Fears

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 5 (1015 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 29 mars 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Albert Cohen : Le livre de ma mère

Intro Générale : Albert Cohen poète et dramaturge suisse après avoir publié Paroles Juives en 1921 décide d’entreprendre le récit de sa vie dans Le livre de ma mère . Il y insert des instants clefs passés avec sa mère qui atteint une portée universelle.
Partielle : Cet incipit forme une sorte de préambule : le narrateur ne raconte rien, n’entame pas encoreson récit rétrospectif (il commence au ch. II) dont le sujet n’est précisé qu’indirectement, au détour d’une phrase (« les mots que j’écris ne me rendront pas ma mère morte. Sujet interdit dans la nuit. »). Nous sommes dans le discours et le temps de l’écriture (présent, passé composé, futur). Pourtant le lecteur tient peu de place dans ce prologue ; aucun « pacte autobiographique » n’est engagéavec lui et l’authenticité des faits n’est pas revendiquée. Seules, l’inspiration, la plume et la mère constituent les véritables interlocutrices du narrateur.
Le récit autobiographique, réflexif, est moins destiné à un quelconque lecteur qu’à la mère disparue et au narrateur lui-même, qui écrit pour se consoler (« se consoler, ce soir, avec des mots »).
 I. Le « je » autobiographique et sesinterlocuteurs
* 1) Solitude du narrateur
Le texte commence par une sorte de vérité générale qui semble remettre en cause la légitimité de l’autobiographie : « Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. » 
Le narrateur se dédouble, se regarde écrire et parle de lui à la troisième personne dans le premier paragraphe, comme s’il prenait de la distanceavec cette écriture autobiographique vouée à l’échec (on ne peut communiquer avec autrui, avec le lecteur) et pourtant source de consolation. 
La solitude de l’homme réfugié dans les chimères de l’écriture apparaît à la fois négative (« seul, perdu ») et positive comme le suggère la métaphore de la royauté : « tout roi et défendu », « dans mon royaume ». Le texte est structuré par l’opposition del’extériorité dangereuse et de l’intériorité heureuse (mais néanmoins douloureuse). On remarque la gradation des termes qui désignent le dehors : « tous, le dehors, les méchants du dehors, les salauds, ils mordent »), termes de plus en plus enfantins et familiers jusqu’à la métaphore de l’animalité. 
Le bonheur se traduit par une métaphore de la transgression : « quel étrange petit bonheur, doux commeun péché ou une boisson clandestine » qui ne peut se comprendre qu’en référence à la fin du texte (« sujet interdit dans la nuit ») et à la culpabilité que révèle l’ensemble du Livre de ma mère : n’est-ce pas sacrilège d’évoquer la figure sacrée de la mère morte ? n’est-ce pas un « péché de vie » (voir p. 141) de continuer à être heureux (notamment par l’écriture) malgré sa mort ? Les différentesalliances de mots mettent justement en lumière l’ambivalence du bonheur : « bonheur triste et boitillant », « morosement me délecte », « tristement je me complais », « fausse paix »...
* 2) Locuteur et interlocuteurs
Le narrateur rejoint l’ensemble des hommes au début du texte (« nos douleurs »), tout en exprimant d’emblée l’impossibilité de partager, de communiquer : « Chaque homme estseul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». Mais la première personne apparaît seulement dans le second paragraphe sous la forme du possessif « mon », puis du pronom « moi », et enfin du « je ». Le narrateur ne s’adresse qu’une seule fois à ses interlocuteurs : « ce n’est pas moi qui vous le dirai ». Il écrit davantage contre les autres (« je ne veux pas d’histoires avecles gens du dehors ») que pour eux. Le narrateur ne s’engage pas auprès de ses lecteurs comme Rousseau (ni auprès de Dieu comme Saint Augustin). C’est avec son inspiration, sa plume personnifiée qu’il dialogue (3° §), avant de s’adresser à sa mère. Le lecteur est presque évincé, dans la mesure où on ne lui demande rien, même pas de comprendre ou de compatir.
 II. La consolation de l’écriture,...
tracking img