Dissert

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  • Publié le : 13 avril 2010
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Jean de La Fontaine
Est-ce le plus grand poète français ou le plus français de nos grands poètes ? La célébrité de Jean de La Fontaine - indéniable - occulte souvent d'irritantes questions qu'on retrouve en filigrane, d'une époque à l'autre, dans les innombrables études qui lui sont consacrées. Par exemple, celles-ci : doit-il sa gloire à l'habitude que nous avons prise d'utiliser ses fables àl'école ou s'agit-il d'un malentendu nous cachant sa vraie grandeur, qu'il faut chercher dans la « poésie pure » ? Est-ce un professeur d'opportunisme ou même d'immoralité politique, comme l'ont affirmé tour à tour Rousseau, Lamartine, Breton ou Eluard, ou un opposant courageux qui s'est dressé contre l'instauration de l'absolutisme ? Faut-il regretter avec Valéry qu'il n'ait pas écrit deux outrois fables de plus au lieu de ses contes à l'« érotisme glacé » ? Les douze livres de ses Fables ne sont-ils qu'un polypier de poèmes capricieusement accrochés les uns aux autres ou s'agit-il d'un jardin aux itinéraires soigneusement ménagés, comme ces bosquets à secrets que Le Nôtre dessinait à la même époque ? Comment se fait-il enfin que le mot inimitable revienne si souvent pour caractériser leton de La Fontaine alors que la plus grande partie de son œuvre est composée - au sens exact du mot - d'imitations ?
« J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique... »
Les parents de La Fontaine sont des bourgeois aisés : sa mère est veuve d'un négociant de Coulommiers, son père maître des Eaux et Forêts à Château-Thierry. L'atmosphère familiale est perturbée par des problèmes d'intérêtqui se retrouveront tout au long de la vie du poète. L'enfant semble avoir été élevé par deux mères, la vraie, qui a trente-neuf ans à sa naissance, et une charmante demi-sœur de huit ans. Image double de la femme qui réapparaîtra souvent dans ses rêveries.
Fut-il, comme le prétend une tradition tenace, un adolescent lourdaud, grand dormeur, indolent, voire paresseux et viveur ? Passe pourl'indolence, puisqu'il l'avoue ; mais elle est associée à une curiosité d'esprit qui le sensibilise à tous les événements importants et à tous les grands courants de pensée de son époque. Cette curiosité insatiable lui permet d'accumuler - et d'assimiler - une très vaste culture : les classiques latins, base de l'enseignement du temps, mais aussi les grecs, moins pratiqués : Homère, les Tragiques,Platon, dont il traduira un dialogue, les italiens (Boccace, Arioste, Tassoni), les espagnols. Et, bien entendu, notre littérature : les vieux conteurs, avec une prédilection marquée pour Rabelais, et encore Marot, Honoré d'Urfé, les précieux, les burlesques, les théologiens, les philosophes. Ce panorama de ses lectures, qui est aussi un aperçu de ses sources, serait bien incomplet s'il oubliaitles signes d'intérêt de l'artiste pour les cultures « marginales » de son époque : les « emblèmes », imagerie commentée qui connaît un grand succès, aussi bien chez les mal-lisants que chez les amateurs de peinture peu fortunés ; les facéties de cabaret qu'on écrit en joyeuse compagnie, sur un coin de table ; les jeux de salon, portraits, devinettes, questions d'amour, etc., créations futiles etraffinées d'une société qui cherche à se définir ; et surtout la littérature orale, les récits merveilleux, facétieux ou d'animaux, vaste répertoire très vivant au XVIIe siècle et qui lui est très familier, ne serait-ce qu'à cause de son enfance en Champagne, terre de passage où se croisent les contes du Nord, du Midi et de l'Est.
On retrouve l'artiste à vingt ans, novice à l'Oratoire, puis, àvingt-six ans, marié et père de famille. Il a suivi des cours de droit, mais l'office de maître des Eaux et Forêts qu'il rachète à son beau-frère en 1653 puis celui dont il hérite de son père en 1658 se révèlent peu rentables, à cause d'une succession embrouillée par les exigences d'un frère cadet, de dettes, d'une paysannerie éprouvée par les secousses de la Fronde, la répression et la guerre...
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