Commentaire rousseau

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  • Publié le : 12 décembre 2011
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Contrairement aux autres animaux, il semblerait qu’à l’état de nature l’homme ne puisse survivre et satisfaire seul ses besoins. D’où le fait qu’il cherche à former une société avec d’autres. C’est pourtant cette idée que Rousseau semble remettre en cause dans ce texte : si les hommes se regroupent et constituent une société, s’unissent durablement en un mot, ce n’est pas seulement par intérêtmais « par affection » ; c’est peut-être même moins pour survivre que pour trouver le bonheur. Il semblerait que l’auteur en effet privilégie clairement ici le « besoin » psychologique de l’autre sur l’intérêt vital que les hommes trouvent à s’unir. Mais dans ce cas, si c’est « la faiblesse de l’homme qui le rend sociable », c’est-à-dire humain, comme l’affirme ici Rousseau, est-ce donc que leshommes ne sont heureux que parce qu’ils sont malheureux initialement, qu’en vertu de leurs « misères communes » par conséquent ? Même si elle est paradoxale, cette idée n’implique-t-elle pas une conception très négative du bonheur humain ?

D'après Rousseau, c’est la faiblesse de l’homme qui le rend sociable, donc humain. Dans une première partie, qui va du début du texte jusqu’à « ...celui quin’aime rien puisse être heureux », Rousseau expose sa thèse (cf. les deux premières phrases), la justifie (depuis « Tout attachement… » jusqu’à : « notre frêle bonheur »), et enfin en donne deux illustrations négatives, deux preuves, à travers la comparaison du bonheur divin et du bonheur humain d’une part, l’hypothèse d’un être imparfait et malheureux, bien qu’autarcique, d’autre part. Reprenonssuccessivement ces trois étapes du raisonnement de l’auteur. C’est en vertu de son insuffisance et infirmité, que l’homme s’attache à ses semblables. Tout d’abord, Rousseau énonce sa thèse puis l’explicite et la justifie. « C’est la faiblesse de l’homme qui le rend sociable : ce sont nos misères communes qui portent nos cœurs à l’humanité, nous ne lui devrions rien si nous n’étions pas hommes. » Lestermes de « faiblesse » et de « misères communes » renvoient ici à l’idée, énoncée plus loin, d’« insuffisance » et d’« infirmité ». La faiblesse évoque justement l’impossibilité de se suffire à soi-même, l’absence d’autarcie ; les « misères communes » sont une référence aux maux dont souffrent tous les hommes, ceux qui sont inscrits dans la condition humaine tels que la douleur physique, lespassions ou l’angoisse de la mort. Or, selon Rousseau, l’homme devient sensible aux autres, son « cœur » est porté « à l’humanité », grâce à cette faiblesse et à ces misères communes. D’où la formule paradoxale : nous ne

devrions rien à l’humanité (nous ne deviendrions jamais des hommes, des êtres sociaux, capables de raison et de langage) « si nous n’étions pas hommes » : si, en d’autres termes,nous n’étions pas des êtres mortels et souffrants, c’est-à-dire finis. Dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Rousseau décrit l’homme à l’état de nature comme un animal solitaire, « stupide et borné » ; ce qui fait passer celui-ci de l’état de nature à un état proprement humain, l’état social, parce qu’il peut sentir et souffrir comme un homme. Nouscomprenons un peu mieux avec la suite du texte : « Tout attachement est un signe d’insuffisance : si chacun de nous n’avait nul besoin des autres, il ne songerait guère à s’unir à eux. Ainsi de notre infirmité même naît notre frêle bonheur. » S’attacher, se lier ou s’unir à un autre signifie que l’on ne puisse se suffire à soi-même, ce que montre le cas de l’amour et de l’amitié. Le manque de l’autre (icile « besoin » psychologique que l’on a de sa présence) implique que l’on éprouve un bien-être à combler ce manque. D’où le caractère « frêle » de ce bien-être ou bonheur : l’état d’équilibre et d’harmonie intérieure que donne l’amour par exemple est essentiellement fragile, car il cesse avec le sentiment. L’amour peut nourrir des espoirs et ne pas être réciproque ou s’éteindre avec le temps....
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