Sonnet d’Arvers

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Félix Arvers

Félix
Arvers est un poète et dramaturge français né à Paris en 1806 et mort
hospitalisé dans la même ville en 1850. Il n’est guère plus lu aujourd’hui que
pour son célèbre sonnet connu sous le nom de « Sonnet d’Arvers », qui
fut très populaire dès le XIXème siècle.

Issu de
la bourgeoisie – son père est un marchand de vins bourguignon –, il fait
d’abord des études de droit, comme beaucoup de fils de bonne famille de
l’époque, alors que sa véritable passion se situe plutôt déjà du côté des
lettres. Il devient cependant clerc de notaire, mais il abandonne
définitivement sa carrière dans le notariat à près de trente ans, début 1836,
pour se consacrer au théâtre, où il connaît le succès dans le genre de la
comédie légère.

C’est en
novembre 1835 qu’Arvers, avec deux collaborateurs, Bayard et Paul Foucher, fait
représenter En attendant, une
comédie-vaudeville en deux actes sur le théâtre du Gymnase Dramatique.
Cependant, son nom n’est pas relevé par la critique. Alors que les Débats
et le National louent le spectacle, le
critique du Constitutionnel s’y
montre opposé. L’intrigue tourne autour d’un jeune homme victime d’une
addiction au jeu, dont la vie est pleine de désordres, et dont la mère, jouée
par Madame Vsannaz, commet la maladresse de vouloir l’unir à une femme déjà
mariée, jouée par Eugénie Launay, jugée émouvante dans son rôle.

Arvers
parvient ainsi à faire représenter une douzaine de comédies dont le tout Paris
petit-bourgeois constitue le public. Le jeune dramaturge s’épuise auprès des
acteurs et des actrices qu’il fait répéter jour et nuit, mais ses succès lui
assurent une vie de dandy, et au Cénacle de l’Arsenal qui s’ouvre à lui, dont
le quartier général est sis à la bibliothèque du même nom, il fait la
connaissance de celui qui deviendra un proche, Alfred de Musset, et d’Alfred
Tattet.

Arvers
continue à collaborer avec plusieurs auteurs, comme par exemple Scribe, avec
qui il écrit le proverbe en un acte, mêlé de couplets, intitulé Les Dames patronnesses (sic) ou À quelque chose malheur est bon. La
première a lieu au théâtre du Gymnase en février 1837. Le thème est celui de la
bienfaisance, et après La Rochefoucauld, prompt à dévoiler les motifs secrets, les
deux auteurs découvrent derrière cette vertu l’intérêt personnel et une volonté
d’ostentation. Mais la pièce se prononce pour ce pis-aller qu’est faire le bien
pour de mauvaises raisons plutôt que de ne le faire pour aucune. À nouveau, la
pièce est un succès, sauf auprès du Moniteur.
Cette fois, c’est le collaborateur d’Arvers qui passe au second plan, et les
journaux ne relèvent que le nom de l’ancien clerc, dont la reconversion semble
des plus réussies.

La même
année, deux mois plus tard, c’est une pièce à nouveau composée avec Paul
Foucher qui est donnée au théâtre de la Porte Saint-Antoine. Il s’agit de Delphine ou Heureux après moi, un drame-vaudeville en deux actes où Léopold,
jeune homme prodigue, oscille entre deux femmes : Delphine, une riche
héritière qui fait tout pour lui plaire, et Léonie, une grisette enlevée par un
coiffeur. Cette fois, la critique reste muette devant cette pièce dont
l’intrigue paraît par trop farfelue.

Arvers,
qui écrit depuis 1838 avec d’Avrecour – par ailleurs un véritable ami –, et qui
écrira encore à ses côtés jusqu’à sa mort, reprend leur collaboration début
1841 pour Les Vieilles Amours,
vaudeville en un acte donné au théâtre du Vaudeville. À nouveau, il est
question de liens fragiles, de chaînes à briser : cette fois, c’est un
étudiant, Ferdinand, qui, après six mois d’amour, voudrait rompre avec Nini,
brodeuse de son état, au profit de Chamousset, ami de Ferdinand. C’est titillé
par la jalousie et les manœuvres de Nini que l’étudiant se rangera et finira
par épouser l’ouvrière.

Mais
c’est donc pour un sonnet paru dans le recueil Mes heures perdues en 1833 que le nom de Félix d’Arvers est passé à
la postérité. Nous l’avons dit, Arvers fréquente le Cénacle de l’Arsenal, et
c’est à l’occasion d’une des soirées organisées par Charles Nodier que le jeune
poète rédige le fameux « Sonnet d’Arvers » sur le cahier de la fille
de celui-ci, femme de lettres qui sera connue sous le nom de Marie Mennessier-Nodier
(1811-1893). Les deux premiers vers et les deux derniers vers du sonnet en
exprime toute la teneur : « Mon âme a son secret, ma vie a son
mystère : / Un amour éternel en un moment conçu. […] Elle dira, lisant
ces vers tout remplis d’elle : “Quelle est donc cette femme ?” et ne
comprendra pas. » Dans le monde, à l’époque, tout le monde s’interroge sur
l’identité de la mystérieuse femme qui a inspiré les quatorze vers au poète. Si
Blaze de Bury ou Sainte-Beuve n’y voient qu’une allégorie de la femme ou un
badinage, d’autres pensent à Marie Nodier ou à Mme Victor Hugo (prénommée Adèle,
à laquelle les deux rimes du second tercet feraient allusion :
« fidèle », « d’elle »). L’œuvre donna lieu à une longue
série de pastiches, où des femmes plus ou moins attentives à leurs vertus
répondaient au poète. Au XXème siècle, le poème sera adapté en chanson par
Serge Gainsbourg.

Le style
d’Arvers apparaît à l’occasion d’un lyrisme classique, par exemple dans les
sept quatrains du poème « À Alfred de Musset » qui appartient au même
seul recueil publié par le poète. Dans le « Sonnet pour mon ami R. »,
au contraire, c’est un espoir simple qui est exprimé, celui d’un « bonheur
en ménage », auprès d’« une amie », l’amour étant laissé à
l’ardeur de la jeunesse. Les vers font écho à la vie tumultueuse du dandy que
fut un temps Arvers, qui ici se prend à rêver d’un bonheur simple qui, une fois
embrassé, peut même un jour surprendre : « Le ciel m’a donné plus que
je n’osais prétendre ; / L’amitié, par le temps, a pris un nom plus
tendre, / Et l’amour arriva qu’on ne l’attendait plus. »

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