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  • Publié le : 13 avril 2011
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La tribune

Philippe Herlin (Chercheur)

La juste valeur (Fair Value) a joué un rôle accélérateur dans la crise financière. Cette norme comptable, qui évalue les actifs en fonction du marché du moment, a été suspendue en raison de l'illiquidité des marchés. Et même le recours prévu dans ce cas au Mark to model, à partir de modèles, n'a pas permis de dénouer la situation. La crise continue etle marché interbancaire reste bloqué. En fait, il convient de s'interroger sur le bien-fondé même de ce concept, mis en place après les scandales Enron et Worldcom aux États-Unis, pour évaluer la valeur d'une entreprise.

Finie ou pas, la crise financière  ? Alors qu'une réplique a atteint Dubaï et que d'autres bulles sont susceptibles d'éclater, la question de la purge des engagements desbanques en actifs risqués reste posée. La réforme des normes comptables internationales est donc toujours d'actualité. Des progrès ont été réalisés sur la juste valeur, mais la remise en cause du caractère procyclique de certaines normes n'est pas achevée.

point de vue ÉDOUARD SALUSTRO Fondateur du cabinet Édouard Salustro.

Il y a un an, le dispositif international de normalisation comptableétait une des victimes collatérales de la crise financière . La combinaison des normes comptables s'appliquant aux produits financiers et aux ratios prudentiels s'imposant aux établissements de crédit avait alors produit un cercle vicieux, conduisant inexorablement les établissements financiers à vendre tout ou partie de leurs actifs pour satisfaire aux ratios prudentiels, alimentant une chute desmarchés qui, à son tour, amplifiait le phénomène.

Ce mécanisme infernal, qui n'avait guère été soupçonné lors de l'introduction, notamment en Europe, des normes comptables internationales IFRS (si ce n'est, il faut leur rendre cette justice, par les banques françaises) a conduit à une réaction politique vigoureuse tant des États que de la Commission européenne. De façon unanime, ils ont faitpression sur l'IASB, le normalisateur international, pour qu'au-delà des positions parfois théologiques des spécialistes de la normalisation, des mesures d'urgence soient prises qui permettent de briser le cercle vicieux et contribuent à la stabilisation du système financier. Elles venaient compléter les mesures prises par les banques centrales comme par les gouvernements en faveur de leursétablissements financiers. Ce fut bien le cas dès la fin du mois d'octobre 2008, lorsque l'IASB a modifié en 24 heures, et sous la pression de la commission européenne, la norme IAS 39 sur les instruments financiers.

Un an plus tard, alors que les banques françaises sortent progressivement des dispositifs d'appui, l'IASB a-t-elle su, au-delà de l'urgence, tirer les leçons de la crise et réformerdurablement sa vision des marchés financiers et le monopole accordé, dans la valorisation des instruments financiers, à la notion de « juste valeur » ?

Il est sans doute trop tôt pour tirer de telles conclusions, dont l'évidence politique autant qu'économique apparaît après une année de turbulences. La réforme de la norme IAS 39 sur la comptabilisation des instruments financiers, promise pour la fin del'année (pour servir à l'établissement des comptes de 2009), n'est pas encore achevée, alors même qu'elle a cristallisé tous les débats européens ou les discussions au sein du G20. Il semblerait qu'elle ait bien avancé sur les questions de classification et de mesure des instruments financiers, avec un vrai tournant conceptuel abandonnant le « tout-juste valeur » qui avait prévalu jusque-là pourfaire sa place au coût historique amorti (avec d'inévitables conflits de frontières). En revanche, les règles de provisionnement ex-ante des pertes attendues ne sont pas encore précisément fixées, mais pourraient constituer un vrai changement dans la mesure et dans la tarification du risque. La notion de provisionnement prospectif devrait être reconnue à cette occasion, ce qui constitue une...
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