Des effets des figures ou de l’utilité des métaphores dans le langage

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  • Publié le : 28 novembre 2010
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Les figures de style, dont les différentes sortes portent des mots savants aux « allures effrayantes, voire pédantes » sont beaucoup plus intégrées au langage courant que souvent l’on ne pense. En fait, tout un chacun utilise les figures de style au quotidien. Un peu comme Monsieur Jourdain qui, dans Le bourgeois gentilhomme de Molière, fait de la prose sans le savoir. Le grammairien etphilosophe Du Marsais lui-même l’exprimait ainsi : « je suis persuadé qu’il se fait plus de figures en un seul jour de marché à la halle, qu’il ne s’en fait en plusieurs jours d’assemblées académiques » . « Et s’il est vrai que la rhétorique parle grec, comme toutes les sciences, il faut bien voir là, non pas volonté pédante de mystification (…) mais bien signe d’une intention de rigueur » . Car celles-cisont nombreuses, et fondamentales à la communication, et finalement à la vivacité d’une langue. Nous allons nous introduire ici dans le merveilleux monde des figures, en abordant leur définition, puis en étudiant leur utilité et leurs effets, en se focalisant sur un type de figure, peut-être la plus importante et la plus représentative, la métaphore. Nous découvrirons, en bout de ligne, cequ’elles ont de nourricier pour la langue, qu’elle soit finalement littéraire ou populaire.

Mettons la table par quelques définitions. Il semble que tout auteur ou rhétoricien ressent le besoin de redéfinir la notion de figure, à chaque époque, tellement elle est fondamentale à l’écriture et au langage. Mais d’abord, retournons aux origines du mot : Figure, de figura qui veut dire dessin, formeextérieure d’un objet, « son emploi, appliqué à un objet abstrait tel que l’écriture, est donc métaphorique et constitue déjà une figure… » . Pierre Fontanier la définit plus exactement ainsi : « Les figures du discours sont les traits, les formes ou les tours plus ou moins remarquables et d’un effet plus ou moins heureux, par lesquels le discours, dans l’expression des idées, des pensées ou dessentiments, s’éloigne plus ou moins de ce qui en eût été l’expression simple et commune » . Cependant, comme le souligne Du Marsais, « les façons de parler sans figures (s’éloigneraient) du langage ordinaire des hommes ». C’est là le grand paradoxe de la figure : dans sa définition, elle s’oppose à la façon commune de parler ; dans sa pratique, elle est la plus naturelle, la plus normale. Ce paradoxe estsans doute révélateur de la façon que les figures enrichissent, complexifient le langage, rendent les communications plus subjectives. Richard Arcand, de manière pratique, définira la figure de style ainsi : « comme une formulation personnelle qui se substitue à une formulation courante ; ensuite, comme une formulation courante dont on a détourné l’usage » . C’est donc par son originalité qu’ellese distingue.
Concentrons-nous maintenant sur les tropes, soit les « figures de signification qui donnent à un signifiant non pas son sens propre, mais, par un glissement des sèmes, un signifié qui appartient à un autre » . Pour une définition plus imagée, nous pourrions revenir à son origine grecque : tropeïn, qui signifie tourner, « indique (…) simplement une « tournure », une « torsion » dulangage » . On retrouve donc dans tout trope un écart, et bien qu’il soit souvent perçu comme un ornement, au contraire, il est indispensable au discours où il est employé. Porteur de sens, il devient une partie du discours lui-même. Le trope « désigne l’opération fondamentale de la création linguistique » . La métaphore – qui est l’un des deux tropes les plus importants, l’autre étant la métonymieet la synecdoque – est plus exactement un transfert de sens, « une figure par laquelle on transporte (…) la signification qui ne lui convient qu’en vertu d’une comparaison qui est dans l’esprit » . La métaphore est « un mécanisme qui s’oppose d’une certaine manière au fonctionnement habituel du langage » . Si « le discours simple est transparent », « l’expression non figurée est invisible »,...
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