Emile zola, l'oeuvre, ix

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  • Publié le : 14 avril 2010
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Le champ artistique proprement dit s'est constitué au XIXe siècle, dans un double mouvement de refus des déterminations usuelles et de quête identitaire. Zola critique d'art fut un acteur important de cette mutation symbolique et sociale et, comme on pouvait l'attendre des hommes de lettres les plus prometteurs, il a mis son talent de journaliste et d'écrivain au service de peintres, réalistes etnaturalistes, bientôt « impressionnistes », qui, impliqués dans leurs recherches, acceptèrent avec reconnaissance les éloquents manifestes en faveur de la modernité. L'Œuvre, en 1886, ressuscite cette effervescence créatrice contrariée sous le Second Empire, mais témoigne aussi, avec le recul, des ambiguïtés de cette délégation discursive, des incompréhensions et des écarts entre les postures,celle de l'écrivain naturaliste et celle du peintre. Roman de l'échec, le quatorzième volume des Rougon-Macquart entérine la faillite de l'illusion artistique à travers le destin tragique de Claude Lantier, le grand peintre avorté, mais surtout victime expiatoire de l'élan vers l'absolu que chaque créateur doit apprendre à juguler, si l'on en croit les recommandations du romancier pédagogue. Lechapitre IX prépare le dénouement. Par un processus d'involution, le propos narratif se concentre sur le personnage de Claude, de plus en plus impliqué dans sa passion. Christine, qui incarne la vie, l'amour et le dévouement, tente d'inscrire sa présence dans l'acte créateur. Mais, tenue à l'écart, dépossédée, anéantie sous le poids d'un Art d'autant plus puissant qu'il est divinisé, elle incarne pourle lecteur un personnage expérimental, inscrit dans la fiction à la fois comme « sujet » et comme témoin. Il conviendra d'ailleurs dans un premier temps d'examiner les modalités de cette mise en scène actancielle par laquelle l'écrivain naturaliste gauchit les fonctions traditionnelles du personnage à des fins démonstratives. Mais le propos, qui mêle subtilement les points de vue dans un récitincertain et sans progression véritable, fait entendre une voix souveraine, qui s'attache à dire, pathétiquement, les tentations et les dangers d'une conception radicale de la représentation artistique.



Le personnage, en régime naturaliste, n'est pas doté d'une autonomie susceptible de ménager la surprise, l'hésitation, l'incertitude, la profondeur en un mot. Le refus de l'« hommemétaphysique[1] », de la psychologie stendhalienne, est constant chez un Zola qui milite pour un matérialisme à la fois philosophique et littéraire. Pour exprimer la détresse de Christine, point n'est besoin d'en faire une héroïne en proie aux imaginations romantiques et à la rêverie impalpable, si caractéristiques de la manière des romanciers mondains, Jules Sandeau, Octave Feuillet, « qui tiennent deGeorge Sand et de Lamartine, les doux, les élégants, les idéalistes et les moralistes[2] ». À la modalité assertive dominante dans le passage sont conjoints d'autres procédés stylistiques qui préviennent tout risque d'extrapolation. La régie du narrateur est constante, que ce soit par le recours à la focalisation zéro ou par le discours indirect libre, dont l'ambiguïté est préférable, sans doute, àl'introspection de la focalisation interne. Une fausse question comme « N'était-ce donc pas de l'amour, cela ? » convertit la « torture » et le sacrifice (physique) de la pose en preuve tangible mais connote aussi, dans la médiocrité énonciative du niveau de langue, la réaction somme toute ordinaire d'un personnage foncièrement prosaïque. Les réactions de Christine sont donc clairement etstrictement contrôlées par le narrateur, qui choisit les dénominations les plus adaptées à son réalisme. Remarquons par exemple la distinction entre ce qui est et ce qui semble être. La confusion entre ces deux niveaux n'est jamais réalisée, à l'image de cette « muraille infranchissable » du « tableau immense » qui sépare l'artiste parti dans un autre monde et la femme toujours présente ici-bas. L'idée...
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