En attendant godot

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  • Publié le : 9 mai 2010
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Dissertation littéraire n°3 : Beckett à propos de son livre En attendant Godot : ‘’ce qui se passe, ce sont des mots’’.

‘’Opinion qui va à l’encontre d’une idée communément admise’’. Telle est la définition qui permet de desceller au mieux les mystères de l’œuvre du dramaturge irlandais très controversé, Samuel Beckett. Exemple même du paradoxe, il écrit la pièce, qui occultera contre son gréla plupart de ses autres écrits, en français, délaissant ainsi l’anglais. Basée sur le vide et le non-sens apparent, En attendant Godot révèle pourtant un travail acharné autour des questions universelles de l’humanité. C’est surtout en cela que cette œuvre paradoxale et atypique déconcerte. D’ailleurs, lors des premières représentations en 1953, le public quitte la salle avant la fin de l’actionthéâtrale ne saisissant pas l’attente interminable de ce fameux Godot. C’est peut-être pour tirer une audience de l’embarras que Beckett déclare que ‘’ce qui se passe, ce sont des mots’’. En d’autres termes, que l’action de cette pièce réside dans les dialogues et dans la parole.
Dès lors, la déclaration de l’un des écrivains phares du mouvement du Théâtre de l’Absurde soulève un certain nombrede questions. Pourquoi cette pièce s’inscrit-elle dans un tel mouvement ? En quoi les mots sont-ils vitaux ? Comment l’amour de Beckett pour les mots se traduit-il ?

‘’Route à la campagne, avec arbre.’’ (p.9). Ainsi commence En attendant Godot. Le décor est volontairement minimaliste. En effet, Beckett le souhaite ainsi. Entendant mettre en avant l’existence elle-même et non pas l’existencedans son ensemble, l’auteur choisit habilement de ne pas situer l’action dans un lieu précis sinon de présenter ou d’indiquer un décor arride mais universel. Chacun sera alors d’autant plus concerné par le message délivré. ‘’Pozzo : Ici ? Sur mes terres ?’’,’’Pozzo : La route est à tout le monde.’’. (p.29). C’est donc un décor commun, habituel et précisément insituable que Beckett décrit. Cetteabsence de points de repère ne rendrait-elle pas écho à l’absence d’intrigue, d’histoire ?
De plus, il est intéressant de noter que ce décor minimaliste suggère aussi un monde dévasté, un espace d’après-guerre, un no man’s land. Au lendemain de la sanglante deuxième guerre mondiale, Beckett démontre l’absurdité de l’humanité par une scène quasiment vide. A la page 113, Vladimir décritd’ailleurs l’endroit afin de tirer Pozzo de l’angoisse. ‘’Il n’y a rien. Il y’a un arbre’’. Mais En attendant Godot n’est pas la seule pièce beckettienne qui immerge totalement le spectateur et le lecteur dans un monde détruit et morne. Dans Fin de partie, Clov et Hamm sont enfermés dans un espace « gris », une cuisine de « trois mètres sur trois mètres sur trois mètres ». Ainsi, l’univers de Beckett peutêtre perçu comme incompréhensible, apocalyptique voire morbide.
Il est aussi à mettre en évidence l’indication temporelle que donne Beckett et qui dès lors rythme le premier acte. ‘’Soir’’ (p.9). Beckett, une fois de plus, appelle à l’universalité, au flou et au vague. De plus, l’auteur dérègle totalement l’ordre des choses. Au début du deuxième acte, soit « le lendemain » (p.73), l’arbre «porte quelques feuilles ». Quel est donc le sens d’un arbre qui fleurit en une nuit et d’un couple d’hommes qui vieillit le temps de quelques heures de sommeil ? C’est que l’auteur cherche à faire naître le trouble et l’angoisse chez le spectateur et le lecteur. En cela, En attendant Godot se révèle être une véritable pièce maîtresse du mouvement du Théâtre de l’Absurde .
Mais il n’est pas que ledécor qui permet à la pièce de Beckett d’être qualifiée d’ode à ce courant littéraire. En effet, les actions et les gestes qui rythment la pièce sont absurdes, banals et apparemment dénués de sens. Dès l’incipit, Estragon est « assis sur une pierre, essaie d’enlever sa chaussure. Il s’y acharne des deux mains en ahanant. Il s’arrête, à bout de forces, se repose en haletant ». (p.9). Puis plus...
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