Analyse thomas more

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  • Publié le : 20 mars 2011
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*Analyse de l’œuvre directrice du genre : UTOPIA :
a) La publication et le contexte :
L’Utopia [1] est la plus célèbre des œuvres de T. More, qui écrivit par ailleurs des Epigrammata ; une traduction des Dialogues de Lucien ; une Histoire du roi Richard III ; la Vie d’Edouard V (1543) ; un Dialogus quod mors pro fide fugendia non sit publié avec ses lettres à Louvain en 1566 ; et des poésies.L’Utopia paraît en 1516, en latin, chez l’éditeur Thierry Martens de Louvain en Flandres. Ce livre fut aussitôt porté par la réputation de Thomas More, ami d’Érasme de Rotterdam, et par son contenu même, qui entrait en résonance avec les travaux des humanistes, avec les inquiétudes des clercs quant au devenir de l’Église romaine, avec les préoccupations des magistrats au service du droit et desétats, et avec les intérêts des bourgeois cultivés des villes marchandes.
C’est ainsi que T. Martens en tira huit éditions entre 1516 et 1520. Le célèbre Frober de Bâle, éditeur d’Érasme, en tira à son tour deux éditions en 1519. Puis Gourmont, à Paris en 1517, Alde à Venise en 1519, puis bien d’autres à Florence, à Vienne, à Bâle encore une fois… L’Utopia fut traduite en italien en 1548 à Venise,en français à Paris en 1550. Ce n’est qu’en 1551 (16 ans après la mort de T. More) que Ralph Robinson publie sa traduction anglaise, alors que le livre avait déjà fait le tour de l’Europe humaniste. Le succès de l’œuvre de More a continué, avec, en France en particulier, cinq rééditions de 1643 à 1780. De nombreuses éditions et rééditions, nouvelles traductions se sont succédé, faisant ainsi del’Utopia un monument de la littérature politique.
Thomas More, pourtant, n’est pas précisément ce qu’on appelle un fantaisiste : il est né en 1478 dans une famille de petite noblesse, issue de la bourgeoisie. A vingt ans, il est juriste, puis magistrat, après des études à l’université d’Oxford. Féru d’humanisme, versé dans les lettres latines et grecques, il a suivi l’enseignement de grands humanistesanglais (John Colet, Grocyn), et surtout d’Érasme (professeur de grec), qui devint ensuite son ami et correspondant. L’ambiance dans laquelle More évolue est celle d’un catholicisme fervent, mais désireux de réformer ce que l’Église romaine avait d’obscur et de superficiel. Depuis sa demeure de Chelsea, More est en correspondance avec tout ce que l’Europe compte d’érudits et de lettrés : membredu Parlement et avocat des marchands de la City de Londres, il aspire à une vie tranquille et savante, quand Henri VIII le presse d’entrer à son service comme conseiller. Un peu malgré lui, More accepte, et se rend bien vite compte de ce que l’exercice du pouvoir comporte comme compromissions avec l’injustice et le mal : comment parler de justice, dans un pays où l’on jette les paysans sur le borddes routes, pour mettre sur leurs terres des moutons, devenus de véritables « dévorateurs d’hommes » : « ces bêtes, si douces, si sobres partout ailleurs, sont chez vous tellement voraces et féroces qu’elles mangent même les hommes et dépeuplent les campagnes… »" (livre I). Et qu’ensuite on condamne à mort ces gens qui ont volé pour échapper à la famine ! Quelle légitimité peut-on reconnaître à unsouverain qui ne poursuit que son propre intérêt ? Comment se soustraire à l’appât du gain, à la puissance de l’argent, qui dresse les hommes les uns contre les autres, asservit les populations pauvres, élève toujours plus les dominateurs ?
À cet état déliquescent du régime monarchique anglais, More oppose une rigueur morale sans faille, et le désir d’une réforme de la religion vers plusd’oeucuménisme et de tolérance, afin qu’elle soit au service de l’homme et non des ambitions des prélats. C’est au nom de cette foi qu’il s’opposa à son roi lors de son divorce avec Catherine d’Espagne, pour épouser la britannique Anne Boleyn. La réforme qu’appelait More de ses vœux ne débouchait pas sur le schisme qui se produisit : il s’y opposa donc, et fut condamné à mort pour cette opposition....
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