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1 - Situation du texte
Eugène Ionesco, Roumain d'origine et partiellement éduqué en France, s'y fixe définitivement en 1938. Il
aborde assez tardivement l'écriture théâtrale, en 1950. Rhinocéros reprend certains thèmes majeurs de
Ionesco, la déshumanisation, la contamination épidémique, l'uniformisation du monde moderne. La pièce est,
en même temps, une description transparente desdangers que fait courir aux individus une société totalitaire.
2 - Une scène à deux dimensions
La scène est conditionnée par les événements extérieurs que les personnages perçoivent et commentent (1.12
à 26). Il se déploie donc en deux espaces différents dont l'un n'est que partiellement visible pour le spectateur.La multiplication des métamorphoses en rhinocéros provoque leur panique, etdétermine chez eux des réactions très différentes. Les didascalies, notamment dans la première partie de la scène donnent de
nombreuses indications sonores et visuelles sur l'accélération du processus de formation. Elles fournissent des renseignements précis sur l'atmosphère qui doit régner sur la scène, en raison de la poussière par exemple (1. 6 et 12-13), sur les mouvements de figurants àl'arrière plan (1. 21 à 30). En relation avec les commentaires des personnages, elles permettent de se former une idée de ce qui se déroule à l'extérieur. Dans la seconde partie, les didascalies aident à mieux saisir le sens des répliques des personnages, et notamment les éléments implicites qui aident à comprendre leurs prises de position différentes. En effet, le spectacle de la métamorphoseaccélérée des habitants de la ville conduit chacun des trois protagonistes à adopter une attitude spécifique que les propos du dialogue ne traduisent pas complètement. Ainsi, par exemple, la didascalie «
mollement » (1. 67), montre que Daisy a renoncé à retenir Dudard.
3 - Comment devient-on rhinocéros ?
La scène est l'occasion d'observer les réactions des trois personnages face à l'épidémie de «rhinocérite » qui
gagne toute la ville. Après avoir constaté sa progression foudroyante, Dudard se laisse à son tour «
contaminer ». La première indication de son changement d'attitude est fournie par la didascalie des lignes 41 à 43. Daisy propose à cet instant de ne plus s'occuper momentanément des événements extérieurs. Alors que
Bérenger accepte sans réticence, « Dudard s'arrête àmi-chemin ». La suite du dialogue le conduit, par étapes,
à se joindre au troupeau de rhinocéros. Dans un premier temps, Dudard prétexte l'envie d'aller « manger sur
l'herbe » (1. 45), puis il exprime ses hésitations sur la conduite à tenir (1. 55-56). II invoque enfin plus
clairement les raisons de son choix, l'obéissance à un devoir (1. 62 et 69-70) à l'égard de ses chefs, puis de « lagrande famille universelle ». Enfin, il fait valoir qu'il sera plus utile comme esprit critique « à l'intérieur qu'à l'extérieur ».
L'argumentation de Dudard suit une évolution qui va de la mauvaise conscience a la légitimation revendiquée de son choix. La première raison invoquée (le déjeuner sur l'herbe) est évidemment un prétexte, auquel
personne ne se laisse prendre. Par la suite, Dudardlégitime son attitude au nom de la morale et de la
solidarité. La situation décrite par Ionesco rappelle évidemment certaines déclarations des responsables nazis à leurs procès, légitimant leurs actes au nom du devoir qui leur incombait d'obéir aux ordres de leurs chefs. La
scène acquiert ainsi une portée allégorique : la « rhinocérite », comme la peste pour Camus, ne sont que les
figuresd'un mal proprement humain.
4 - Le charme discret de la rhinocérite
Le personnage de Daisy évolue également au cours de la scène. Au début, elle prône l'indifférence à l'égard du
spectacle offert par l'extérieur. A deux reprises, elle conseille de se désintéresser de lui : « Ne pensons plus à
tout cela » (1. 12), « La chose la plus sensée est de laisser les statisticiens à leurs...
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