Un testament espagnol

par

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Arthur Koestler

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1905 : Arthur Koestler, né Artúr Kösztler, voit le jour à Budapest, d’un
père juif importateur de textile et d’une mère issue d’une prestigieuse famille
juive pragoise. Il grandit dans divers quartiers juifs de la capitale
hongroise. La famille a un train de vie confortable jusqu’à la Première Guerre
mondiale, qui voit l’effondrement des affaires du père. La langue maternelle de
Koestler est le hongrois, mais rapidement il apprend dans le cadre familial à
parler couramment allemand. Il apprendra aussi à parler parfaitement français
et anglais. Il connaîtra également bien l’hébreu et le russe. À partir de 1941,
comme Nabokov et Conrad quittant leur première langue, il commencera à écrire
des livres en anglais. À l’avènement de la courte République des conseils de
Hongrie en 1919, la famille est en faveur du nouveau régime. Le communisme nourrit alors les espoirs de
l’adolescent qu’est Arthur. Après un séjour à Vienne pendant la Première Guerre mondiale, la famille y retourne
en 1920 pendant la terreur blanche. Arthur étudie
l’ingénierie
à l’institut technique de
Vienne, mais une nouvelle faillite de l’entreprise de son père provoque son
renvoi pour non-paiement des frais.

1926 : Koestler décide de partir en Palestine
pour travailler un an comme aide-ingénieur dans une usine. Il mène une vie pauvre dans un kibboutz, enchaîne
les travaux manuels à Haïfa, Tel Aviv et Jérusalem. Il entame finalement une activité journalistique qui gagne progressivement
en envergure, en devenant correspondant au Moyen-Orient pour des journaux
étrangers. À cette période il voyage beaucoup, rencontre des hommes d’État
importants. En 1929 il travaille à Paris.

1931 : Alors qu’il travaille désormais à Berlin, il participe comme reporter à une expédition de
scientifiques en Arctique, à bord du Graf
Zeppelin
. Comme il est le seul journaliste à bord, sa renommée s’étend au
gré de la large diffusion de ses articles. À cette époque il commence aussi à
s’engager en faveur du marxisme-léninisme
et devient membre du Parti communiste allemand. Il écrit
alors un ouvrage sur le plan quinquennal de l’Union soviétique, qui ne sera
diffusé là-bas que dans une version allemande lourdement censurée. Il voyage
ensuite en Asie centrale, puis retourne vivre à Paris où il participe à des mouvements antifascistes et se met au
service de la propagande de l’Internationale communiste.

1936 : Durant la guerre civile
espagnole
, sous couverture, il parvient à réunir des preuves de
l’implication de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie dans le conflit à
une époque où les nationalistes tentaient de le dissimuler. Un
testament espagnol
(
Spanish Testament, Dialogue
with Death
), qui paraît en 1937,
se situe entre le reportage et le récit
autobiographique
. L’auteur y raconte son expérience d’agent du Komintern – officiellement reporter pour le journal
londonien News Chronicle – puis son arrestation, lors de son troisième
séjour en Espagne durant la guerre, par les nationalistes suite à la prise de
Malaga. Démarre alors une réflexion sur l’emprisonnement
et la mort alors que le condamné
attend sa fin et assiste à l’exécution de ses compagnons de captivité. Koestler
 bénéficiera finalement d’un échange de
prisonniers. À son retour en France, il publie L’Encyclopédie de la vie sexuelle sous le pseudonyme de Dr. A.
Costler. Deux autres encyclopédies suivront, dont une sur la famille. En 1938, il quitte le Parti communiste. Il devient aussi rédacteur en chef du
journal allemand Die Zukunft.

1939 : Dans Spartacus (The Gladiators),
le récit de la célèbre révolte des esclaves que connut Rome au Ier
siècle av. J.-C., minutieusement documenté, devient prétexte à une réflexion
sur les mécanismes de la révolte, sur
ce qui la condamne à l’échec. Koestler prend soin d’aborder tout ce qu’elle met
en jeu : la frilosité de l’homme face au changement et à l’incertitude,
les querelles de partis au sein de la révolte, le moment de la scission.
L’auteur s’attarde également sur le contexte politique, économique et social de
la Rome antique, mais ses réflexions multiplient les échos aux temps modernes.

Pendant la Première
Guerre mondiale
, Koestler se rend aux autorités en tant qu’étranger ;
il est arrêté puis libéré au bout de quelques mois en raison de pressions
anglaises. Il s’engage dans la Légion étrangère pour fuir la France après
l’invasion allemande, et une fois en Afrique du Nord déserte pour rejoindre l’Angleterre. À partir de
1942, il participe à la propagande du ministère de l’Information.

