sens, qui reste à part de l’univers,
malgré sa volonté de le capter.

La même
année, Le Bitume est exquis, autre
œuvre en prose, expose l’influence de l’écrivain et musicien suisse Charles-Albert
Cingria sur le style et les thèmes fétiches de Jacques Réda.

En 1985, Celle qui vient à pas légers est une
étape dans l’œuvre de Jacques Réda. « Celle qui vient à pas légers, qui
jamais ne répond, mais questionne silencieusement », c’est la parole
poétique, qui frappe à la fois par sa proximité, sa familiarité, mais aussi par
son insaisissabilité, son étrangeté. Le poète s’attèle à la tâche de livrer sa
conception de la création poétique ; il aborde aussi des questions de
métrique, tout en déplorant qu’on en fasse si peu de cas. L’œuvre sera rééditée
en 1999 agrémentée d’illustrations du peintre et graveur belge Pierre
Alechinsky.

À partir
de 1991, Jacques Réda se raconte à l’occasion d’un diptyque autobiographique qui
évoque d’abord son enfance à Lunéville dans Aller
aux mirabelles
, puis deux ans plus tard ses jeunes années pendant la
Seconde Guerre mondiale dans Aller à
Elisabethville
.

Dans La Liberté des rues en 1997, le poète,
opérant un parallèle entre les modes de son écriture et la géographie qu’il
emprunte, qu’il décrit, s’exprime ainsi : « Il n’y a pas de différence
entre ma façon d’écrire sur les rues et leur comportement. Chaque phrase,
qu’elle s’annonce rectiligne ou sinueuse, demeure exposée à dévier à des
intersections. Ou bien elle bifurque, et les mots partent d’un côté, ce qu’ils
voulaient exprimer d’un autre. La plus simple conduit toujours à un nouveau
croisement ; les plus complexes éclatent à des carrefours ou s’achèvent en
impasses, après avoir cru capturer plus de sens que le langage n’en détient. »

Cette
année-là, pour l’ensemble de son œuvre, est attribué à Jacques Réda le grand
prix de poésie de l’Académie française. Deux ans plus tard, en 1999, il
remporte le prix Goncourt de la poésie, qui couronne également l’ensemble d’une
œuvre, et qui a distingué les plus grands poètes français contemporains avec
lui, donc Yves Bonnefoy, Eugène Guillevic, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet ou
Andrée Chedid.

À la fin
des années 2000, le poète fait don d’une partie de ses manuscrits à la
Bibliothèque nationale de France.

Dans sa
poésie, Jacques Réda se révèle un excellent observateur de la vie autour de
lui, notamment des environnements urbains et suburbains, et plus spécifiquement
ceux de Paris, comme dans Hors les murs:
poèmes
, dont plusieurs textes sont d’abord parus dans La Nouvelle Revue française avant d’être regroupés en 1982 dans la
collection « Le Chemin » que le poète dirige aux éditions Gallimard. De
même le sous-titre de L’Incorrigible (1995) et de La Course (1999), « Poésies itinérantes et familières »,
dit bien la déambulation propre à l’écriture du poète, qui décrit aussi des
paysages agrestes à l’occasion, que ce soit dans la province française ou à
l’étranger, avec un tropisme fort pour les lieux laissés-pour-compte,
l’« arrière-pays », mais aussi le lieu de ses origines, l’Est de la
France.

L’écriture
de Jacques Réda affiche, du moins sur le plan formel, un certain classicisme, l’auteur
n’étant pas un de ces poètes soucieux de faire partie d’un mouvement à la mode
ou d’une avant-garde littéraire. Le professeur de littérature Pierre Loubier décrit
ainsi la voix, le regard et le style de Jacques Réda : « élégiaque
sans apitoiement, lyrique sans emphase, métaphysique sans gravité, urbaine sans
modernisme, bucolique sans mièvrerie ni écologisme militant, humoristique sans
superficialité ». Le poète se montre à la fois conscient des beautés du
monde, vives mais discontinues, et de la tragédie de la condition humaine –
conscience qui le rend capable de représenter un monde propre à inspirer tour à
tour, cette fois chez le lecteur, un sentiment du désastre ou de la merveille.

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Jacques Réda >