Adrenaline et adiction

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Revue Médicale Suisse
Revue Médicale Suisse N° 115 publiée le 13/06/2007 | |
|«Adrénaline-addiction» et comportements de prises de risques chez les sportifs : quelles réalités ? |
|Article de A. Rougemont-Buecking E. Rougemont R. Toth O. Simon J. Besson |
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|Cet article résume les hypothèses psychobiologiques qui sous-tendent le fait que l’individu s’expose au danger. La question se pose de|
|savoir si certaines formes de sports à risque peuvent être considérées comme une dépendance. En effet, la forte activation de l’axe |
|adrénocorticotrope pourraitagir comme un renforçateur addictogène dans la mesure où elle efface une émotion déplaisante, selon le |
|modèle du coping du stress focalisé sur l’émotion. De plus, un mimétisme pharmacologique semble possible, car l’effet ressenti des |
|catécholamines pourrait imiter certains effets des drogues stimulantes. Enfin, les concepts courants de la réduction des risques et |
|des dommagessont transposés au sport. Ceci correspondrait à l’application de mesures préventives diversifiées à un large continuum de|
|comportements potentiellement dangereux. |
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|Environ 300 000 accidents de sport par an, dont 160 à 200 avec issue mortelle, ont été recensés en Suisse en moyenne au cours des |
|dernières années. Les coûts directs et indirects engendrés par ces accidents sont estimés à 3,5 milliards de francs par an.Cependant,|
|l'absence d'activité sportive d'une partie de la population contribuerait à 1,4 million de cas de maladies et à 2000 décès par an, |
|avec des coûts directs de 1,6 milliard de francs.1 Selon les statistiques du Bureau suisse de prévention des accidents, la grande |
|majorité des accidents mortels implique des sports de plein air dont des sports à risque comme l'alpinisme,les sports d'hiver, |
|l'aviation et l'équitation. Sur les 190 décès par an en moyenne dus au sport, la plus grande partie est représentée par les accidents |
|dans la catégorie «randonnée et alpinisme» avec 80 à 100 décès par année. Un tiers des accidentés ne réside pas en Suisse, ce qui |
|démontre bien que la Suisse, par sa géographie particulière, possède des attraits particulierssusceptibles de motiver un grand nombre|
|de personnes à pratiquer des sports de plein air et à s'exposer ainsi à des risques conséquents. |
|La prise de risque a été au cœur de la réflexion relative aux addictions bien avant les développements récents de la neurobiologie, |
|notamment à travers les réflexions anthropologiques relatives aux conduitesordaliques (cf. monographies de Le Breton 2 et |
|d'Olievenstein 3). Toute réflexion au sujet des mécanismes qui poussent l'être humain à pratiquer un sport et à s'exposer à des |
|risques hors de tout impératif objectif lié à la survie devrait s'appuyer sur les connaissances actuelles dans le champ de la |
|psychologie du tempérament et de la personnalité ainsi que de lapsychologie du sport. Ces connaissances sont résumées dans la |
|première partie de ce texte. L'objectif de cet article est de présenter, dans sa partie centrale, une hypothétique «addiction à |
|l'adrénaline» qui se caractériserait par un «effacement» rapide de toute émotion ne servant pas à la survie immédiate, ainsi que par |
|un mimétisme pharmacologique. Les réflexions au...
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