1940 : Dans Le Zéro et l’Infini (Darkness at Noon), son roman le plus
connu, Koestler s’emploie à illustrer, à travers le parcours de Roubachof,
ancien dirigeant du Parti communiste arrêté et condamné à mort pour trahison et
déviationnisme, la machine à broyer les
hommes
qu’était le Parti au
temps des procès de Moscou. Celui-ci
se présente comme l’incarnation de l’idée révolutionnaire dans l’Histoire et
son dessein paraît primer sur tout ; il se pense infaillible et oublie
l’individu, dont la valeur équivaut à « zéro ». Ce pamphlet contre le stalinisme vaudra à
Koestler bien des inimitiés parmi ses anciens camarades et les intellectuels de
gauche. En 1951 une pièce de Sidney Kingsley, adaptée de cette œuvre, sera
créée à New York.

1943 : Croisade sans croix (Arrival and Departure) raconte
l’histoire d’un jeune Hongrois communiste
de dix-huit ans qui, après avoir été arrêté, torturé et avoir passé trois ans
en prison, contraint de se cacher, se retrouve pris en charge, alors qu’il est
malade, par une médecin également psychanalyste. Auprès d’elle, non seulement
il s’éprend d’Odette, une jeune fille, mais il analyse les véritables raisons derrière son engagement, le sentiment de culpabilité qui le meut, ces dettes imaginaires qu’il s’imagine.
Mais alors qu’il s’apprête à rejoindre une vie tranquille en Amérique, la fièvre de l’engagement le reprend
soudain, et il repart au combat défendre cette « cause
absurde » : la liberté.

1946 : La Tour d’Ezra (Thieves in the Night) évoque les
difficultés rencontrées par les Juifs lors de la constitution de l’État
d’Israël
. L’auteur se concentre sur la lutte des habitants du kibboutz d’Ezra, contre les Arabes mais
aussi contre les éléments, la maladie et le découragement. Koestler dénonce en
outre l’indifférence coupable des pays européens, et retrace la montée du
fascisme. Vers la fin de la guerre, Koestler avait voyagé en Palestine avec une accréditation du Times. Il en avait profité pour réunir
des informations dans la perspective de cette œuvre. En 1948, il est correspondant
de guerre
en Israël pour des publications des États-Unis, de France et
d’Angleterre. L’année suivante, il devient citoyen
anglais
après une longue attente.

1951 : Les Hommes ont soif (The Age of Longing) a pour thème
principal la foi ; c’est de foi
que les hommes ont soif, et c’est la propre amertume de l’auteur, qui a cru en l’idéologie communiste, qui
nourrit cette œuvre. Si Nikitine, attaché culturel à l’ambassade soviétique, a
une grande foi dans le Parti, Heydie, la fille d’un colonel américain qui
s’éprend de lui, finit par découvrir la cruauté derrière la croyance aveugle,
et désormais, tuer Nikitine deviendra une priorité pour la jeune femme. Dans
cette œuvre Koestler analyse la nostalgie
d’un paradis perdu
qui motive la foi. Il analyse par exemple le 14 juillet
1789 comme la date de la mort d’un Dieu, qui a engendré la nostalgie d’un
royaume.

1952 : La Corde raide (Arrow in
the Blue
) constitue un dialogue de Koestler avec sa propre vie. Ainsi
retrace-t-il la formation de son
caractère
à travers les divers territoires parcourus – Vienne, les
kibboutzim de Palestine, Paris, Berlin – et au gré des différentes causes
embrassées, des luttes politiques menées, des révolutions dont il a été témoin,
et ce jusqu’à son entrée au Parti. La suite de son autobiographie paraîtra en 1954
sous le titre Hiéroglyphes (The Invisible Writing), qui couvre les
années 1932-1940. Durant l’insurrection de Budapest de 1956, il s’occupe
d’organiser des manifestations antisoviétiques.

1957 : Réflexions sur la peine capitale est un ouvrage écrit en collaboration avec Albert Camus. Koestler est particulièrement intéressé par la
question pour avoir été lui-même condamné à mort et avoir vécu un temps, tout
comme Dostoïevski, dans l’imminence de son exécution. Il y analyse notamment les
particularités de la loi anglaise et établit une comparaison avec ce qui est
jugé cruel dans le traitement des animaux, mais qui ne choque pas autant
appliqué à l’homme, jugé responsable. Il porte plus particulièrement la
réflexion sur le déterminisme et le libre arbitre en jeu dans les affaires
de crime.

