Baudelaire - le peintre de la vie moderne

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  • Publié le : 1 décembre 2010
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BAUDELAIRE
Le Peintre de la vie moderne ( 1863)

L’exercice régulier de la critique d’art (le premier Salon dont Baudelaire rédige le compte rendu est celui de 1845) conduit progressivement le poète vers un idéal de beauté moderne, capable de se substituer aux formes classiques dont l’épuisement apparaît alors aux yeux de tous : l’art religieux qui sombre dans le goût saint-sulpicien quirégnait pendant la Restauration, l’art néoclassique, toujours fixé sur le modèle antique, qui trouve sa limite dans la perfection privée de vie de Jacques Louis David, ou même ce que Baudelaire nomme « l’art philosophique », selon Chenavard, qui s’efforce de traduire, en de laborieuses allégories, les idéaux humanitaires de 48. Le sentiment d’une crise que traverse alors la peinture est éprouvé partous, sans qu’on soit encore en mesure de reconnaître bien clairement l’art qui doit venir.
Baudelaire s’efforce dans ce texte de discerner les traits fondamentaux de la beauté chez les modernes. Le Peintre de la vie moderne est rédigé en 1863, l’année même où le Salon des Refusés, sur une proposition de l’empereur, ouvre ses portes, permettant ainsi au public de juger de l’injustice, ou de lajustesse, du choix opéré par le jury, injustice fortement dénoncée par ceux qui n’avait pu obtenir l’autorisation tant désirée. C’est en 1863 que Le Déjeuner sur l’herbe de Manet est exposé, précisément au Salon des Refusés. Le public, choqué de la trivialité de la scène, pourtant inspirée de l’antique, trouvera risible cette insolente réplique des nudités de convention qui s’étalent au Salonofficiel, et confirmera ainsi le verdict du jury. Avec le scandale du Déjeuner sur l’herbe de Manet, l’année 1863 est souvent choisie pour marquer la rupture entre le règne de l’ancien académisme et la naissance de la peinture moderne. C’est ainsi que le scandale soulevé par le tableau de Manet a éclipsé le texte de Baudelaire, qui s’efforce de son côté de définir les principes de la nouvelle esthétique.En vérité, Baudelaire, se trouvant lui-même à une époque charnière entre l’ancien et le nouveau, n’accorde pas à l’œuvre de Manet l’importance qu’elle mérite, et choisit pour héros de son essai sur la modernité un dessinateur et aquarelliste de la vie parisienne, Constantin Guys, qui travaillait pour les journaux en un temps où les techniques de l’impression ne permettaient pas encore dereproduire des photographies. Baudelaire publie la même année que son essai sur Le peintre de la vie moderne, en 1863 donc, une remarquable étude consacrée au seul Delacroix, L’œuvre et la vie d’Eugène Delacroix. Pourtant ce n’est pas Delacroix qui endosse le rôle du peintre de la vie moderne, mais un dessinateur d’une importance bien moindre, de l’aveu de Baudelaire lui-même, Constantin Guys qui ne serajamais nommé dans l’essai que par ses initiales M. G, anonymat qui convient bien à un peintre qui n’a lui-même jamais intitulé ses œuvres. M. G. apparaît donc ici comme un inconnu, le peintre qui saura mettre fin à l’académisme de la peinture littéraire, et qui saura nous révéler la beauté et «l’héroïsme de la vie moderne». M. G. n’est pas un homme, il est une sorte d’appareil enregistreur avidede tout voir, de conserver de tout trace dessinée. Appareil photographique vivant en perpétuelle recherche d’un instantané, Guys symbolise, pour les Goncourt comme pour Baudelaire, l’appétit de voir de la modernité, un œil ivre de sensations qui cherche à s’oublier dans les variétés des spectacles, dans la multitudes d'images. Baudelaire pense la modernité de cette insatiable curiosité, il nesitue nullement Guys au sommet de la peinture de son temps – la place est occupée à ses yeux par Delacroix – mais il sait reconnaître en cet art quelque chose de nouveau, emblématique de notre temps. Sans doute, l’art de Constantin Guys n’est pas choisi par hasard, mais il reste pourtant l’alibi d’une démonstration qui le dépasse de beaucoup : définir l’art encore latent dont Baudelaire pressent...
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