Baudelaire

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laAnthologie : Baudelaire, Les Fleurs Du Mal.
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Le Voyage O Mort, vieux capitaine, il est temps! levons l'ancre!
Ce pays nous ennuie, ô Mort! Appareillons!
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons!

Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte!
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre,Enfer ou Ciel, qu'importe?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau!  LE MORT JOYEUXDans une terre grasse et pleine d'escargots
    Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
    Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
    Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde.
   
   
    Je liais les testaments et je hais les tombeaux ;
    Plutôt que d'implorer une larme du monde,    Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux
    A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
   
   
   
    — O vers ! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
    Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ;
    Philosophes viveurs, fils de la pourriture,
   
   
    A travers ma ruine allez donc sans remords,
    Et dites-moi s'il est encor quelque torture
   Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les mortLa Mort des Amants

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, cesmiroirs jumeaux.Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux;Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.
La mort des pauvresC'est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ;
C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir
Qui,comme un élixir, nous monte et nous enivre,
Et nous donne le coeur de marcher jusqu'au soir ;

A travers la tempête, et la neige, et le givre,
C'est la clarté vibrante à notre horizon noir ;
C'est l'auberge fameuse inscrite sur le livre,
Où l'on pourra manger, et dormir, et s'asseoir ;

C'est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques
Le sommeil et le don des rêves extatiques,
Et quirefait le lit des gens pauvres et nus ;

C'est la gloire des Dieux, c'est le grenier mystique,
C'est la bourse du pauvre et sa patrie antique,
C'est le portique ouvert sur les Cieux inconnus !Remords posthumeLorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse, 
Au fond d’un monument construit en marbre noir, 
Et lorsque tu n’auras pour alcôve et manoir 
Qu’un caveau pluvieux et qu’une fosse creuse ; Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse 
Et tes flancs qu’assouplit un charmant nonchaloir, 
Empêchera ton cœur de battre et de vouloir, 
Et tes pieds de courir leur course aventureuse, 

Le tombeau, confident de mon rêve infini 
(Car le tombeau toujours comprendra le poète), 
Durant ces grandes nuits d’où le somme est banni, 

Te dira : « Que vous sert, courtisane imparfaite, De n’avoir pas connu ce que pleurent les morts ? 
- Et le ver rongera ta peau comme un remords.« La servante au grand cœur... »La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse, 
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse, 
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs. 
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs, 
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres, Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres, 
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats, 
À dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps, 
Tandis que, dévorés de noires songeries, 
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries, 
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver, 
Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver 
Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille ...
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