1959 : Dans Les Somnambules :
essai sur l’histoire des conceptions de l’univers
(
The Sleepwalkers: A History
of Man’s Changing Vision of the Universe
), Koestler se livre
à une histoire de l’astronomie au
gré de l’étude des grandes figures qui l’ont marquée. Il livre en outre une
réflexion épistémologique sur les découvertes scientifiques, dont les auteurs
se révèlent d’abord peu conscients de la portée. En cela ils seraient
semblables à des « somnambules », qui ne rencontrent pas forcément ce
qu’ils cherchaient, même si ce n’est pas pour autant le hasard qui préside à
leurs explorations. L’étude du couple
foi/raison
permet à l’auteur d’opposer un passé où les grands penseurs
étaient croyants quand aujourd’hui, foi et raison semblent devoir être
nécessairement opposées. Il devait au départ s’agir d’une biographie de Kepler, mais Koestler a finalement
intégré à l’œuvre des études de Copernic
et Galilée. Avec
Le Cri d’Archimède (The Act of Creation,
1964) et Le Cheval dans la locomotive (The Ghost in the Machine,
1967), cet ouvrage forme une sorte de triptyque
autour de la connaissance
. En 1960 Koestler publie Le Lotus et le Robot (The Lotus and the Robot, 1960) où il livre ses impressions sur
l’Orient suite à ses voyages en Inde et au Japon.

1972 : Les Racines du hasard (The
Roots of Coincidence
) forment un essai d’explication des phénomènes parapsychologiques par la mécanique cantique. À l’appui de ses
thèses Koestler convoque plusieurs scientifiques, tels que Heisenberg, Einstein
ou Plank ; il se sert également du concept de synchronicité développé par Carl Jung.

1976 : Dans La Treizième tribu (The
Thirteen Tribe
) Koestler bat en brèche l’idée que les juifs ashkénazes descendraient de Juifs expulsés de Palestine.
Leurs origines se trouveraient entre
Don, Danube et Volga, dans la région du nord-Caucase, où un premier État juif,
formé par le peuple khazar, aurait existé avant celui d’Israël. Les Khazars
auraient essaimé au VIIIe siècle en Europe de l’Est sous la pression
des conquérants islamiques et des ambitions des puissances chrétiennes aux
environs de Byzance. Cette hypothèse a été soutenue ou contestée par différents
généticiens.

1983 : Arthur Koestler, chez qui la maladie de Parkinson, dès 1976, puis une
forme de leucémie à progression lente en 1978 avaient été diagnostiquées, se suicide avec sa troisième femme à Londres,
à l’âge soixante-dix-sept ans.

 

Éléments sur l’œuvre
d’Arthur Koestler

 

L’œuvre de
Koestler, par sa pluralité, signale
des intérêts très variés :
psychanalyse freudienne, le courant pédagogique de l’éducation nouvelle, le
sionisme, l’existentialisme, le communisme, la parapsychologie, les drogues
psychédéliques qu’il a testées lors d’un voyage aux États-Unis – sur le sujet
il s’est opposé à Aldous Huxley (Les
Portes de la perception
) –, l’euthanasie, les sciences et l’histoire de la
science, la peine de mort, la philosophie orientale, ou même la quarantaine
imposée aux chiens arrivant en Angleterre.

Koestler fut aussi un journaliste très actif, et un pamphlétaire
redouté
. Ses articles abordent des matières politiques, littéraires ou psychologiques.
Certains parus entre 1942 et 1944 dans des revues américaines ont notamment été
réunis dans Le Yogi et le Commissaire, (The Yogi and the Commissar,
1944). Son roman Le Zéro et l’Infini,
qui reste son plus connu, est un des ouvrages antisoviétiques ayant eu le
plus d’influence dans le monde.

 

 

« Finalement, je plaide coupable d’avoir mis l’idée de l’homme
au-dessus de l’idée de l’humanité. »

 

« Quiconque s’oppose à
la dictature doit accepter la guerre civile comme moyen. Quiconque recule
devant la guerre civile doit abandonner l’opposition et accepter la
dictature. »

 

« La maturité des masses
consiste en leur capacité de reconnaître leurs propres intérêts. »

 

Arthur Koestler, Le Zéro et l’Infini, 1940

 

 « Au fond
de chaque homme civilisé se tapit un petit homme de l’âge de pierre, prêt au
vol et au viol, et qui réclame à grands cris un œil pour un œil. Mais il
vaudrait mieux que ce ne fût pas ce petit personnage habillé de peaux de bêtes
qui inspirât la loi de notre pays. »

 

Arthur Koestler, Réflexions sur la peine
capitale
, 1957

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