Bovarysme

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  • Publié le : 23 avril 2011
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Le bovarysme ou bovarisme[1] est « un état d’insatisfaction, sur les plans affectifs et sociaux, qui se rencontre en particulier chez certaines jeunes femmes névrosées, et qui se traduit par des ambitions vaines et démesurées, une fuite dans l’imaginaire et le romanesque[2]. » Le bovarysme traduit surtout une identification excessive à un personnage de fiction, mais aussi une frustration sexuelledans la vie de couple.

Le terme bovarysme est un substantif forgé d’après le roman de Gustave Flaubert Madame Bovary. Il fut introduit par Jules de Gaultier en 1892[3] dans son premier essai, Le Bovarysme, la psychologie dans l’œuvre de Flaubert.

Cet état avait déjà été décrit par Honoré de Balzac dans La Femme de trente ans, dont Flaubert s'est inspiré[4]. Pierre Barbéris a dit qu'il avaitinventé le bovarysme[5].

Dans le roman de Flaubert, Emma Bovary a beaucoup lu durant sa jeunesse, en particulier des ouvrages romantiques. Sa vie conjugale, loin de se conformer à ses rêves, ne lui apportera que frustrations et désillusions. Elle ne rencontre que Charles Bovary, homme médiocre s’il en est, et quelques amants tout aussi médiocres, d’où son état d’insatisfaction.

Signaler cedocument1Originellement hybride, la notion de bovarysme, inventée à la fin du XIXe siècle par Jules de Gaultier, a été conçue à partir d’un personnage littéraire pour décrire un phénomène de psychologie normale ou pathologique. Creuset d’interrogations pour deux champs de savoir distincts, la littérature et la psychopathologie, elle va connaître un double destin en devenant, au XXe siècle, unenotion clé de la critique littéraire comme de la psychiatrie. Au croisement de diverses disciplines, cette notion témoigne de la remarquable capacité d’une œuvre littéraire d’induire un phénomène de conceptualisation, ainsi que de sa nécessaire historicité qui réoriente la réception d’une œuvre et d’un personnage. C’est le jeu de cette tension entre le savoir proposé par l’œuvre et les effetsthéoriques qui aura déterminé les différentes approches de notre étude et en aura dessiné les perspectives : une étude à la fois critique et historique du bovarysme dans la théorie de Jules de Gaultier, dans le champ psychopathologique et dans le champ littéraire, suivie d’une étude de ses possibles applications à travers, notamment, une comparaison entre le bovarysme et d’autres notionspsycho-littéraires telles que le donquichottisme et l’oblomovisme.

2De la théorie du bovarysme telle qu’elle a été créée par le philosophe Jules de Gaultier (1858-1942), on connaît principalement l’application psychologique, dont Emma Bovary est devenue le prototype, et qui se résume par l’adage devenu célèbre : « la faculté départie à l’homme de se concevoir autrement qu’il n’est ». Mais cette théorie, quicomprend également une part méconnue, plus abstraite, aux multiples ramifications, s’inscrit dans un système de pensée beaucoup plus général, fortement déterminé par l’idéologie fin-de-siècle qui le sous-tend. Historiquement pré-freudien, le bovarysme selon Jules de Gaultier ne l’est donc pas d’un point de vue épistémologique.

3Dans la lignée de la proposition de Jules de Gaultier, Flaubert, EmmaBovary et le bovarysme vont devenir des objets d’étude pour la médecine mentale. À travers l’histoire du bovarysme dans le champ psychopathologique se dessine alors une histoire de la psychiatrie du XXe siècle en France : celle de ses divers moments théoriques (de la « dégénérescence » du début de siècle à « l’état-limite » de la fin du siècle, en passant par la clinique de la paranoïa dans lesannées trente), mais aussi de sa résistance à l’introduction du freudisme. L’impossible rencontre entre le bovarysme et la psychanalyse en aura été, de fait, la conséquence, et ce, malgré une tentative tout à fait remarquable, initiée par Jacques Lacan, d’extraire le bovarysme de son ancrage pathologique.

4Parallèlement, l’autre destin du bovarysme engage plus d’un siècle de critique...
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