Avez-vous lu bonald

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  • Publié le : 2 avril 2011
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Avez-vous lu Bonald ? Bien peu, même sur la planète traditionaliste, peuvent répondre à cette question par l’affirmative. C’est en effet que les œuvres de ce maître de la Contre-révolution n’ont pas été rééditées depuis le milieu du XIX° siècle. (1) Il existe bien des recueils de pensées choisies, des présentations de son œuvre, comme les livres de MM Alibert ou Toda, (2) et des thèsesuniversitaires, mais d’une diffusion restreinte. Il est vrai que le courant d’Action Française à ses débuts, avec Maurras, bien sûr, mais aussi Louis Dimier, Paul Bourget et Jules Lemaître, s’est employé à montrer la filiation qui reliait Bonald à la pensée maurrassienne en voie d’épanouissement. Bien que ces derniers ouvrages soient bienveillants, ils n’ont pas permis de promouvoir une nouvelle éditiondes principaux livres de Bonald, encore moins un recueil de ses œuvres complètes comme Jean Louis Darcel le réalisa naguère pour Joseph de Maistre avec son centre d’études maistriennes. En effet, l’une des conséquences involontaires de cette démarche en « revendication de paternité » des maurrassiens est paradoxalement de laisser s’ensevelir l’œuvre dans l’oubli, le nom seul de l’auteur étantconservé comme une référence. Bonald se serait donc éteint dans Maurras, pour employer une formule chère aux généalogistes ; ou encore : pourquoi lire Bonald puisque nous avons Maurras ? Une telle attitude est sans doute regrettable, car la pensée bonaldienne est spécifique et originale et la Contre-révolution a besoin de toute sa diversité. C’est donc plutôt parmi des esprits moins sensibles àla pensée de Maurras que l’héritage de Bonald est inventorié et discuté. Il y a quelques années, Yves-Marie Adeline écrivit son « Pouvoir Légitime » (3), livre remarquable à tous égards, dans lequel il s’inspira largement de cet héritage, tout en développant un angle de vision nouveau. Pourtant, loin de rendre hommage au philosophe disparu, Adeline ne le cite nommément qu’une seule fois, et surun point mineur. Pourquoi une telle réserve ? Sans doute parce que Bonald n’est pas très attirant de nos jours. On se contente de le saluer de loin, sans l’approcher, et même, chose amusante, sans le blâmer. Il est ainsi curieux que cet auteur, qui fut la tête de file doctrinale du parti ultra, échappe aux critiques acerbes dont beaucoup d’historiens, même parmi les royalistes, accablentl’ultracisme. Serait-on à l’abri des coups quand on est membre de l’Académie Française ?
Pourquoi l’oubli a-t-il recouvert l’œuvre monumentale du philosophe le plus cohérent de la Contre-révolution ? C’est sur cette question que s’est penché un jeune chercheur qui a consacré plusieurs années à cet auteur d’exception (4) et a cherché à en démêler la radicalité et les équivoques.
Chateaubriand,qui, à la fin de sa vie, détestait Bonald, lequel le lui rendait bien, reprenait à son sujet une image familière, (5) comparant son oeuvre à un tombeau : ces « pyramides, palais de la mort, qui ne servent au navigateur sur le Nil qu’à mesurer le chemin qu’il a fait avec les flots. » Ailleurs, il écrit encore : «  le système de Bonald est infrangible et clos comme un sépulcre. » Cette opinion,malgré son caractère hostile, reconnaît au « système » un caractère éminemment cohérent. La pensée de Bonald est un bloc logique, non seulement dans son exposition, mais aussi dans sa genèse : en trente quatre années de publication (1796 1830), sa pensée est restée identique, déductive, homogène. Les arguments de Bonald sont volontiers généraux et abstraits, car il ne s’embarrasse pas du recensementdes faits, il pose abruptement des postulats, fondements granitiques de sa pensée, et construit sur leur assise la sobre architecture de sa doctrine, comme une véritable métaphysique sociale. Son style est souvent pesant et répétitif. Il entasse les arguments comme des pierres taillées sur une muraille rouergate. Il trouve rarement l’image frappante, la formule lapidaire ou ironique qui emporte...
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