Un homme à distance

par

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Katherine Pancol

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1954 : Katherine Pancol naît à
Casablanca au Maroc. Son père, ingénieur, y travaille dans la construction. La
famille s’installe à Paris quand elle a cinq ans, et Katherine y fera toute sa
scolarité. Après des études de lettres,
elle devient professeure de français
et de latin mais ne poursuivra pas de carrière dans l’enseignement. Au lieu de
cela elle enchaîne les petits métiers avant
d’entreprendre le journalisme (Paris Match, Cosmopolitan) qui la mène vers l’écriture. Elle dira plus tard,
modestement, avoir appris à écrire au fil des articles, jusqu’à ce qu’elle se
mette à la rédaction d’un roman sur la proposition de l’éditeur Robert Laffont.

1979 : Ainsi paraît Moi d’abord, son premier roman, qui sera réédité en 2012
aux Éditions du Seuil. Le récit suit le cheminement intérieur de Sophie,
dix-huit ans au début du roman, à partir de l’annulation de son mariage,
prolongement des valeurs qui lui avaient été inculquées et dont elle se libère,
puis au gré de sa quête d’amour, qui
devient synonyme d’une quête d’elle-même, de sa véritable identité, quand elle comprend qu’il faut cesser de
vouloir exister à travers le regard de l’autre, complaire, se conformer à une
image qui rassure l’entourage. Une part
biographique
est perceptible, notamment au vu du métier de Sophie,
professeure de français. L’héroïne parle librement de ses expériences sexuelles
et fait preuve d’une autodérision
certaine. L’auteure connaît alors un beau succès
(300 000 exemplaires) et part s’installer à New York. Là, à l’université
Columbia
, elle prend des cours de
creative
writing
et multiplie les rencontres – dans le cadre de son activité
journalistique notamment, elle interviewe des personnalités de premier plan –,
tout en continuant d’écrire des romans. Elle fonde une famille avant de rentrer
en France en 1991 et de divorcer. Elle y poursuit son activité de romancière,
mais aussi de scénariste pour la télévision et de journaliste (Paris Match, Elle, Le Journal du dimanche).

1998 : Encore une danse suit l’évolution d’une bande de six amis
quatre filles et deux garçons – ayant grandi ensemble à Montrouge. En chemin
vers l’âge adulte, des angoisses se font sentir, mais l’on se repose sur les
amis pour se rassurer, on oublie certaines différences, certaines divergences,
et les liens continuent de se tisser sur des non-dits. Un évènement survient cependant qui vient enrayer la
mécanique de ces rapports, et dès lors des trahisons,
des ressentiments se font soudain
jour. L’image du couple et de l’amitié ressort quelque peu écornée de ce roman.

2001 : Le roman Et monter lentement dans un immense amour part d’un coup de foudre entre Angelina et Mann
qui se retrouvent ensemble dans un ascenseur. Leurs destins semblent dès lors
liés autour de coïncidences, de drames et de crises, au gré d’une « lente montée vers un immense amour ».
Chacun doit en effet s’affranchir de démons
de son passé pour rejoindre,
comprendre, aimer l’autre. Albert Cohen
apparaît ici comme une grande source d’inspiration, de par les grands blocs de
pensée qui s’enchaînent, les monologues, et les personnages proches d’Ariane et
de Solal (Belle du Seigneur).

2002 : Dans Un homme à distance, Katherine Pancol parle cette fois d’une
relation amoureuse qui s’établit à distance, à travers des lettres, entre Kay, une
libraire de Fécamp, et Jonathan, un
écrivain américain qui l’avait contactée pour commander des livres. Au gré de
leurs échanges, le ton se fait plus tendre, intime, d’autant que tous deux se
découvrent une grande passion commune pour la littérature. À travers les
évocations de livres, ils se disent ainsi des choses qu’ils n’oseraient se dire
autrement. Leur relation est complexifiée par la souvenir d’une déchirure
ancienne qui hante Kay. À travers cette œuvre Pancol rend hommage à certains de ses écrivains
favoris, tels Flaubert, Maupassant,
Barbey d’Aurevilly, Jean Lorrain ou Roger Martin du Gard.

2006 : Avec Les Yeux jaunes des crocodiles, qui connaît un succès sans précédent dans sa carrière,
Katherine Pancol devient une auteure à
succès
, et même un phénomène
éditorial
, mais encore une cible des
critiques
. Ses histoires, un peu trop faciles pour beaucoup, comme ses
titres accrocheurs, deviennent l’objet de moquerie. Ce gros roman tresse la vie
de deux sœurs antithétique : Iris,
une belle jeune dans l’air du temps, épanouie en apparence, et Joséphine, au physique ingrat et dont
la vie semble « ratée ». Le livre traite des problèmes existentiels
assez communs qu’elles rencontrent : les enfants qui grandissent, le
départ d’un mari, le tout autour d’un mensonge
qui fait le sel du récit. Des liens entre la reine d’Angleterre ou Mick Jagger et
un tel et un tel tentent de donner de l’ampleur à l’histoire, au prix d’invraisemblances.

