Aventure indienne de voltaire

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  • Publié le : 2 janvier 2011
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Question sur corpus
Voltaire dénonce dans ce conte philosophique la bêtise humaine en général, plus particulièrement l'intolérance, le fanatisme et la cruauté liés aux croyances religieuses. Certains passages, grâce à une ironie fondée sur l'exagération et la dérision, mettent en évidence la critique du fanatisme religieux: le sage de l'Inde explique que les deux Indiens ont été traduits enjustice pour n'avoir pas tenu la queue d'une vache en mourant, chef d'accusation ridicule. Ailleurs, c'est la caricature des « dévotes» qui met en relief leur fanatisme stupide. L'expression « propositions hérétiques » ironique marque clairement l'attaque de Voltaire contre l'intolérance religieuse. En contrepoint, Pythagore, qui a toute la sympathie de Voltaire, va « prêcher la tolérance ».
Maisl'auteur élargit aussi la portée de sa « leçon » : il donne une leçon d'humilité à l'homme, en confrontant Pythagore à divers êtres qui lui permettent de se rendre compte que l'homme est au moins aussi monstrueux que le mouton puisqu'il n'hésite pas à tuer ses semblables. L'huître lui apprend que « les hommes sont barbares », et lui même juge à la fin que « depuis l'herbe jusqu'à l'homme, il y abien des sujets de chagrin».
Enfin, si l'on considère la fin du conte, c'est une leçon de pessimisme que nous donne Voltaire: en effet, Pythagore, alors qu'il est juste, raisonnable, alors qu'il soutient et gagne de bonnes causes, alors qu'il est l'image même du bon philosophe, est victime du sort et de la méchanceté humaine, puisqu'il est brûlé. Derrière cette fin tragique se profile l'idée quele bien n'est pas récompensé et que les hommes éclairés ne sont guère écoutés de leurs semblables. Y a t il seulement une Providence?
II reste néanmoins une pointe d'optimisme dans ce conte: Voltaire nous y démontre que la parole a bien du pouvoir et que, lorsqu'elle est maniée par des sages, elle gagne des causes et fait progresser l'humanité.
Dans Aventure indienne, Voltaire transpose desfaits qui se sont produits à son époque. On pense bien sûr à l'affaire Calas. Voltaire s'inspire du sort de Jean Calas, condamné en 1762 au supplice de la roue, avant d'être exécuté par strangulation. On ne peut isoler le conte de ce fait divers dramatique. Voltaire obtiendra la réhabilitation de la famille Calas en 1765. Cette affaire peut expliquer la réflexion amère sur la prétention des hommes àrendre « justice » : «Elles ne savent pas qu'il n'y a point au fond de nation plus cruelle que la française. ».

Dans le conte, introduit par la formule présentative « il y avait », le cadre spatio-temporel est décalé, mais les allusions aux superstitieux et aux fanatiques (« gredins et gredines », périphrase ironique « les bonnes femmes de la ville » pour désigner les fausses dévotes etautres davidées) démontrent que la visée de Voltaire consiste dans une même dénonciation de l'esprit de superstition, de l'abomination du fanatisme religieux.
Outre le fait que l'un est un récit et l'autre un article de dictionnaire, les deux textes de Voltaire, s'ils traitent d'un sujet très similaire, sont de registres néanmoins sensiblement différents. Aventure indienne est mené avec une vivacitéamusée: c'est le ton du conte philosophique (donc une fiction, un univers fictif, avec une histoire totalement inventée – mis à part le personnage de Pythagore, qui d'ailleurs, n'a pas été brûlé vif à Crotone). C'est l'univers du merveilleux ( les animaux comme dans les fables ou fabliaux) parlent et donnent une leçon à un grand philosophe de l'Antiquité); s'il y a du pathétique dans le discoursde ces animaux qui se plaignent de leur sort, c'est un pathétique parodique qui multiplie les interjections («Ô nature... »), les exclamations plutôt candides ou naïves (« Que je suis malheureuse d'être née herbe ») et les procédés oratoires en décalage complet avec l'identité réelle de celui qui parle (une herbe, une huître). Ainsi le conte est traversé par l'humour, parfois par l'humour noir...
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