De la violence dans la vie et demie de sony labou tansi et la plaie de malick fall

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  • Publié le : 25 juillet 2011
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INTRODUCTION

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La violence est au cœur de la création littéraire, notamment contemporaine. Elle est un phénomène qui ne cesse de s’accroître et dont les formes se multiplient. Cela ne veut pas dire que le phénomène n’existait pas auparavant. En fait, les scènes de violence étaient présentes et se sont manifestées au cours des siècles en tant que facteur de production littéraire et decréation artistique, chez de nombreux auteurs. Toutefois, il faudrait souligner que le zèle et l’inventivité que l’homme déploie pour venir à bout de ses ennemis ont atteint des paroxysmes auparavant jamais égalés. Dans un contexte africain marqué par les traumatismes successifs de l’esclavage, la colonisation et les coups d’états militaires, la violence apparaît comme le dénominateur commun de lamajeure partie des œuvres artistiques. Constante dans la production littéraire des écrivains africains, la violence se décline différemment selon certaines périodes de leurs carrières. En 1921 déjà, René Maran avec la préface de Batouala, faisait office de précurseur. Ferdinand Oyono et Mongo Beti avaient, dès les années 50, expérimenté une esthétique réaliste assez acérée pour prendre en charge lesviolences inhérentes à la colonisation. De l’écriture de Ahmadou kourouma et de Yambo Ouologuem, l’on ne dira pas assez le caractère cruel. A tel point que chez Ken Bugul, la folie et la mort restent les seuls termes d’un choix dans un monde où la tradition n’est plus une alternative viable. Chacun de ces écrivains rend compte des dérives de l’Afrique moderne, et de leur coût en vies humaines. Cettevision n’échappe pas à Jacques Chevrier :«Les écrivains prennent acte de la déréliction de la société africaine et égrènent le chapelet des illusions perdues.» 1 C’est dans cette perspective que nous trouvons intéressant de mener une réflexion sur La Plaie de Malick Fall et La Vie et demie de Sony Labou Tansi. La représentation de la violence politique et sociale demeure une constante chez cesdeux auteurs. Elle est un prétexte pour mettre en exergue la perdition humaine dont l’homme est le seul artisan. C’est à se demander s’ils ne veulent pas nous rappeler Hobbes : « Homo homini lupus » 2

Jacques Chevrier, « Des formes variées du discours rebelle », in Notre librairie, n° 148, Juillet Septembre 2002, p. 66. 2 La première référence à cette locution est de Plaute dans sa comédieAsinaria. Elle fut reprise par Erasme dans Adagiorum Collectanea, par Rabelais dans le Tiers Livre, par Montaigne dans les Essais III, 5, par Bacon dans De Dignitate et Novum organum, puis par Hobbes dans le De Cive – seule occurrence connue dans toute l’œuvre du philosophe anglais.

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Magamou Seck, le héros de Malick Fall, traîne dans la ville de Ndar sa plaie sanieuse qui l’éloigne deshommes et lui fait perdre progressivement les valeurs qui le rattachaient à sa communauté. Il fait alors l’amère expérience de la méchanceté humaine dans une «ville coloniale dont la cruauté et la violence réduisent toute une population à l’état de sous humanité, dans des exclusions sans appel » 1. Son errance dans la ville de Ndar, « Saint Louis du Sénégal » comme se plaisait à l’appeler Ousmane SocéDiop, en compagnie de sa ménagerie, « se donne à voir comme la quête périlleuse d’une modernité africaine dans le labyrinthe d’une urbanité postcoloniale parsemée d’embûches, dont la folie à chaque détour ». 2 Cette «urbanité post-coloniale» nous rappelle la Katamalanasie imaginaire de Sony Labou Tansi. Chez cet auteur, la société représentée est celle du malaise. La société des indépendances queprésente le narrateur dans La vie et demie est marquée par la dictature, mais aussi par les corruptions, les détournements des deniers publics et des fléaux sociaux comme la prostitution, l’alcoolisme entre autres. L’oppression exercée par les nouveaux pouvoirs africains sur les peuples entraîne une révolte violente à travers des personnages comme Martial, Chaïdana et Magamou. Cette misère...
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