Classes sociales et territoires

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  • Publié le : 22 novembre 2011
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Le ghetto noir nord-américain aux Etats-Unis s’est imposé dans les représentations collectives comme le destin annoncé des zones de relégation urbaines françaises. La « ghettoïsation » des banlieues difficiles serait inéluctable. Néanmoins, en France, la ségrégation spatiale ne paraît pas s’organiser selon des critères prioritairement ethniques, mais surtout socioéconomiques. Le découpage duterritoire (entendu ici comme l’ensemble des lieux de résidence), coïnciderait avec celui de la structure sociale en classes sociales. D’ailleurs, historiquement, la classe ouvrière ne s’identifiait-elle pas aux fameuses « banlieues rouges » qui ceinturaient les grandes agglomérations ? De même, aujourd’hui, les « quartiers difficiles » concentrent les populations les plus défavorisées. Les inégalitéssocioéconomiques, distinguant les différentes classes sociales, se décalqueraient sur l’espace. Le lien entre classes sociales et territoires nécessite cependant de revenir sur la notion de classe sociale. En effet, au sens réaliste, la classe sociale suppose non seulement une position commune dans les rapports de production, mais aussi une conscience de classe chez ses membres et une capacité àdéfendre les intérêts de celle-ci. De fait, n’observe-t-on pas de la part des classes supérieures, voire moyennes, des comportements de recherche de l’« entre-soi » qui expliqueraient le découpage social de l’espace ? En ce sens, le territoire serait l’objet de luttes sociales, expression renouvelée de la lutte des classes. En outre, les territoires n’exercent-ils pas en retour des effets sur laconstitution des classes ?
A l’encontre de ces positions, certains sociologues ont pu pointer les limites de la mise en équivalence entre classes et territoires. La mixité sociale est même avérée en France. Non seulement le ghetto nord-américain n’a pas forcément de substance dans notre pays, mais il existe des freins, en particulier politiques, à une ségrégation absolue.
C’est pourquoi nousobserverons dans une première partie que la répartition des individus sur le territoire semble recouper une division en classes sociales. Puis dans une deuxième partie, nous montrerons que le territoire est l’enjeu de luttes sociales. Enfin, nous pointerons les limites à l’homologie entre territoires et classes sociales.
Attendu que 75% de la population française est urbaine et qu’un français surcinq vit dans l’agglomération parisienne, nous nous centrerons ici sur les grandes agglomérations françaises.

I- Les territoires : lieux d’expression des différences de classes sociales
a. La division spatiale recoupe la division de la société en classes sociales
Le sociologue français Maurice Halbwachs a proposé une approche originale des classes sociales avec sa théorie du « feu de camp » :dans la société, il y aurait un noyau « chaud », actif où la vie sociale serait plus intense, et qui serait caractéristique des classes sociales favorisées. A l’inverse, les classes populaires seraient éloignées de ce noyau et la vie sociale y serait bien plus plate, plus morne. Cette analyse est transposable à l’espace urbain puisque l’on note que dans la majorité des villes françaises, lecentre-ville où bouillonne la vie culturelle, intellectuelle et commerciale est, en général, accaparé sur le plan résidentiel par les classes les plus favorisées. A l’inverse, la caractéristique première des « quartiers de relégation » où résident des populations défavorisées est très souvent leur éloignement du centre des villes. Loïc Wacquant fait justement remarquer qu’en Europe « la relégation dansces concentrations de logements publics en déshérence à la périphérie des villes se fonde prioritairement sur la classe et non l’appartenance ethnique [à l’inverse des Etats-Unis] ».
Plus généralement, on observe une division spatiale qui recoupe la structure sociale. L’agglomération parisienne en fournit un exemple éclairant : l’ouest parisien est celui de la bourgeoisie et de l’aristocratie,...
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