2008 : La saga familiale entamée
dans le volume précédent se poursuit avec La Valse lente des tortues.
Joséphine, suite à la révélation de la supercherie qui fondait l’épisode
précédent, déménage dans un immeuble
huppé
de Passy tandis qu’Iris séjourne en clinique pour dépressifs. Joséphine
est partagée entre l’éducation de Zoé, son adolescente tourmentée, sa quête
d’un grand amour, Philippe, ce beau-frère qui soupire après elle… et surtout la
peur qu’engendre une série de meurtres
qui surviennent au sein de son voisinage bourgeois. À la comédie de mœurs
nourrie par les voisins de Joséphine et à la bluette qui se profile vient donc
se superposer une sorte de polar,
Pancol prenant soin de tisser une tension
dramatique
en sautant souvent d’une focalisation à l’autre et en
multipliant les rebondissements. Le
roman trouvera une suite en 2010 avec Les Écureuils de Central Park sont tristes
le lundi
, roman choral entremêlant les histoires d’une
vingtaine de personnages, sans véritable intrigue, évoquant leur quête de bonheur, la réponse à leurs
divers questionnements semblant toujours être un même « carpe diem », et la nécessité de
s’arrêter dans la vie, pour prêter attention à des détails, qui sont autant de trésors.

2014 : Avec Muchachas, Katherine Pancol entame une nouvelle trilogie dont les trois volumes paraissent à quelques mois
d’intervalle, quitte à ce que l’opération
commerciale
apparaisse trop évidente. La première partie du roman reprend
les personnages de la trilogie précédente – au grand dam de fidèles lecteurs
qui s’interrogent eux-mêmes sur cette resucée
– avant d’en présenter de nouveaux. Il est question de femme battue, d’enfant
violée, bref, de femmes blessées par
des hommes qui n’ont pas l’excuse de leurs propres souffrances – mais de femmes
résilientes, et qui « dansent »,
malgré tout.

 

Éléments sur la manière de Katherine Pancol

 

Les romans de Katherine Pancol, auteure à succès traduite dans une
trentaine de pays, dont les romans se vendent à millions, font fréquemment
l’objet de critiques acides ;
on parle de sous-Gavalda, de guimauve, de romans
de plage
, de clichés à foison, de
personnages sans profondeur, de descriptions romantiques à souhait et de
métaphores faciles. D’un autre côté ses soutiens (dont François Nourissier et
Éric Neuhoff) apprécient un talent de conteuse,
une facilité pour s’adresser au cœur, un style « fluide », une plume
agréable, sans chichi, qui leur donnent accès à des « tranches de
vie » suffisamment circonscrites, éclairées, voire grossières pour qu’ils
s’identifient aux personnages, lesquels rencontrent des problèmes souvent
similaires aux leurs. Leurs diverses épiphanies concernant leur fonctionnement
et leurs rapports aux autres peuvent fournir, aux yeux de certains, des prolongements romanesques aux livres de développement personnel, ou du
moins un divertissement de l’ordre
de la série télé sans trop d’apprêt.

 

 

« La vie avait continué après, la vie continue toujours. Elle
te donne des raisons de pleurer et des raisons de rire. C’est une personne, la
vie, une personne qu’il faut prendre comme partenaire. Entrer dans sa valse,
dans ses tourbillons, parfois elle te fait boire la tasse et tu crois que tu
vas mourir et puis elle t’attrape par les cheveux et te dépose plus loin.
Parfois elle t’écrase les pieds, parfois elle te fait valser. Il faut entrer
dans la vie comme on entre dans une danse. Ne pas arrêter le mouvement en
pleurant sur soi, en accusant les autres, en buvant, en prenant des petites
pilules pour amortir le choc. Valser, valser, valser. Franchir les épreuves
qu’elle t’envoie pour te rendre plus forte, plus déterminée. »

 

Katherine Pancol, Les Yeux jaunes des crocodiles, 2006

 

« Je crois bien que c’est ça le vrai amour : avoir
l’impression d’être dans sa vie, pas à côté. Au bon endroit. Ne pas avoir
besoin de se forcer, de se tortiller pour plaire à l’autre, rester comme on
est. »

 

Katherine Pancol, Les Écureuils de Central Park
sont tristes le lundi
, 2010

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