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  • Publié le : 30 octobre 2010
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Lycée Français Blaise Pascal Abidjan Année scolaire 2010-2011

4 ème – Evaluation de fin de séquence

Lisez attentivement le texte avant de répondre aux questions.
(Le narrateur, en se promenant dans les Jardins du Luxembourg à Paris, rencontre un étrange vieux monsieur qui danse dans le parc.)Une envie folle me prit de lui parler. Je me risquai, et, l’ayant salué, je lui dis : « Il fait bien bon aujourd’hui, monsieur. » Il s’inclina. « Oui, monsieur, c’est un vrai temps de jadis. »
Huit jours après, nous étions amis, et je connus son histoire. Il avait été maître de danse à l’Opéra, du temps du roi Louis XV. Sa belle canne était un cadeau du comte de Clermont. Et, quand on lui parlaitde danse, il ne s’arrêtait plus de bavarder. Or, voilà qu’un jour il me confia :
« J’ai épousé la Castris[1], monsieur. Je vous présenterai si vous voulez, mais elle ne vient ici que
sur le tantôt. Ce jardin, voyez-vous, c’est notre plaisir et notre vie. C’est tout ce qui nous reste
d’autrefois. Il nous semble que nous ne pourrions plus exister si nous ne l’avions point. Cela est
vieux etdistingué, n’est-ce pas ? Je crois y respirer un air qui n’a point changé depuis ma jeunesse.
Ma femme et moi, nous y passons toutes nos après-midis. Mais, moi, j’y viens dès le matin, car je
me lève de bonne heure. »
Dès que j’eus fini de déjeuner, je retournai au Luxembourg, et bientôt j’aperçus mon ami qui donnait le bras avec cérémonie à une toute vieille petite femme vêtue de noir, et à qui jefus présenté. C’était la Castris, la grande danseuse aimée des princes, aimée du roi, aimée de tout ce siècle galant qui semble avoir laissé dans le monde une odeur d’amour.
Nous nous assîmes sur un banc de pierre. C’était au mois de mai. Un parfum de fleurs voltigeait dans les allées proprettes ; un bon soleil glissait entre les feuilles et semait sur nous de larges gouttes de lumière. La robenoire de la Castris semblait toute mouillée de clarté. Le jardin était vide. On entendait au loin rouler des fiacres.
« Expliquez-moi donc, dis-je au vieux danseur, ce que c’était que le menuet ? » Il tressaillit.
« Le menuet, monsieur, c’est la reine des danses et la danse des reines, entendez-vous ? Depuis
qu’il n’y a plus de roi, il n’y a plus de menuet. » Et il commença, en style pompeux,un long éloge dithyrambique[2] auquel je ne compris rien. Je voulus me faire expliquer les pas, tous les mouvements, les poses. Il s’embrouillait, s’exaspérant de son impuissance, nerveux et désolé.
Et soudain, se tournant vers son antique compagne, toujours silencieuse et grave : « Elise, veux-tu, dis, veux-tu, tu seras bien gentille, veux-tu que nous montrions à Monsieur ce que c’était ? »Elle tourna ses yeux inquiets de tous les côtés, puis se leva sans dire un mot et vint se placer
en face de lui. Alors je vis une chose inoubliable. Ils allaient et venaient avec des simagrées[3] enfantines, se souriaient, se balançaient, s’inclinaient, sautillaient pareils à deux vieilles poupées qu’aurait fait danser une mécanique ancienne, un peu brisée, construite jadis par un ouvrier forthabile(…).
Et je les regardais, le cœur troublé de sensations extraordinaires, l’âme émue d’une indicible
mélancolie. Il me semblait voir une apparition lamentable et comique, l’ombre démodée d’un siècle.
J’avais envie de rire et besoin de pleurer. Tout à coup, ils s’arrêtèrent, ils avaient terminé les figures de la danse. Pendant quelques secondes ils restèrent debout l’un devant l’autre, grimaçantd’une façon surprenante ; puis ils s’embrassèrent en sanglotant.

Maupassant, « Le menuet », in Contes de la bécasse

[1] Nom d’une danseuse inventée par l’auteur
[2] Élogieux, qui fait beaucoup de compliments
[3] Manières grimaces

Questions

A- Un récit réaliste (6 points)
1- Où se passe l’histoire ? Se déroule-t-elle à notre époque ? Relevez au moins un indice justifiant
votre...
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